Revue de presse : Journalisme Algérie, Presse algérienne, Sécurité Algérie…

**L’Algérie en miroir brisé : entre verrouillage et échappées**

**1. Frontières : la forteresse et ses lézardes**

Car les frontières ne sont pas seulement des lignes sur une carte. Elles sont aussi des membranes économiques. Le cas de la filière laitière, étranglée par la crise diplomatique avec la France, en est l’illustration. L’Algérie, qui inaugure « la plus grande usine laitière du pays », reste dépendante des importations – et donc des caprices des relations internationales. La résilience marocaine, vantée par certains médias, n’est pas un hasard : elle repose sur une diversification des partenariats et une intégration régionale que l’Algérie, prisonnière de son antagonisme avec Rabat, refuse obstinément. Résultat : le pays se retrouve coincé entre une autarcie illusoire et une dépendance humiliante.

Cette paranoïa frontalière a un coût humain. Le danseur algérien privé de titre de séjour aux JO de Paris 2024 en est le symbole. L’État algérien, qui se présente comme le protecteur de ses citoyens à l’étranger, est incapable d’assurer leurs droits élémentaires. La diaspora, elle, doit se débrouiller seule – et c’est précisément cette débrouille qui fait sa force.

**2. La diaspora : le soft power que l’Algérie ignore**

Pourtant, cette énergie créative se heurte à un mur : l’Algérie ne sait pas (ou ne veut pas) exploiter son capital diasporique. Contrairement au Maroc, qui a fait des « Marocains du monde » un pilier de son influence, Alger traite ses expatriés avec méfiance. Les transferts de fonds, pourtant vitaux pour l’économie, sont taxés comme des flux suspects. Les initiatives culturelles de la diaspora sont souvent perçues comme des menaces, plutôt que comme des opportunités.

Cette cécité est d’autant plus absurde que la diaspora algérienne est l’un des rares leviers de soft power dont dispose le pays. Dans un monde où l’influence se mesure à la capacité à séduire plutôt qu’à contraindre, l’Algérie gaspille une ressource inestimable.

**3. Santé et industrie : le pari risqué de l’autonomie**

L’Algérie a les moyens de ses ambitions. Elle dispose d’un marché intérieur de 45 millions d’habitants, d’une main-d’œuvre qualifiée, et d’un savoir-faire industriel. Pourtant, le système se heurte à des blocages systémiques : bureaucratie étouffante, corruption endémique, et surtout, une méfiance viscérale envers le secteur privé. Résultat : les investisseurs, même locaux, hésitent à s’engager.

Le cas de la régulation pharmaceutique est emblématique. Les pharmacies algériennes sont en première ligne pour une politique de santé performante, mais leur expertise est souvent ignorée par les décideurs. Comme dans d’autres secteurs, l’État algérien préfère le contrôle à l’efficacité.

**4. Éducation et formation : le grand gâchis des élites**

La formation professionnelle, censée être une alternative, souffre des mêmes maux. Les BTS et autres diplômes sont souvent déconnectés des besoins du marché. La bourse d’excellence de la Chaire UNESCO est une goutte d’eau dans un océan de médiocrité institutionnelle.

Pourtant, l’Algérie a les moyens de former ses élites. Ses universités regorgent de talents, mais ceux-ci sont étouffés par un système qui privilégie la loyauté à la compétence. Le résultat ? Une fuite des cerveaux massive, et une économie qui peine à innover.

**5. Banque et RSE : le greenwashing d’un système en crise**

La RSE, en Algérie, est souvent un alibi. Les banques, comme la Banque de Tunisie (dont la directrice vante les mérites de la RSE), utilisent ces concepts pour redorer leur image, sans changer leurs pratiques. Pourtant, dans un pays où l’accès aux soins est inégal et où les discriminations sont structurelles, ces initiatives devraient être une priorité.

Le problème est plus profond : l’Algérie souffre d’un déficit de transparence. Sans données fiables, sans contre-pouvoirs, les discours sur la RSE restent des vœux pieux.

**6. Presse et journalisme : l’étouffement créatif**

Les cas de censure se multiplient, et les journalistes algériens sont souvent réduits à relayer la parole officielle. Pourtant, des initiatives comme les journées d’étude sur le patrimoine architectural montrent que la société civile refuse de se laisser étouffer.

Le paradoxe est frappant : l’Algérie, qui a produit des intellectuels de renom (de Kateb Yacine à Assia Djebar), est aujourd’hui un pays où la pensée critique est suspecte. Pourtant, c’est précisément cette pensée critique qui pourrait sauver le pays de l’effondrement.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

Le risque, à moyen terme, est celui d’un effondrement contrôlé. L’Algérie pourrait devenir une « forteresse vide » : un pays riche en ressources, mais pauvre en perspectives, où les élites fuient, où les jeunes se radicalisent, et où l’État se contente de gérer la pénurie.

Mais une autre voie est possible. Celle d’une Algérie qui accepterait enfin de lâcher prise : qui ouvrirait ses frontières (au moins économiques), qui miserait sur sa diaspora, qui libérerait les énergies créatives de sa jeunesse. Cette Algérie-là existe déjà, en germe, dans les initiatives culturelles, les start-ups, et les réseaux de solidarité.

Le choix est entre les mains des décideurs. Mais le temps presse. Car un système qui se barricade finit toujours par s’effondrer sous son propre poids.

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