La wilaya d’El Taref, située à l’extrême nord-est de l’Algérie, vient de révéler un patrimoine archéologique insoupçonné. Selon la radio algérienne, 69 sites historiques ont été identifiés récemment dans cette région frontalière avec la Tunisie. Cette découverte, qui s’ajoute aux richesses déjà connues de la Numidie antique, pourrait redessiner la carte des vestiges romains et préromains en Afrique du Nord.
Les fouilles, menées par des équipes locales en collaboration avec le Centre national de recherches archéologiques (CNRA), ont mis au jour des vestiges variés : nécropoles, thermes, fragments de mosaïques et même des traces d’occupation punique. Parmi les sites les plus remarquables, une cité romaine partiellement dégagée près de la commune de Besbes, où des inscriptions latines ont été relevées. Ces dernières pourraient éclairer les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Tunisie à l’époque impériale.
Le directeur de la culture de la wilaya d’El Taref, Mohamed Benali, a confirmé à la radio algérienne que ces découvertes feront l’objet d’un inventaire détaillé avant toute opération de préservation. « Nous travaillons avec l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC) pour sécuriser ces sites, certains étant menacés par l’érosion ou l’urbanisation », a-t-il déclaré. Une partie des artefacts sera exposée au musée public d’El Taref, actuellement en cours de réaménagement.
Cette région, souvent éclipsée par les sites plus médiatisés comme Timgad ou Djemila, gagne en importance archéologique. El Taref abritait autrefois la cité antique de Thabraca, port stratégique sous les Romains. Les nouvelles découvertes suggèrent une densité d’occupation bien plus grande que ce que les historiens imaginaient. « Ces vestiges pourraient appartenir à des villages satellites de Thabraca, ou à des comptoirs commerciaux liés à l’exploitation des forêts de chênes-lièges », explique l’archéologue Kamel Stiti, interrogé par la chaîne 3 de la radio algérienne.
La protection de ces sites pose cependant des défis logistiques. Plusieurs zones sont situées en bordure de routes ou de champs agricoles, exposées aux pillages. Le ministère de la Culture a annoncé le déploiement de patrouilles de surveillance, en coordination avec les autorités locales. Un budget spécifique a été alloué pour la numérisation des données, afin de créer une base accessible aux chercheurs.
Cette découverte intervient dans un contexte de regain d’intérêt pour l’archéologie algérienne. En 2023, le site de Timgad a accueilli plus de 100 000 visiteurs, un record depuis son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982. Le gouvernement mise sur ce secteur pour développer le tourisme culturel, avec la rénovation en cours de plusieurs musées régionaux. À El Taref, les travaux de mise en valeur des sites pourraient débuter dès 2025, selon des sources proches du dossier.
Les spécialistes appellent cependant à la prudence. « Il ne s’agit pas seulement de fouiller, mais de préserver dans la durée », souligne Leïla Ladjimi Sebaï, historienne à l’Université d’Alger. Elle rappelle que plusieurs sites algériens, comme Hippo Regius à Annaba, souffrent d’un manque d’entretien chronique. « L’Algérie a les moyens techniques et humains pour gérer ce patrimoine, mais il faut une volonté politique constante, au-delà des annonces. »
La découverte d’El Taref pourrait aussi relancer les coopérations internationales. Des équipes françaises et italiennes ont déjà manifesté leur intérêt pour participer aux fouilles, dans le cadre d’accords bilatéraux. Le CNRA étudie actuellement ces propositions, tout en insistant sur la formation des archéologues algériens. « Notre priorité est de former une nouvelle génération capable de prendre en charge ce patrimoine », affirme un responsable du centre.
Pour les habitants d’El Taref, cette découverte est une fierté locale. « Nous savions que notre terre recelait des trésors, mais pas à ce point », confie un enseignant de la commune de Drean. Des associations culturelles organisent déjà des visites guidées pour sensibiliser les jeunes à l’importance de ces vestiges. À l’école primaire de Besbes, un projet pédagogique a été lancé pour initier les élèves à l’archéologie.
Cette dynamique pourrait transformer El Taref en une destination culturelle majeure. La wilaya, connue pour ses plages et ses forêts, mise désormais sur son passé antique pour attirer les visiteurs. Un circuit touristique reliant les sites les plus accessibles est à l’étude, avec l’appui de l’Agence nationale de développement du tourisme (ANDT). « L’objectif est de créer une offre complémentaire à celle des villes côtières, en valorisant notre histoire », explique un cadre de la direction du tourisme.
Les prochains mois seront décisifs. Les autorités doivent trancher sur les modalités de protection des sites et leur intégration dans les plans d’aménagement du territoire. Une chose est sûre : El Taref vient de s’imposer comme un nouveau chapitre de l’histoire algérienne, attendant d’être lu et préservé.