L’UE attire les médecins algériens malgré la pénurie locale

Les pays de l’Union européenne (UE) intensifient leur recrutement de médecins étrangers, une tendance qui touche directement l’Algérie, où le système de santé souffre déjà d’un déficit criant de praticiens. Selon Mediapart, cette compétition entre États membres pour attirer des professionnels de santé, notamment en provenance de pays tiers, aggrave les déséquilibres structurels dans des nations comme l’Algérie, où les hôpitaux publics peinent à retenir leurs effectifs.

Une fuite des compétences aux conséquences lourdes

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est accéléré ces dernières années. L’Allemagne, la France et les pays scandinaves figurent parmi les destinations les plus prisées. En 2023, l’Allemagne a simplifié les procédures de reconnaissance des diplômes étrangers pour les médecins, tandis que la Suède a lancé des campagnes ciblées pour attirer des praticiens spécialisés, notamment en anesthésie-réanimation et en pédiatrie, deux domaines où l’Algérie enregistre des pénuries chroniques.

Des politiques européennes qui ignorent les réalités locales

Le ministère algérien de la Santé a tenté de limiter ces départs en instaurant des mesures contraignantes, comme l’obligation de service public pour les jeunes diplômés. Cependant, ces dispositifs se heurtent à des obstacles pratiques : les médecins concernés peuvent racheter leur contrat ou contourner les règles en s’installant dans le secteur privé, où les salaires sont plus attractifs, avant de quitter le pays.

Un système de santé algérien en tension

Les spécialités les plus touchées par les départs sont celles qui nécessitent des investissements lourds en formation et en équipements, comme la cardiologie ou la neurochirurgie. À titre d’exemple, l’hôpital de Tizi Ouzou, l’un des plus importants du pays, a perdu près de 20 % de ses médecins spécialistes en cinq ans, selon des données internes citées par des syndicats locaux.

Des solutions locales limitées

Par ailleurs, les conditions de travail dans les hôpitaux publics algériens, marquées par le manque d’équipements et la surcharge des services, découragent les jeunes diplômés. Un médecin résident à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger confie sous couvert d’anonymat : « On nous forme pendant des années, mais une fois en poste, on se retrouve avec des moyens limités et une pression énorme. Beaucoup préfèrent partir plutôt que de se battre dans un système qui ne leur offre pas de perspectives. »

Un enjeu de souveraineté sanitaire

Pour inverser la tendance, des voix appellent à une refonte plus profonde du système de santé. Le professeur Kamel Senhadji, doyen de la faculté de médecine d’Alger, plaide pour une revalorisation du métier de médecin en Algérie, non seulement sur le plan salarial, mais aussi en termes de reconnaissance sociale et de conditions de travail. « Il faut rendre le secteur public attractif, pas seulement en augmentant les salaires, mais en améliorant les infrastructures et en offrant des perspectives de carrière claires », explique-t-il.

L’UE face à ses responsabilités

Certains pays, comme la France, ont tenté de mettre en place des partenariats équitables avec des nations africaines, en finançant des programmes de formation ou en limitant le recrutement aux médecins déjà installés sur leur territoire. Cependant, ces initiatives restent marginales face à l’ampleur du phénomène.

Pour l’Algérie, la solution passe peut-être par une combinaison de mesures locales et d’une coopération renforcée avec l’UE. Des accords bilatéraux pourraient être négociés pour encadrer les flux de médecins, en garantissant des contreparties, comme des investissements dans les infrastructures sanitaires algériennes. Sans cela, le pays risque de continuer à former des médecins pour le compte de l’Europe, au détriment de sa propre population.

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