Le barrage vert relancé face à l’avancée du désert

L’Algérie relance son projet historique de barrage vert, une ceinture végétale destinée à freiner la désertification des steppes. Selon El Moudjahid, cette initiative, lancée dans les années 1970 puis abandonnée, revient au cœur des stratégies nationales de réhabilitation des terres arides. Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Youcef Cherfa, a récemment souligné que le projet s’étendra sur 1 500 kilomètres, de la frontière marocaine à la frontière tunisienne, avec une priorité accordée aux wilayas du Sud comme Naâma, El Bayadh et Laghouat.

Un héritage des années 1970 réactualisé

La Direction générale des forêts (DGF) a déjà identifié 300 000 hectares à reboiser d’ici 2030. Les premiers travaux ont débuté dans la wilaya de Djelfa, où des pépinières ont été installées pour produire des plants locaux. « Nous misons sur des espèces endémiques pour garantir la survie des plantations », explique un responsable de la DGF, contacté par nos soins. Le coût estimé du projet s’élève à 120 milliards de dinars, financés en partie par l’État et des partenariats internationaux.

Des défis techniques et climatiques

Le barrage vert doit aussi composer avec les changements climatiques. Les températures dans le Sud algérien ont augmenté de 1,5 °C depuis les années 1980, réduisant les précipitations et asséchant les nappes phréatiques. Pour contourner ces obstacles, les autorités prévoient d’utiliser des systèmes d’irrigation goutte-à-goutte alimentés par l’énergie solaire. « L’objectif est de rendre le projet autosuffisant en eau et en énergie », précise un ingénieur agronome de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA).

Une dimension socio-économique cruciale

Les autorités misent aussi sur l’agroforesterie pour diversifier les revenus des agriculteurs. Des cultures comme l’olivier et le figuier de Barbarie seront intégrées aux zones reboisées, offrant des débouchés commerciaux. « Nous voulons que le barrage vert soit à la fois un rempart écologique et un levier de développement », déclare un haut responsable du ministère de l’Agriculture.

Des critiques et des ajustements nécessaires

D’autres voix, comme celle de l’économiste Abdelatif Benachenhou, questionnent la viabilité financière du projet. « Sans un suivi rigoureux et des financements pérennes, le barrage vert pourrait subir le même sort que son prédécesseur », met-il en garde. Pour répondre à ces inquiétudes, le gouvernement a annoncé la création d’un comité de pilotage incluant des scientifiques, des ONG et des représentants des collectivités locales.

Un symbole de la résilience algérienne

Si le projet aboutit, il pourrait servir de modèle pour d’autres pays du Sahel confrontés aux mêmes défis. « L’Algérie a une expérience unique en matière de lutte contre la désertification. Le barrage vert est une chance de la partager avec le continent », estime un expert de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Pour l’heure, les premiers résultats sont attendus d’ici trois ans, avec l’objectif de reboiser 50 000 hectares par an. Une course contre la montre, alors que le désert avance inexorablement vers le nord.

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