La consommation de tabac en Algérie connaît une progression préoccupante, selon les dernières données publiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans un rapport diffusé récemment, l’agence onusienne met en lumière une tendance à la hausse, notamment chez les jeunes et les femmes, posant des défis sanitaires et économiques pour le pays.
Une prévalence en augmentation
Les jeunes ne sont pas épargnés. L’OMS souligne que 15 % des adolescents algériens de 13 à 15 ans ont déjà expérimenté le tabac, un taux qui place l’Algérie parmi les pays où la consommation précoce est la plus élevée en Afrique du Nord. Les cigarettes électroniques et les produits à chauffer, souvent perçus comme moins nocifs, gagnent également en popularité chez les moins de 20 ans, malgré un manque de réglementation claire sur leur commercialisation.
Un fardeau sanitaire et économique
Le ministère de la Santé algérien a récemment reconnu que les dépenses liées au traitement des maladies liées au tabac absorbent une part importante du budget hospitalier. En 2024, plus de 120 milliards de dinars ont été consacrés à la prise en charge des patients atteints de cancers pulmonaires et de bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO), des affections directement imputables au tabagisme dans 80 % des cas.
Des mesures insuffisantes face à l'industrie
L’OMS pointe également l’absence de taxation efficace. En Algérie, les prix des cigarettes restent parmi les plus bas de la région, avec un paquet vendu en moyenne à 200 dinars, soit environ 1,50 dollar. Une étude de l’agence montre qu’une augmentation de 10 % du prix du tabac pourrait réduire la consommation de 4 % chez les adultes et de 7 % chez les jeunes. Pourtant, les hausses de taxes décidées ces dernières années ont été limitées, en partie sous la pression des lobbies du secteur.
L'urgence d'une stratégie nationale
Le ministère de la Santé a annoncé en juin 2025 la création d’un comité national de lutte contre le tabagisme, chargé de coordonner les actions entre les différents secteurs. Ce comité devra notamment travailler avec le ministère du Commerce pour renforcer les contrôles sur la vente aux mineurs et limiter l’accès aux produits émergents comme les cigarettes électroniques.
Un enjeu de santé publique prioritaire
Les experts de l’OMS insistent sur la nécessité d’une approche globale, combinant réglementation, éducation et soutien aux fumeurs souhaitant arrêter. Des programmes d’aide au sevrage, actuellement quasi inexistants, devraient être développés en collaboration avec les professionnels de santé. Sans ces mesures, l’Algérie risque de voir son système de santé submergé par une épidémie de maladies évitables, avec des conséquences humaines et financières désastreuses.