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**L’Algérie face à son miroir : une modernité sous tension**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence apparente entre ces différents domaines. Pourtant, à y regarder de plus près, des fils rouges émergent : la financiarisation du social (logement, crédit halal), la militarisation de l’écologie (Barrage vert, déclassement des terres), et une diplomatie de plus en plus transactionnelle, où l’énergie et la sécurité deviennent des monnaies d’échange. Derrière ces dynamiques se cache une même logique : celle d’un État qui cherche à moderniser ses outils de contrôle sans remettre en cause les fondements de son pouvoir.
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**Le logement, ou l’art de marchandiser la précarité**
Cette financiarisation du logement révèle une contradiction majeure : comment concilier une politique de taux bonifiés avec une économie informelle qui représente près de 50 % du PIB ? Les banques algériennes, souvent publiques, jouent un rôle ambigu. Elles sont à la fois les instruments d’une politique sociale et les vecteurs d’une libéralisation contrôlée, où l’accès au logement devient un privilège conditionné à l’endettement. Le déclassement des terres agricoles pour construire des logements – une pratique récurrente – montre que cette politique se fait au détriment de la souveraineté alimentaire et écologique.
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**Écologie et répression : le double visage du « développement durable »**
La coopération algéro-italienne sur la sécurité hydrique et l’économie circulaire cache mal une réalité plus sombre : l’Algérie reste prisonnière d’un modèle extractiviste, où les énergies fossiles financent des projets écologiques sans remettre en cause leur propre nocivité. La création d’un centre de reproduction de l’outarde au Qatar – un projet pharaonique et coûteux – illustre cette écologie spectacle, où la biodiversité est sauvée par ceux-là mêmes qui la menacent.
La répression contre les écologistes et les journalistes (comme le montre l’article d’ARTICLE 19) confirme que l’État algérien ne tolère aucune contestation de son narratif environnemental. La transition écologique, si elle a lieu, sera décidée d’en haut, sans participation citoyenne. Une approche qui rappelle les grands projets soviétiques : des réalisations technocratiques, mais peu durables.
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**Finance islamique et néocolonialisme : l’illusion de l’autonomie**
Cette dépendance est encore plus visible dans le domaine énergétique. L’Algérie, qui se présente comme un leader de la transition en Afrique, reste prisonnière d’un modèle néocolonial. Les partenariats avec l’IFC (Banque mondiale) pour électrifier le continent ne sont pas innocents : ils s’inscrivent dans une logique de privatisation des ressources, où les multinationales occidentales et les fonds souverains du Golfe dictent les règles du jeu. La transition énergétique en Afrique du Nord, comme le souligne Contretemps, est aux prises avec un néocolonialisme renouvelé, où l’Algérie joue à la fois le rôle de victime et de complice.
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**Technologie et diaspora : les deux faces d’une même exclusion**
La diaspora, quant à elle, est à la fois courtisée et suspectée. La réforme constitutionnelle visant les binationaux n’est pas qu’une mesure administrative : c’est une tentative de contrôler une population perçue comme une menace potentielle. En Algérie, la diaspora est un enjeu politique majeur. Elle représente une source de devises (via les transferts d’argent), mais aussi un risque de contestation. Le crédit immobilier « halal » pour la diaspora est une façon de l’impliquer dans le système sans lui donner de réel pouvoir.
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**Diplomatie transactionnelle : l’Algérie entre Ankara et les puissances occidentales**
Pourtant, cette alliance cache une réalité plus complexe. L’Algérie reste dépendante des marchés européens pour ses exportations d’hydrocarbures, et les partenariats avec l’IFC ou les fonds qatariens montrent qu’elle ne peut se passer du système financier occidental. Sa diplomatie est donc schizophrène : elle cherche à diversifier ses alliances tout en restant ancrée dans un ordre néolibéral qu’elle critique par ailleurs.
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**Banques et RSE : le greenwashing institutionnel**
La revue de presse du 26 mars 2026 en développement durable, citée dans les actualités, est symptomatique : elle met en avant des initiatives locales (valorisation des déchets, économie circulaire) tout en passant sous silence les contradictions systémiques. Comment parler d’économie circulaire quand l’Algérie reste dépendante des exportations de pétrole ? Comment célébrer la protection de la biodiversité quand les terres agricoles sont déclassées pour construire des logements ?
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
1. Le scénario autoritaire-modernisateur : L’État renforce son contrôle sur l’économie et la société, en utilisant les outils de la finance islamique, de la diplomatie transactionnelle et de l’écologie d’État. Ce scénario permet une stabilité à court terme, mais au prix d’un appauvrissement démocratique et d’une dépendance accrue aux puissances étrangères (Turquie, Chine, Golfe).
2. Le scénario de la rupture : Une crise économique majeure (chute des prix du pétrole, pénuries) provoque un soulèvement populaire. Ce scénario, déjà esquissé en 2019 avec le Hirak, pourrait mener à une transition démocratique… ou à une répression encore plus brutale.
3. Le scénario de la résilience par le bas : Malgré les blocages institutionnels, la société algérienne innove. Les diasporas, les entrepreneurs locaux, les écologistes et les féministes construisent des alternatives en marge du système. Ce scénario est le plus incertain, mais aussi le plus porteur d’espoir.