L’Algérie compte une nouvelle voix engagée pour la santé des mères et des nourrissons. Samira Benbarkat, sage-femme algérienne, a récemment mis en lumière les enjeux de l’allaitement maternel dans le pays. Son intervention, relayée par l’International Confederation of Midwives, souligne à la fois les progrès réalisés et les défis persistants.
Benbarkat, qui exerce depuis plus de deux décennies, a partagé son expérience lors d’un entretien publié en août 2025. Elle y décrit un système de santé algérien en mutation, où les politiques publiques encouragent de plus en plus l’allaitement exclusif. Selon elle, les campagnes de sensibilisation menées par le ministère de la Santé ont permis d’augmenter le taux d’allaitement maternel au cours des dernières années. « Les femmes algériennes sont de plus en plus informées des bienfaits du lait maternel, tant pour l’enfant que pour la mère », explique-t-elle.
Pourtant, des obstacles subsistent. Benbarkat pointe du doigt les pressions sociales et les idées reçues qui dissuadent certaines mères de poursuivre l’allaitement. « Beaucoup de femmes craignent que leur lait ne soit pas suffisant, ou qu’elles ne puissent pas concilier allaitement et vie professionnelle », précise-t-elle. Elle souligne également le manque de structures d’accompagnement dans certaines régions, notamment en milieu rural, où l’accès aux sages-femmes et aux pédiatres reste limité.
Un plaidoyer pour des politiques plus inclusives
La sage-femme ne se contente pas de constater les difficultés. Elle propose des solutions concrètes pour renforcer l’allaitement maternel en Algérie. Parmi ses recommandations, l’extension des congés maternité, actuellement fixés à 14 semaines, et la création de salles d’allaitement dans les entreprises et les lieux publics. « Il faut que l’État et les employeurs s’engagent davantage pour faciliter la vie des mères qui travaillent », insiste-t-elle.
Benbarkat met aussi en avant le rôle des professionnels de santé dans la promotion de l’allaitement. Elle appelle à une formation renforcée des médecins et des sages-femmes pour qu’ils puissent mieux conseiller les mères. « Beaucoup de femmes reçoivent des informations contradictoires de la part des soignants. Il est crucial d’harmoniser les messages », affirme-t-elle.
Des résultats encourageants malgré les défis
Les efforts de sensibilisation semblent porter leurs fruits. Selon les dernières données du ministère de la Santé, le taux d’allaitement exclusif à six mois a progressé, passant de 18 % en 2018 à près de 30 % en 2024. Cette amélioration s’explique en partie par les campagnes menées dans les centres de santé et les hôpitaux, ainsi que par l’implication d’associations comme l’Association algérienne pour la promotion de l’allaitement maternel (AAPAM).
Cependant, l’Algérie reste en dessous des objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui recommande un taux d’allaitement exclusif de 50 % à six mois. Benbarkat estime que le pays peut y parvenir en renforçant les politiques publiques et en impliquant davantage les pères et les familles. « L’allaitement n’est pas seulement une affaire de femmes. Les hommes ont un rôle clé à jouer pour soutenir leurs compagnes », souligne-t-elle.
Un modèle pour les pays voisins
L’engagement de Samira Benbarkat dépasse les frontières de l’Algérie. Son travail a été salué par des organisations internationales, qui voient en elle un exemple pour les pays du Maghreb et d’Afrique. Lors d’une conférence organisée par l’UNICEF en 2024, elle a présenté les bonnes pratiques algériennes en matière d’allaitement, notamment l’intégration de ce sujet dans les programmes de santé scolaire.
Son plaidoyer s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion des droits des femmes et de la santé maternelle. En Algérie, les avancées en matière d’accès aux soins et d’éducation sanitaire ont permis de réduire la mortalité infantile et maternelle. Mais comme le rappelle Benbarkat, « il reste encore beaucoup à faire pour que chaque mère puisse allaiter sereinement, sans pression ni jugement ».
Vers une reconnaissance institutionnelle ?
La question de l’allaitement maternel pourrait bientôt figurer en bonne place dans l’agenda politique algérien. En 2025, le ministère de la Santé a annoncé la création d’un comité national dédié à la promotion de l’allaitement, en collaboration avec l’OMS et l’UNICEF. Ce comité aura pour mission de coordonner les actions entre les différents acteurs et d’évaluer les progrès réalisés.
Samira Benbarkat espère que cette initiative permettra de renforcer les mesures existantes et d’en introduire de nouvelles. « L’Algérie a les moyens de devenir un modèle en matière d’allaitement maternel. Il suffit de volonté politique et de mobilisation collective », conclut-elle.
Son combat rappelle que la santé des femmes et des enfants est un enjeu majeur pour le développement du pays. En plaçant l’allaitement au cœur des débats, Benbarkat contribue à faire évoluer les mentalités et à améliorer les conditions de vie des familles algériennes.