Khaled Drareni condamné à nouveau en Algérie

Le journaliste Khaled Drareni, correspondant de TV5 Monde et de Reporters sans frontières (RSF), a été condamné récemment par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Cette décision s’inscrit dans une série de poursuites judiciaires visant le professionnel de l’information, connu pour son engagement en faveur de la liberté de la presse en Algérie. Selon des sources proches du dossier, Drareni a été reconnu coupable d’ »atteinte à l’unité nationale » et de « diffusion de fausses informations », des accusations qu’il conteste fermement.

La condamnation de Drareni intervient dans un contexte de tensions accrues entre les autorités algériennes et les médias indépendants. En 2020, il avait déjà été arrêté et condamné à trois ans de prison avant d’être libéré sous la pression internationale. Cette fois, les charges retenues contre lui concernent des publications sur les réseaux sociaux, où il avait partagé des informations sur les manifestations du Hirak, le mouvement de protestation populaire qui a secoué l’Algérie en 2019. Selon RSF, cette nouvelle condamnation est « un coup dur pour la liberté de la presse en Algérie » et « une tentative claire de museler les voix critiques ».

Le tribunal de Sidi M’hamed a justifié sa décision en invoquant des « preuves » présentées par le parquet, sans préciser leur nature. Les avocats de Drareni ont dénoncé une procédure « entachée d’irrégularités » et ont annoncé leur intention de faire appel. « Cette condamnation est politique et vise à intimider tous les journalistes qui osent couvrir les sujets sensibles en Algérie », a déclaré Me Mustapha Bouchachi, l’un des défenseurs de Drareni. Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a également réagi, qualifiant cette décision de « violation flagrante des droits humains et de la liberté d’expression ».

Une répression ciblée contre les médias

Les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International et Human Rights Watch, ont régulièrement dénoncé la répression contre les médias en Algérie. Dans un rapport publié en 2024, Amnesty International avait souligné que « les autorités algériennes utilisent systématiquement des lois répressives pour étouffer toute forme de dissidence, notamment dans le domaine de la presse ». Le rapport citait notamment l’article 144 bis du Code pénal, qui criminalise la diffusion de « fausses informations », et l’article 79, qui punit les « atteintes à l’unité nationale ».

Les réseaux sociaux dans le viseur

En 2023, le gouvernement algérien a adopté une loi sur les « fake news », qui renforce les pouvoirs de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) en matière de contrôle des contenus en ligne. Cette loi, présentée comme un outil de lutte contre la désinformation, est en réalité utilisée pour censurer les voix dissidentes. Selon le Syndicat national des journalistes algériens (SNJ), « cette loi est un instrument de répression déguisé en mesure de protection ».

Réactions internationales

Aux États-Unis, le département d’État a publié un communiqué dans lequel il « exprime sa profonde inquiétude face à la détérioration de la situation des droits humains en Algérie ». Le communiqué souligne que « la liberté de la presse est un pilier essentiel de toute démocratie » et appelle le gouvernement algérien à « mettre fin à la répression contre les journalistes et les défenseurs des droits humains ».

Un climat de peur généralisé

Le cas de Khaled Drareni est emblématique de cette répression. Malgré les condamnations internationales, les autorités algériennes semblent déterminées à faire taire les voix critiques. Pour les défenseurs des droits humains, la situation en Algérie rappelle les heures les plus sombres de la décennie noire, lorsque les journalistes étaient pris pour cibles par les groupes armés et les forces de sécurité.

Un appel à la mobilisation

En Algérie, des voix s’élèvent également pour dénoncer cette dérive autoritaire. Des associations de la société civile, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), ont organisé des sit-in et des manifestations pour demander la libération des détenus d’opinion. « Nous ne nous tairons pas », affirme un militant. « La lutte pour la liberté et la démocratie continue, malgré les intimidations. »

La condamnation de Khaled Drareni est un nouveau coup porté à la liberté de la presse en Algérie. Elle rappelle que, malgré les promesses de réformes, le pays reste marqué par une répression systématique des voix dissidentes. Pour les journalistes et les défenseurs des droits humains, l’enjeu est désormais de résister à cette pression et de continuer à informer, malgré les risques.

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