Le CFDA et Riposte Internationale dénoncent les droits humains en Algérie

Cette semaine, le Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie (CFDA) et Riposte Internationale ont publié une déclaration conjointe dénonçant la situation des droits de l’homme en Algérie. Selon le communiqué relayé par جريدة العالم الأمازيغي, les deux organisations pointent du doigt les restrictions persistantes des libertés individuelles, les arrestations arbitraires et l’absence de transparence dans les affaires judiciaires liées aux disparitions forcées.

Le CFDA, créé en 1998 pour documenter les disparitions survenues durant la décennie noire, rappelle que des milliers de familles attendent toujours des réponses. « Les autorités algériennes continuent de refuser l’accès aux archives et aux informations sur le sort des disparus », indique le texte. Riposte Internationale, une organisation basée en France, souligne pour sa part l’augmentation des poursuites contre les défenseurs des droits humains, citant des cas récents comme celui de l’avocat et militant Mostefa Bouchachi, régulièrement convoqué par les services de sécurité.

Les deux organisations appellent la communauté internationale à exercer une pression accrue sur Alger. Elles demandent notamment la libération des détenus d’opinion et l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les violations présumées. « La justice algérienne est instrumentalisée pour museler les voix critiques », affirme le communiqué, qui évoque aussi des cas de torture en détention, comme celui du journaliste Khaled Drareni, condamné en 2020 pour « atteinte à l’unité nationale ».

Du côté des autorités, aucune réaction officielle n’a été enregistrée à ce jour. Le ministère de la Justice, contacté par El Watan, n’a pas répondu aux sollicitations. En revanche, des médias proches du pouvoir, comme Echorouk et El Khabar, ont qualifié ces accusations de « campagne de dénigrement » orchestrée depuis l’étranger. « L’Algérie a fait des progrès considérables en matière de droits humains, notamment avec la révision constitutionnelle de 2020 », a déclaré un responsable gouvernemental sous couvert d’anonymat.

Pourtant, les rapports d’organisations internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch corroborent plusieurs des allégations du CFDA et de Riposte Internationale. Dans son dernier rapport annuel, Amnesty a documenté des arrestations arbitraires de militants, de journalistes et de membres de la société civile, ainsi que des restrictions accrues à la liberté de réunion. « Les lois antiterroristes sont utilisées pour criminaliser toute forme de dissidence », précise l’ONG.

Le cas des disparus reste l’un des dossiers les plus sensibles. Nassera Dutour, présidente du CFDA, a récemment rappelé lors d’un entretien avec CCFD-Terre Solidaire que « la question des disparus n’est pas une affaire du passé, mais une plaie ouverte ». Elle a souligné que les familles, souvent âgées, meurent sans savoir ce qu’il est advenu de leurs proches. « Le gouvernement algérien doit assumer ses responsabilités et permettre aux familles d’obtenir justice », a-t-elle insisté.

Sur le plan judiciaire, les observateurs notent une absence de volonté politique pour traiter ces dossiers. Les rares procès intentés contre d’anciens responsables de la sécurité pour des crimes commis durant les années 1990 se sont soldés par des acquittements ou des peines symboliques. « La justice transitionnelle, promise après la guerre civile, n’a jamais été mise en œuvre », déplore un juriste algérien, qui préfère garder l’anonymat.

La déclaration du CFDA et de Riposte Internationale intervient dans un contexte de tensions accrues entre le pouvoir et la société civile. Depuis 2019, le mouvement du Hirak a été réprimé, et plusieurs de ses figures emblématiques, comme Karim Tabbou et Samir Belarbi, ont été emprisonnées. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de « préserver la stabilité du pays » et de lutter contre « les ingérences étrangères ».

Pourtant, les appels à la réforme se multiplient. Abdelkader Nasri, enseignant en droit international à l’université d’Alger, a récemment souligné dans un entretien accordé à Horizons que « l’Algérie ne peut ignorer les standards internationaux en matière de droits humains ». Il a appelé à une refonte du système judiciaire pour garantir son indépendance et à la ratification de conventions internationales, comme celle sur les disparitions forcées.

Face à cette situation, les familles des disparus et les militants des droits humains continuent de se mobiliser, malgré les risques. Des rassemblements ont eu lieu ces derniers mois devant le siège de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), réclamant la vérité et la justice. « Nous ne lâcherons pas, même si le combat est long », confie une mère de disparu, qui préfère rester anonyme par crainte de représailles.

La balle est désormais dans le camp des autorités algériennes. Alors que le pays traverse une période de transition économique et sociale, marquée par des défis comme la chute des revenus pétroliers et la hausse du chômage, la question des droits humains pourrait devenir un enjeu central. Pour l’instant, le silence des institutions officielles contraste avec l’urgence des revendications portées par la société civile.

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