Revue de presse : Gastronomie algérienne, Diversification économique Algérie, Éducation Algérie…

**LE TEMPS DES PARADOXES : QUAND L’ALGÉRIE JOUE SUR TOUS LES ÉCHIQUIERS**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les strates d’une modernité inachevée, les cicatrices d’un passé révolutionnaire et les soubresauts d’une mondialisation qui la traverse sans toujours la comprendre. Les actualités des dix derniers jours dessinent une carte où chaque domaine – de la gastronomie à la diplomatie, en passant par l’armée et les céréales – semble à la fois autonome et profondément interconnecté. Mais derrière cette apparente fragmentation se cache une logique plus profonde : celle d’un État-nation qui tente de concilier souveraineté économique, héritage postcolonial et insertion dans un ordre mondial en recomposition.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence du double langage. L’Algérie parle à la fois le langage de la résilience (usine laitière géante, transition énergétique « réaliste ») et celui de la vulnérabilité (dépendance aux importations de céréales, crise diplomatique avec la France). Elle célèbre ses traditions (couscous, caftan) tout en luttant contre les archaïsmes qui minent son système éducatif (triche high-tech au bac). Elle se veut un acteur géopolitique majeur (médiation dans les crises africaines, partenariats avec la Chine) mais reste prisonnière de ses propres contradictions internes (finance islamique embryonnaire, médias sous tension).

Cette schizophrénie n’est pas un hasard. Elle reflète la tension fondatrice de l’Algérie indépendante : comment incarner une nation souveraine dans un monde où les rapports de force économiques et symboliques sont toujours définis par d’autres ? La réponse algérienne, ces dernières semaines, oscille entre réaffirmation identitaire (gastronomie, traditions) et stratégies d’évitement (diversification économique, diplomatie multidirectionnelle). Mais jusqu’où ces deux mouvements peuvent-ils coexister sans s’annuler ?

**LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE : ENTRE SYMBOLE ET DÉPENDANCE**

**Le lait, miroir des fractures franco-algériennes**

Le paradoxe est cruel : alors que le pays célèbre son couscous national (inscrit au patrimoine de l’UNESCO) et ses desserts ramadanesques, il peine à nourrir sa population sans recourir aux importations. La mer Noire, devenue un enjeu géopolitique majeur pour les céréales russes, rappelle que l’Algérie, malgré ses ambitions, reste un maillon faible dans la chaîne alimentaire mondiale. La baisse des prix des céréales, si elle soulage temporairement les finances publiques, ne change rien à l’équation : sans une révolution agricole (irrigation, semences locales, mécanisation), la souveraineté alimentaire restera un slogan.

**Le blé, talon d’Achille de l’indépendance**

Ici, la tradition culinaire (couscous, pain maison) entre en collision avec la réalité économique : comment promouvoir une gastronomie nationale quand les ingrédients de base sont contrôlés par des puissances étrangères ? La réponse algérienne, pour l’instant, est schizophrénique : on célèbre le couscous tout en important le blé qui le compose.

**L’ÉCONOMIE ENTRE RÉVOLUTION VERTE ET FINANCE ISLAMIQUE : LE GRAND ÉCART**

**Sonatrach et la transition énergétique : un réalisme de façade ?**

Pourquoi un tel échec ? Parce que les PPP supposent un État de droit (stabilité juridique, lutte contre la corruption) et une classe entrepreneuriale autonome – deux conditions qui font défaut en Algérie. Le cas de Mourad Louadah (IRIS JC IND), qui plaide pour une transition énergétique par le partenariat, est révélateur : ses propositions butent sur un système où l’État reste le seul acteur légitime, étouffant toute initiative privée.

**La finance islamique, ou l’art de contourner le capitalisme occidental**

1. Un marché encore marginal : la finance islamique ne représente que 5% du secteur bancaire algérien, contre 25% en Malaisie ou aux Émirats.
2. Un manque de cadre juridique : sans une régulation claire, les produits halal (sukuk, murabaha) restent des coquilles vides.
3. Une méfiance des investisseurs : les banques islamiques algériennes sont perçues comme des instruments politiques plutôt que comme des acteurs économiques autonomes.

Pourtant, cette finance alternative pourrait être un levier de souveraineté – à condition de dépasser le stade du symbole. En s’appuyant sur des fonds souverains (comme ceux du Golfe) et en développant des partenariats Sud-Sud (avec la Turquie ou l’Indonésie), l’Algérie pourrait contourner les conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale. Mais pour l’instant, ces pistes restent théoriques.

**L’ÉDUCATION : LE THÉÂTRE DES ILLUSIONS PERDUES**

**Le bac 2024, ou la comédie de la méritocratie**

L’école, censée être le creuset de la nation, est aujourd’hui un miroir grossissant des dysfonctionnements sociaux :
Corruption : les fuites de sujets et les pressions sur les correcteurs sont monnaie courante.
Désengagement de l’État : les enseignants, sous-payés et démotivés, ne croient plus au système.
Clientélisme : les diplômes sont distribués comme des faveurs politiques, vidant le bac de sa substance.

Le plus inquiétant ? Personne ne semble s’en émouvoir. Les parents, les élèves, voire les autorités, ont intériorisé l’idée que la fin justifie les moyens. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 30%, le diplôme reste le seul sésame pour un emploi public – même s’il est obtenu frauduleusement.

**L’IA et la fin du mérite**

Pire : cette triche généralisée détruit la confiance dans les institutions. Comment croire en un État qui ne parvient même pas à organiser un examen équitable ? Comment espérer une élite compétente quand les diplômes sont devenus des produits de consommation ?

**L’ARMÉE ET LA DIPLOMATIE : L’OMBRE PORTÉE DE LA GUERRE D’INDÉPENDANCE**

**Liamine Zéroual, ou la nostalgie de l’État fort**

Aujourd’hui, cette vision est en crise existentielle. L’armée algérienne, longtemps pilier du régime, est tiraillée entre :
1. Son rôle historique : garante de la souveraineté nationale (face au Maroc, à la France, aux ingérences étrangères).
2. Son rôle économique : via des entreprises comme GENIS ou Cevital, elle est devenue un acteur capitaliste, parfois en concurrence avec le secteur privé.
3. Son rôle politique : après les manifestations de 2019 (Hirak), elle a dû composer avec une société civile plus exigeante, tout en maintenant son emprise sur le pouvoir.

**La diplomatie algérienne : entre non-alignement et opportunisme**

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