Revue de presse : Environnement Algérie, Géopolitique Maghreb, Politique Algérie…

**L’Algérie en mouvement : un kaléidoscope de contradictions fécondes**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entremêlent les strates d’un passé révolutionnaire, les urgences d’un présent pétrolier en crise, et les promesses d’un avenir que le pouvoir tente de façonner à coups de réformes constitutionnelles et de discours sur la « diversification économique ». Les actualités récentes, loin d’être un simple agrégat de faits disparates, dessinent une cartographie des tensions qui traversent le pays : entre souveraineté et dépendance, entre modernisation autoritaire et ébullition sociale, entre héritage colonial et projection géopolitique.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la coexistence de dynamiques apparemment contradictoires. D’un côté, une Algérie qui se rêve en puissance régionale, multipliant les partenariats agricoles avec la Tunisie, les contrats gaziers avec l’Europe, et les investissements industriels étrangers (comme la ferme Baladna, symbole d’une agro-industrie capitalistique). De l’autre, une Algérie qui réaffirme sa singularité par des choix écologiques audacieux (réutilisation des eaux usées, domestication des plantes médicinales) et une réappropriation culturelle (cinéma sur Fanon, célébration du patrimoine architectural). Entre ces deux pôles, le pouvoir politique joue un jeu subtil : verrouiller les institutions tout en laissant filtrer des espaces d’innovation, comme si l’Algérie cherchait à concilier le contrôle absolu et l’oxygène nécessaire à sa survie économique.

Mais cette apparente cohérence cache mal les fractures. Comment concilier une économie encore largement rentière avec les ambitions d’industrialisation ? Comment promouvoir une société civile vigilante sur la corruption tout en muselant les contre-pouvoirs ? Comment incarner une alternative géopolitique au Sahel (face à la France) sans tomber dans les pièges de la realpolitik ? Ces questions, posées en filigrane par chaque actualité, révèlent une Algérie en quête d’équilibre – ou plutôt, en quête d’une nouvelle équation politique, économique et écologique.

**Le recentrage autoritaire : la Constitution comme machine à concentrer le pouvoir**

La révision constitutionnelle adoptée par le Parlement algérien en juin 2024 marque une étape décisive dans la reconfiguration du système politique. Douze amendements, un objectif clair : recentrer le pouvoir entre les mains du président de la République. Officiellement, il s’agit de « renforcer les institutions » et de « clarifier les équilibres ». Dans les faits, cette réforme s’inscrit dans une logique de concentration progressive du pouvoir, déjà entamée depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune en 2019.

Ce qui frappe, c’est la manière dont cette réforme s’articule avec d’autres dynamiques. D’un côté, elle répond à une demande de stabilité après les années de contestation du Hirak (2019-2021), perçue par les élites comme une menace pour l’ordre établi. De l’autre, elle s’accompagne d’un discours sur la « modernisation » de l’État, comme en témoignent les formations sur la transparence et la lutte contre la corruption. Pourtant, cette modernisation à marche forcée bute sur une réalité : en Algérie, la corruption n’est pas un dysfonctionnement du système, mais bien souvent son carburant. Les sessions de formation sur la « culture de dénonciation » ressemblent alors à une opération de communication, tant que les mécanismes de contrôle indépendant (justice, médias, société civile) restent sous tutelle.

Par ailleurs, cette réforme constitutionnelle intervient dans un contexte géopolitique tendu. L’Algérie se positionne comme un acteur clé au Sahel, où le retrait français (opération Barkhane) laisse un vide que Moscou et Ankara s’empressent de combler. En renforçant les prérogatives présidentielles, Tebboune envoie un signal : l’Algérie sera un partenaire fiable, capable de prendre des décisions rapides – quitte à sacrifier les contre-pouvoirs. Mais cette stratégie comporte un risque : celui d’une personnalisation excessive du pouvoir, qui pourrait fragiliser le pays en cas de crise politique ou économique.

**L’écologie comme nouvelle frontière : entre résilience et instrumentalisation**

L’Algérie fait face à un défi écologique majeur : 80 % de son territoire est désertique, et les ressources en eau s’amenuisent sous l’effet du changement climatique. Pourtant, les récentes initiatives en matière d’environnement (réutilisation des eaux usées traitées, domestication des plantes aromatiques) montrent une volonté de transformer cette contrainte en opportunité.

Ces projets s’inscrivent dans une logique de « résilience active » : plutôt que de subir les effets du réchauffement climatique, l’Algérie cherche à en faire un levier de développement. La foresterie et l’agroforesterie dans les zones arides, par exemple, pourraient non seulement lutter contre la désertification, mais aussi créer des emplois locaux et réduire la dépendance aux importations agricoles. De même, la domestication des plantes médicinales s’inscrit dans une stratégie de valorisation des savoirs traditionnels, tout en ouvrant des perspectives pour l’industrie pharmaceutique.

Pourtant, cette transition écologique se heurte à deux obstacles majeurs. Le premier est structurel : l’économie algérienne reste largement dépendante des hydrocarbures, qui représentent 95 % des exportations. Tant que cette rente pétrolière et gazière dominera, les incitations à diversifier l’économie resteront limitées. Le second obstacle est politique : les projets écologiques sont souvent portés par des acteurs locaux (associations, chercheurs, entrepreneurs) qui peinent à obtenir un soutien institutionnel durable. Pire, ils peuvent être instrumentalisés par le pouvoir pour légitimer une politique de « verdissement » de façade, sans remise en cause du modèle productiviste.

Un exemple frappant est celui de la ferme Baladna, projet pharaonique d’élevage laitier soutenu par des investisseurs américains et qataris. Si cette initiative pourrait réduire la dépendance aux importations de lait, elle repose sur un modèle agro-industriel gourmand en eau et en énergie – deux ressources rares en Algérie. Le paradoxe est saisissant : d’un côté, l’État promeut des solutions écologiques low-tech ; de l’autre, il encourage des projets capitalistiques qui aggravent la pression sur les ressources.

**Géopolitique du Maghreb : entre héritage et rivalités**

Le Maghreb est un espace de tensions et de coopérations, où l’Algérie joue un rôle central. Les récentes actualités géopolitiques révèlent deux dynamiques contradictoires : une volonté de coopération régionale (notamment avec la Tunisie sur les technologies agricoles) et une rivalité croissante avec le Maroc, perçu comme un concurrent dans la course à l’industrialisation et à l’influence africaine.

Le livre « Deux siècles d’architecture en Algérie » et le concours tunisien sur le patrimoine architectural illustrent cette tension entre héritage et modernité. L’Algérie et la Tunisie partagent une histoire coloniale commune, mais aussi une volonté de réinventer leur identité post-indépendance. Pourtant, cette réappropriation culturelle se heurte à des réalités économiques : comment préserver le patrimoine quand les budgets publics sont absorbés par les urgences sociales ? Comment concilier tradition et modernité quand les investisseurs étrangers privilégient les projets « clé en main » aux dépens des savoir-faire locaux ?

La rivalité avec le Maroc est plus visible encore. L’article « L’Algérie s’enfonce dans ses contradictions économiques face au Maroc qui prend la place du leader » résume bien la situation : alors que Rabat mise sur les énergies renouvelables et les industries high-tech, Alger reste prisonnière de son modèle rentier. Pourtant, l’Algérie dispose d’atouts majeurs : des réserves gazières stratégiques (surtout depuis la guerre en Ukraine), une armée puissante, et une diplomatie active au Sahel. Mais ces atouts ne suffiront pas si le pays ne parvient pas à diversifier son économie.

**Cinéma et mémoire : Fanon, la guerre d’indépendance et les possibles inachevés**

Le cinéma algérien est en pleine effervescence, avec des films qui interrogent l’histoire et la mémoire collective. Le projet sur Frantz Fanon, psychiatre et théoricien de la décolonisation, est emblématique de cette tendance. Fanon incarne une Algérie en quête de sens : entre universalisme révolutionnaire et singularité nationale, entre héritage colonial et projection dans l’avenir.

Les films sur la guerre d’indépendance (« 1962 : le temps des possibles ») et sur le rôle des femmes algériennes dans la lutte (DIACRITIK) rappellent que l’Algérie est un pays où l’histoire est encore un champ de bataille. Ces œuvres ne sont pas de simples commémorations : elles posent des questions brûlantes sur les promesses non tenues de l’indépendance. Pourquoi, soixante ans après 1962, l’Algérie reste-t-elle prisonnière d’un système politique verrouillé ? Pourquoi les femmes, qui ont joué un rôle clé dans la révolution, sont-elles encore marginalisées dans les sphères du pouvoir ?

Le cinéma algérien, en ce sens, est un miroir des contradictions du pays. Il montre une société en mouvement, où les jeunes générations refusent de se contenter des récits officiels. Mais il révèle aussi les limites de cette effervescence : en l’absence de liberté de création et de financement indépendant, le cinéma algérien risque de rester cantonné à un rôle de vitrine culturelle, sans pouvoir peser sur le débat public.

**L’armée et le Sahel : l’Algérie face au vide laissé par la France**

Le retrait français du Sahel (opération Barkhane) ouvre une nouvelle ère géopolitique en Afrique du Nord. L’Algérie, qui a toujours refusé une présence militaire étrangère sur son sol, se retrouve en position de force. Pourtant, cette opportunité s’accompagne de défis majeurs.

D’abord, l’Algérie doit gérer les conséquences sécuritaires du retrait français. Le Sahel est un espace instable, où les groupes jihadistes profitent des vides politiques pour étendre leur influence. L’Algérie, qui partage une frontière de 1 400 km avec le Mali et le Niger, est en première ligne. Son armée, l’une des plus puissantes d’Afrique, est déjà engagée dans la lutte contre le terrorisme, mais elle doit aussi composer avec les tensions internes (notamment dans le Sud, où les revendications autonomistes des Touaregs resurgissent).

Ensuite, l’Algérie doit définir sa stratégie face aux nouveaux acteurs du Sahel : la Russie (via le groupe Wagner), la Turquie, et les puissances du Golfe. Alger a toujours privilégié une approche diplomatique et économique, plutôt qu’une intervention militaire directe. Mais cette prudence pourrait être remise en cause si les menaces se rapprochent de ses frontières.

Enfin, l’Algérie doit éviter de tomber dans le piège de la realpolitik. En se posant en alternative à la France, elle risque de reproduire les mêmes erreurs : soutien à des régimes autoritaires, alliances opportunistes, et

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