Algérie et Mali s’affrontent à l’ONU sur le terrorisme

Cette semaine, l’Algérie et le Mali ont engagé un échange virulent devant l’Assemblée générale des Nations unies, révélant une crise diplomatique profonde entre les deux pays. Les accusations mutuelles, portées par des termes sans équivoque, illustrent une rupture dans la coopération sécuritaire régionale, alors que le Sahel reste en proie à l’instabilité.

Le ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, a qualifié les autorités maliennes de « soudards » lors d’une intervention à New York. Selon des sources diplomatiques citées par France 24, Attaf a dénoncé « une gouvernance qui instrumentalise les groupes armés et sabote les efforts de stabilisation ». Ces propos font écho à une escalade verbale entamée il y a plusieurs mois, après le retrait des forces maliennes de l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali, signé en 2015.

Des accusations réciproques sur le terrorisme

Pourtant, cette rhétorique reflète une réalité plus large : la dégradation des relations entre Alger et Bamako depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire malienne en 2020. Le Mali, sous la direction du colonel Assimi Goïta, a progressivement rompu avec ses partenaires traditionnels, dont l’Algérie, pour se tourner vers la Russie et le groupe Wagner. Cette réorientation stratégique a été perçue à Alger comme une menace directe pour la stabilité du Sahel, où l’Algérie joue un rôle clé dans la lutte antiterroriste.

L’Algérie isolée dans sa médiation

La rupture s’est accentuée avec la montée des tensions entre l’Algérie et le Burkina Faso, autre pays dirigé par une junte militaire. Les deux régimes, alliés de la Russie, ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2023, excluant délibérément l’Algérie. Cette alliance, qui inclut également le Niger, a pour objectif affiché de « lutter contre le néocolonialisme » et de s’affranchir de l’influence occidentale, mais elle est perçue à Alger comme une tentative de marginaliser son rôle régional.

Les implications sécuritaires pour l’Algérie

Pour Alger, les déclarations maliennes à l’ONU ne sont pas seulement une attaque diplomatique, mais aussi une tentative de déstabilisation. Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’armée algérienne, a récemment déclaré que « toute menace à la sécurité nationale serait traitée avec la plus grande fermeté ». Cette position reflète une inquiétude croissante face à l’expansion de l’influence russe et des groupes armés dans la région.

Une crise aux répercussions régionales

Les observateurs notent que cette crise pourrait affaiblir les efforts de lutte contre le terrorisme dans la région. Selon un rapport récent de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), la fragmentation des alliances sahéliennes profite aux groupes jihadistes, qui exploitent les divisions entre les États. Pour l’Algérie, cela signifie une vigilance accrue, notamment dans les wilayas du sud, où les risques d’attentats et de trafics illicites restent élevés.

La réponse algérienne : fermeté et ouverture

Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment souligné, lors d’une réunion du Haut Conseil de sécurité, que « l’Algérie ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté ou à sa stabilité ». Cette position a été réaffirmée par le ministre de la Défense, Abdelmadjid Tebboune, qui a insisté sur la nécessité de « renforcer les capacités de défense et de renseignement » pour faire face aux nouvelles menaces.

Un avenir incertain pour la coopération sahélienne

Pourtant, l’Algérie dispose encore d’atouts majeurs, notamment son expérience dans la lutte antiterroriste et ses relations avec les pays voisins. La question est de savoir si elle parviendra à maintenir son rôle central dans un paysage géopolitique en pleine mutation. Une chose est certaine : les prochains mois seront décisifs pour déterminer si cette crise diplomatique restera verbale ou si elle dégénérera en une confrontation plus large, avec des conséquences imprévisibles pour la stabilité du Sahel.

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