En Algérie, la campagne pour l’élection présidentielle de décembre 2024 a débuté dans un climat de résignation. Les candidats de l’opposition, dont les noms circulent depuis des semaines, peinent à mobiliser au-delà de leurs cercles traditionnels. Abdelmadjid Tebboune, candidat à sa réélection, domine un paysage politique où les voix dissidentes sont étouffées par des règles électorales restrictives et un contrôle accru des médias d’État.
D’après Le Monde, les meetings des opposants attirent peu de monde. Les figures comme Abdallah Djaballah (Front pour la justice et le développement) ou Soufiane Djilali (Jil Jadid) multiplient les déplacements en province, mais leurs discours sur la nécessité de réformes démocratiques ne trouvent qu’un écho limité. « Les Algériens ont compris que le scrutin est joué d’avance », confie un observateur politique à El Watan. Les restrictions imposées par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), notamment sur les parrainages, ont réduit le nombre de candidats potentiels. Seuls cinq prétendants ont réussi à déposer leurs dossiers, un chiffre historiquement bas.
Un système verrouillé
La télévision publique, l’ENTV, consacre l’essentiel de son temps d’antenne à la campagne de Tebboune. Ses déplacements sont retransmis en direct, tandis que les autres candidats bénéficient de créneaux réduits et souvent relégués aux heures de faible audience. « C’est une campagne à sens unique », résume un journaliste de TSA. Les réseaux sociaux, où l’opposition tente de contourner le black-out médiatique, sont surveillés de près. Plusieurs comptes critiques ont été suspendus ces dernières semaines, officiellement pour « diffusion de fausses informations ».
Le poids de l’abstention
Les slogans de campagne de Tebboune mettent en avant la stabilité et la continuité. « L’Algérie d’abord », son leitmotiv, résume une stratégie axée sur la souveraineté nationale et la méfiance envers les ingérences étrangères. Ses discours insistent sur les réalisations économiques, comme le projet de gazoduc Nigeria-Europe via l’Algérie, ou les investissements dans les énergies renouvelables. Mais ces annonces peinent à convaincre une jeunesse au chômage et une classe moyenne appauvrie par l’inflation. Selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), le taux de chômage des 15-24 ans dépasse les 30 %.
Une opposition divisée et affaiblie
Les tentatives de créer une coalition unie ont échoué. En 2023, une plateforme réunissant plusieurs partis et associations de la société civile avait appelé à un boycott des élections locales. Le mouvement n’avait pas réussi à fédérer au-delà de quelques cercles militants. « L’opposition algérienne est atomisée », analyse un chercheur de l’Institut français des relations internationales (IFRI). « Elle n’a ni programme commun, ni stratégie claire pour s’adresser aux citoyens. »
Les enjeux économiques en toile de fond
Tebboune mise sur des projets pharaoniques, comme la construction de nouvelles autoroutes ou le développement du port de Cherchell, pour relancer l’économie. Mais ces annonces sont accueillies avec scepticisme. « Ce sont des effets d’annonce », estime un économiste algérois. « Sans une refonte en profondeur du système, ces projets ne changeront rien. » La Banque mondiale, dans un rapport récent, a souligné que l’Algérie devait accélérer ses réformes structurelles pour éviter une crise sociale.
Une élection sans suspense
Les Algériens, désabusés, pourraient une nouvelle fois bouder les urnes. Le Hirak, qui avait secoué le pays en 2019, s’est essoufflé sous l’effet de la répression et de la pandémie. Les arrestations de militants et les restrictions des libertés publiques ont découragé les plus engagés. « Le pouvoir a réussi à étouffer la contestation », explique un avocat spécialisé dans les droits de l’homme. « Mais la colère est toujours là, sous la surface. »
Reste à savoir si cette colère trouvera un exutoire après l’élection. Certains observateurs craignent une radicalisation des mouvements protestataires, tandis que d’autres misent sur un apaisement progressif. Une chose est sûre : sans une ouverture politique et économique, l’Algérie risque de s’enfoncer dans une crise durable.