Lancement du vaccin antigrippal algérien 2025-2026

L’Algérie a officiellement lancé sa campagne de vaccination contre la grippe saisonnière pour la période 2025-2026, marquant une étape significative avec l’introduction d’un vaccin produit localement. Selon L’Algérie Aujourd’hui, cette initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de santé publique visant à renforcer l’autonomie pharmaceutique du pays. Le ministère de la Santé, dirigé par Abdelhak Saihi, a annoncé que le vaccin, développé en collaboration avec des laboratoires algériens, sera distribué dans les centres de santé et les établissements hospitaliers à travers le territoire national.

Un vaccin made in Algeria
Le vaccin antigrippal algérien, baptisé Algrip, est le fruit d’un partenariat entre l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) et le groupe pharmaceutique public Saidal. D’après des sources proches du ministère de la Santé, Algrip a été conçu pour cibler les souches virales les plus répandues en Afrique du Nord, avec une efficacité comparable aux vaccins importés. « Ce projet s’aligne sur les orientations du président Abdelmadjid Tebboune, qui a insisté sur la nécessité de réduire la dépendance aux importations de médicaments », a déclaré un responsable du ministère, cité par El Watan.

La production locale du vaccin devrait permettre une meilleure disponibilité des doses, notamment dans les wilayas éloignées des grands centres urbains. En 2024, l’Algérie avait importé plus de 3 millions de doses de vaccins antigrippaux, une dépense estimée à près de 2 milliards de dinars. Avec Algrip, le pays espère couvrir au moins 60 % de ses besoins dès cette campagne, selon les projections du ministère.

Une campagne ciblée pour les populations à risque
La campagne de vaccination 2025-2026 cible en priorité les personnes âgées de plus de 65 ans, les femmes enceintes, les patients atteints de maladies chroniques (diabète, asthme, insuffisance cardiaque) et les professionnels de santé. Les autorités sanitaires ont également inclus les enfants de 6 mois à 5 ans dans les groupes prioritaires, une première en Algérie. « Cette extension vise à réduire les hospitalisations pédiatriques liées aux complications de la grippe, qui ont augmenté de 15 % l’hiver dernier », a expliqué le Dr. Kamel Senhadji, directeur général de l’IPA, dans une déclaration à l’APS.

Pour faciliter l’accès au vaccin, le ministère de la Santé a mis en place un système de rendez-vous en ligne via la plateforme Sehaty, déjà utilisée pour la vaccination contre le Covid-19. Les citoyens peuvent également se rendre directement dans les centres de santé, où des équipes mobiles seront déployées dans les zones rurales. « Nous avons formé 5 000 agents de santé pour assurer une couverture optimale, notamment dans les wilayas du Sud comme Adrar, Tamanrasset et Illizi », a précisé un responsable de la Direction de la prévention au ministère.

Des défis logistiques et une communication à renforcer
Malgré ces avancées, des défis persistent. Plusieurs médecins interrogés par El Khabar ont souligné des retards dans la distribution des doses dans certaines wilayas, notamment à Constantine et Oran. « Les stocks sont arrivés avec deux semaines de retard dans notre centre, ce qui a découragé une partie des patients », a confié un médecin généraliste exerçant à Sidi Bel Abbès. Le ministère de la Santé a reconnu ces dysfonctionnements, attribuant les retards à des « problèmes de coordination entre les wilayas et les fournisseurs locaux ».

Par ailleurs, la méfiance d’une partie de la population envers les vaccins reste un obstacle. Une enquête réalisée en septembre 2025 par le Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (CENEAP) révèle que 30 % des Algériens interrogés hésitent à se faire vacciner contre la grippe, par crainte d’effets secondaires ou par manque d’information. Pour y remédier, le ministère a lancé une campagne de sensibilisation à travers les médias publics, avec des spots télévisés mettant en avant des témoignages de médecins et de patients vaccinés.

Un pas vers l’indépendance pharmaceutique
Le lancement d’Algrip s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de l’industrie pharmaceutique algérienne. En 2024, le groupe Saidal a produit plus de 50 millions de boîtes de médicaments, couvrant 40 % des besoins nationaux, contre seulement 20 % en 2020. « La production locale de vaccins est une priorité pour le gouvernement. D’ici 2027, nous visons une autonomie à 70 % pour les médicaments essentiels », a affirmé le PDG de Saidal, Mohamed Hammoudi, lors d’une visite à l’usine de production de Constantine en août 2025.

Cette stratégie s’accompagne d’investissements dans la recherche et développement. L’IPA travaille actuellement sur un vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS), responsable de nombreuses hospitalisations chez les nourrissons. « Les essais cliniques devraient débuter en 2026, avec l’objectif d’une commercialisation d’ici 2028 », a indiqué le Dr. Senhadji.

Réactions des professionnels de santé
Les syndicats médicaux ont salué cette initiative, tout en appelant à une meilleure organisation. « C’est une avancée majeure pour la santé publique, mais il faut éviter les pénuries et les retards qui ont marqué les campagnes précédentes », a déclaré le Dr. Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), dans une interview à Liberté. Il a également plaidé pour une extension de la vaccination gratuite à tous les citoyens, et pas seulement aux groupes à risque.

Du côté des patients, les avis sont partagés. « Je me suis fait vacciner l’an dernier et je n’ai pas eu la grippe. Cette année, je vais recommencer, surtout avec un vaccin fabriqué en Algérie », témoigne Fatima, une retraitée de 70 ans rencontrée dans un centre de santé d’Alger. En revanche, certains expriment encore des réserves. « Je préfère attendre de voir les effets sur les autres avant de me faire vacciner », confie Karim, un enseignant de 35 ans.

Prochaines étapes
Le ministère de la Santé prévoit d’évaluer l’impact de la campagne d’ici janvier 2026, avec un bilan détaillé du taux de couverture vaccinale et des éventuels effets indésirables. « Nous allons ajuster notre stratégie en fonction des retours du terrain », a assuré un responsable du ministère. Par ailleurs, les autorités sanitaires envisagent d’intégrer le vaccin antigrippal dans le calendrier vaccinal national à partir de 2027, une mesure qui nécessitera des investissements supplémentaires.

Avec le lancement d’Algrip, l’Algérie franchit une nouvelle étape dans sa quête d’autonomie sanitaire. Si les défis logistiques et la méfiance d’une partie de la population persistent, cette initiative marque un tournant dans la politique de santé publique du pays. Reste à voir si les efforts déployés permettront d’atteindre les objectifs fixés, à savoir une couverture vaccinale de 50 % pour les groupes à risque d’ici la fin de la campagne.

Laisser un commentaire