Bochra Belhaj Hmida défend l’évolution sociale en Algérie

Bochra Belhaj Hmida, figure emblématique du militantisme pour les droits des femmes en Tunisie et ancienne présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE), a récemment partagé une réflexion sur les transformations sociales en Algérie. Interrogée par Middle East Eye le 29 août 2018, elle a souligné que les changements sociétaux s’imposent, indépendamment des résistances ou des réticences. Ses propos, bien que centrés sur la Tunisie, résonnent avec les débats algériens sur l’égalité des genres et les réformes législatives.

Selon Middle East Eye, Belhaj Hmida a insisté sur la nécessité de reconnaître les mutations en cours, notamment en matière de droits des femmes. Elle a rappelé que les sociétés maghrébines, y compris l’Algérie, subissent des pressions internes et externes qui accélèrent ces évolutions. Son analyse met en lumière un paradoxe : alors que les mentalités évoluent, les cadres juridiques et institutionnels peinent souvent à suivre, créant des tensions entre tradition et modernité.

Une société en mouvement malgré les blocages

En Algérie, cette question se pose avec acuité. Le Code de la famille, bien que révisé en 2005, reste critiqué pour ses dispositions inégalitaires, notamment en matière d’héritage, de mariage et de divorce. Les associations féministes, comme le Collectif pour la promotion des droits des femmes (CPDF) ou la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), dénoncent régulièrement ces lacunes. Pourtant, les réformes peinent à aboutir, en partie à cause de l’influence des courants conservateurs au sein du Parlement et de la société.

Le rôle des femmes dans les changements sociétaux

Cette contradiction illustre un décalage entre les avancées individuelles et les structures collectives. Les femmes algériennes, comme leurs homologues tunisiennes, sont à la fois actrices et victimes de ces mutations. Elles subissent les pressions sociales tout en contribuant à les faire évoluer. Bochra Belhaj Hmida a rappelé que les réformes législatives ne suffisent pas : « Il faut aussi changer les mentalités, et cela prend du temps. Mais le mouvement est irréversible. »

Les défis de l’adaptation institutionnelle

En Algérie, les réformes sont souvent freinées par des compromis politiques. Le Code de la famille, par exemple, a été modifié en 2005 sous la pression des associations féministes, mais sans remettre en cause ses fondements inégalitaires. Les propositions de réforme, comme celle d’introduire la parité dans l’héritage, restent lettre morte. Pourtant, les sondages montrent une évolution des mentalités, notamment chez les jeunes. Selon une enquête réalisée en 2017 par l’Office national des statistiques (ONS), 62 % des Algériens estiment que les femmes devraient avoir les mêmes droits que les hommes en matière d’héritage.

Un appel à l’action collective

Les réseaux sociaux jouent également un rôle croissant dans ces mobilisations. Les hashtags comme #MaPlaceEstOù ou #AlgérieÉgalité permettent de contourner les censures et de toucher un large public. Ces initiatives montrent que les revendications pour l’égalité des genres ne sont plus marginales, mais s’inscrivent dans un débat national plus large sur la place des femmes dans la société.

Les propos de Bochra Belhaj Hmida rappellent que les transformations sociales ne sont pas linéaires. Elles sont le résultat de luttes, de compromis et de résistances. En Algérie, comme en Tunisie, ces évolutions posent des questions fondamentales : comment concilier tradition et modernité ? Comment adapter les lois aux réalités sociales ? Et surtout, comment faire en sorte que ces changements bénéficient à tous, sans exclusion ni marginalisation ? Les réponses à ces questions détermineront l’avenir des droits des femmes dans la région.

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