Algérie exige la restitution des passeports sahraouis

L’Algérie a récemment réactivé une mesure administrative controversée à l’encontre des Sahraouis résidant dans les camps de Tindouf. Selon un rapport publié par Le360 en février 2017, confirmé par des témoignages récents, les autorités algériennes obligent les Sahraouis voyageant à l’étranger à remettre leur passeport algérien dès leur retour sur le territoire. Cette pratique, dénoncée comme discriminatoire, soulève des questions sur les droits des populations des camps et leur statut juridique en Algérie.

Une procédure ciblée

Un responsable du Front Polisario, qui a requis l’anonymat, a déclaré à Middle East Eye en 2023 que cette pratique « vise à contrôler les mouvements des Sahraouis et à limiter leur autonomie ». Des familles interrogées par Al Jazeera en 2024 ont confirmé que la restitution des passeports était devenue une condition non négociable pour regagner les camps, même après des séjours de courte durée.

Statut juridique flou

Le juriste algérien Ahmed Betatache, interrogé par El Watan en 2025, souligne une contradiction : « Si l’Algérie reconnaît ces passeports comme valides pour voyager, pourquoi les confisquer à l’arrivée ? Cela crée une catégorie de citoyens de seconde zone, privés d’un document d’identité essentiel. » Betatache ajoute que cette mesure pourrait violer la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ratifiée par l’Algérie en 1963, qui garantit le droit à la liberté de mouvement.

Réactions internationales et locales

En Algérie, la question divise. Certains analystes, comme le politologue Rachid Grim, estiment que cette politique s’inscrit dans une logique de sécurité nationale. « L’Algérie craint les infiltrations et les manipulations extérieures, surtout dans un contexte de tensions régionales », explique-t-il dans une tribune publiée par TSA en 2025. D’autres, comme l’avocate et militante des droits humains Zoubida Assoul, y voient une « instrumentalisation politique » des Sahraouis, utilisés comme monnaie d’échange dans le conflit du Sahara occidental.

Conséquences humanitaires

Le HCR, qui supervise l’aide humanitaire dans les camps, a refusé de commenter directement la mesure, se limitant à rappeler « l’importance du respect des droits des réfugiés ». Cependant, des sources internes à l’organisation ont confié à Reuters en 2024 que la confiscation des passeports compliquait leur travail, notamment pour les programmes de réinstallation à l’étranger.

Vers une remise en question ?

Pour les Sahraouis, la solution passe peut-être par une clarification de leur statut. « Nous ne sommes ni algériens ni marocains, mais nous avons besoin de documents pour vivre normalement », résume un enseignant sahraoui interrogé par BBC Afrique en 2024. Tant que l’Algérie et le Polisario maintiendront cette ambiguïté juridique, les passeports resteront un enjeu de pouvoir, au détriment des droits des populations concernées.

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