Depuis plusieurs semaines, une tension commerciale inédite oppose l’Algérie et le Maroc autour d’un produit agricole aussi symbolique qu’inattendu : la tomate. Selon Jeune Afrique, cette rivalité, qualifiée de « guerre de la tomate », s’inscrit dans un contexte plus large de compétition économique et de stratégies d’autosuffisance alimentaire, avec des répercussions directes sur les filières locales et les échanges régionaux.
Une production algérienne en hausse face aux exportations marocaines
Le Maroc, premier exportateur de tomates du continent africain, a vu sa position menacée par cette montée en puissance algérienne. Selon les données de l’Office national du conseil agricole marocain, les exportations vers l’Algérie ont chuté de 40 % entre 2022 et 2023, une baisse attribuée à la fois à l’augmentation de la production locale et à des mesures douanières restrictives. Rabat a réagi en diversifiant ses débouchés vers l’Europe et l’Afrique subsaharienne, mais la perte du marché algérien représente un manque à gagner estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars par an.
Des barrières douanières et des accusations de dumping
Cette escalade s’inscrit dans un climat déjà tendu entre les deux pays, marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021 et la fermeture des frontières terrestres. Les échanges commerciaux, autrefois dynamiques, se sont réduits à peau de chagrin, avec des répercussions sur des secteurs entiers, dont l’agroalimentaire.
L’enjeu de la souveraineté alimentaire en Algérie
Les investissements dans les serres modernes, notamment dans les wilayas de Boumerdès, Tipaza et Blida, ont permis de doubler les rendements à l’hectare, passant de 50 tonnes à plus de 100 tonnes en quelques années. Le gouvernement a également mis en place des subventions pour les producteurs, ainsi qu’un système de régulation des prix pour éviter les pénuries et les spéculations. Ces mesures ont porté leurs fruits : en 2024, l’Algérie a exporté pour la première fois des tomates vers la Mauritanie et le Sénégal, des marchés traditionnellement dominés par le Maroc.
Les défis de la compétitivité et de la qualité
Pour combler ces lacunes, des partenariats public-privé ont été lancés, comme celui entre l’entreprise publique Agrodiv et des investisseurs turcs pour la construction d’une unité de transformation de tomates à Sétif. Ces initiatives visent à améliorer la chaîne de valeur et à positionner l’Algérie comme un acteur clé sur le marché régional.
Un marché régional en recomposition
Cette compétition pourrait bénéficier aux consommateurs, avec une offre plus diversifiée et des prix potentiellement plus stables. Cependant, elle risque aussi d’exacerber les tensions économiques dans une région déjà fragilisée par les crises géopolitiques. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : consolider sa souveraineté alimentaire tout en évitant une escalade qui pénaliserait ses propres exportateurs, notamment dans le secteur des dattes et des agrumes, où le Maroc reste un partenaire incontournable.
La « guerre de la tomate » n’est donc pas qu’une bataille de chiffres. Elle illustre les défis d’une Algérie déterminée à réduire sa dépendance, mais aussi les limites d’une stratégie qui doit encore prouver sa viabilité à long terme.