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L’Algérie se tient aujourd’hui à un carrefour où se croisent les héritages postcoloniaux, les urgences climatiques et les reconfigurations géopolitiques. Les actualités récentes, loin d’être un simple agrégat de faits disparates, dessinent une cartographie des tensions et des potentialités qui traversent le pays. Une lecture transversale révèle une Algérie en quête de souveraineté multidimensionnelle – énergétique, numérique, culturelle –, mais aussi un pays où les avancées structurelles butent sur des inerties bureaucratiques, des dépendances historiques et des contradictions internes. Entre le soleil saharien comme promesse de puissance et les ombres persistantes d’un État rentier, entre l’émergence d’une jeunesse entrepreneuriale et les pesanteurs d’un système éducatif encore tourné vers le passé, l’Algérie oscille entre deux temporalités : celle, lente, des réformes institutionnelles, et celle, fulgurante, des mutations technologiques et géostratégiques.
Cette revue de presse propose une plongée dans ces dynamiques, en traçant des fils rouges entre des domaines a priori disjoints. Car c’est là, dans les interstices, que se joue l’avenir du pays.
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**La souveraineté énergétique : entre opportunité historique et dépendance persistante**
L’Algérie est assise sur une double richesse : son ensoleillement, l’un des plus intenses au monde, et ses réserves de gaz, encore cruciales pour l’Europe en quête de diversification post-guerre en Ukraine. Les récentes actualités sur le solaire et la transition énergétique illustrent cette position paradoxale. D’un côté, le pays multiplie les projets ambitieux : rapports américains saluant ses avancées dans les énergies renouvelables, partenariats renforcés avec l’Italie pour des infrastructures vertes, et même une place centrale dans la transition énergétique mondiale selon le Portail algérien. De l’autre, ces initiatives restent marginales face à la domination des hydrocarbures, qui représentent encore 95 % des exportations.
La contradiction est flagrante : l’Algérie pourrait devenir un leader de l’énergie solaire, mais elle reste prisonnière d’un modèle économique rentier, où les revenus du gaz financent des subventions sociales et des projets industriels peu compétitifs. La transition énergétique n’est pas seulement une question technique ; c’est un enjeu de souveraineté. Or, comme le note Frédéric Lordon, la souveraineté ne se décrète pas, elle se conquiert contre les dépendances structurelles. L’Algérie en a conscience, mais les résistances sont fortes : lobbies pétroliers, bureaucratie lente, et surtout, une culture économique qui peine à sortir du court-termisme.
Le partenariat avec l’Italie est symptomatique. Rome, après avoir quitté les Routes de la Soie chinoises, se tourne vers l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements en gaz et développer des projets solaires. Une alliance pragmatique, mais qui rappelle que l’Europe cherche moins à aider l’Algérie à se développer qu’à sécuriser ses propres besoins. La souveraineté énergétique algérienne passera-t-elle par une autonomisation vis-à-vis de l’Europe, ou par une intégration accrue dans un marché mondialisé où elle restera un fournisseur de matières premières ?
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**Le capital symbolique : archéologie, santé et soft power**
Dans un monde où les puissances se mesurent autant par leur force militaire que par leur influence culturelle, l’Algérie mise sur deux leviers : la préservation de son patrimoine et l’excellence scientifique.
La protection des sites archéologiques sahariens, menacés par le pillage et les changements climatiques, n’est pas qu’une question de mémoire. C’est une bataille pour le contrôle du récit historique. Comme le soulignait Edward Saïd, l’archéologie est un champ de bataille politique : qui écrit l’histoire contrôle l’imaginaire collectif. En sécurisant ses sites, l’Algérie affirme sa légitimité culturelle face à des puissances étrangères qui, hier comme aujourd’hui, cherchent à s’approprier son passé (la France avec ses collections coloniales, les trafiquants d’antiquités, etc.). La récente mobilisation autour de Ghardaïa et Tiaret, malgré les retards dans les projets touristiques, montre une prise de conscience : le patrimoine n’est pas un luxe, mais un outil de puissance.
Dans le domaine scientifique, la consécration de Yasmine Belkaid, lauréate du « prix des Nobels Arabes » en médecine, est un autre signe de cette quête de capital symbolique. L’Algérie, comme d’autres pays du Sud, souffre d’une fuite des cerveaux, mais elle commence à inverser la tendance en valorisant ses talents locaux. Belkaid, chercheuse à l’Institut Pasteur et aux NIH américains, incarne cette double appartenance : formée en Algérie, elle excelle à l’étranger, mais son prix est récupéré comme une victoire nationale. Une stratégie de nation branding qui rappelle celle de l’Inde avec ses ingénieurs ou de la Chine avec ses scientifiques.
Pourtant, ces succès contrastent avec les lacunes du système éducatif. Les cinq nouveaux lycées régionaux axés sur les mathématiques sont une avancée, mais ils restent des îlots d’excellence dans un océan de désinvestissement. L’Algérie dépense 4 % de son PIB pour l’éducation, un chiffre respectable, mais la qualité de l’enseignement reste inégale, surtout dans les zones rurales. Comment concilier l’émergence de talents comme Belkaid avec un système qui peine à former des masses critiques de scientifiques ?
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**La Bourse d’Alger : souveraineté numérique ou mirage financier ?**
L’introduction en Bourse d’Ayrade, une entreprise spécialisée dans la souveraineté numérique, et l’annonce de trois autres introductions en 2026 marquent un tournant pour l’économie algérienne. Après des décennies de méfiance envers les marchés financiers, l’État semble vouloir utiliser la Bourse comme levier de modernisation.
Le choix d’Ayrade n’est pas anodin. Dans un contexte où les États-Unis et la Chine se livrent une guerre technologique, l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux géants étrangers (Google, Huawei, etc.). La souveraineté numérique est devenue un enjeu de sécurité nationale, comme le montre la montée des tensions autour des câbles sous-marins et des données. En cotant une entreprise locale, l’Algérie envoie un signal : elle veut maîtriser son infrastructure digitale, tout comme elle cherche à contrôler son énergie.
Mais cette ambition se heurte à des réalités moins glorieuses. La Bourse d’Alger reste un marché étroit, avec une capitalisation boursière inférieure à 1 % du PIB. Les entreprises algériennes préfèrent souvent se financer par la dette ou les fonds publics plutôt que par les marchés. De plus, la gouvernance des entreprises cotées laisse à désirer : manque de transparence, actionnariat familial dominant, et faible liquidité. Sans réformes profondes, la Bourse risque de rester un outil marginal, réservé à quelques champions nationaux.
Pourtant, le potentiel est là. Si l’Algérie parvient à attirer des investisseurs étrangers et à professionnaliser ses entreprises, la Bourse pourrait devenir un accélérateur de croissance. Mais cela suppose de rompre avec une culture économique marquée par le contrôle étatique et la méfiance envers le privé.
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**Entrepreneuriat et start-up : la jeunesse contre les pesanteurs**
L’Algérie compte aujourd’hui plus de 10 000 start-up, un chiffre en forte croissance, porté par une jeunesse connectée et ambitieuse. Les récentes mesures – crédits gratuits pour les chambres froides agricoles, nomination d’un nouveau directeur au Fonds algérien des start-up – montrent une volonté politique de soutenir cet écosystème.
Pourtant, le chemin est semé d’embûches. Le baromètre du capital-risque 2025 souligne que l’IA est un « accélérateur de particules » pour les start-up, mais en Algérie, l’accès aux financements reste difficile. Les banques traditionnelles rechignent à prêter aux jeunes entrepreneurs, et les fonds d’investissement sont encore rares. Résultat : beaucoup de projets meurent avant même d’avoir vu le jour.
Le cas des chambres froides agricoles est révélateur. L’Algérie produit des surplus de fruits et légumes, mais elle en perd 30 % à cause du manque d’infrastructures de conservation. En offrant des crédits gratuits, l’État reconnaît enfin l’urgence de moderniser la chaîne de valeur agricole. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre 2025 pour agir ? La réponse tient en un mot : bureaucratie. Les lourdeurs administratives étouffent l’innovation, et les réformes, même bien intentionnées, mettent des années à se concrétiser.
Le colloque de Bejaïa sur l’écosystème entrepreneurial montre que la société civile prend les devants. Les universités, les incubateurs et les jeunes entrepreneurs créent leurs propres réseaux, contournant parfois l’État. Une dynamique bottom-up qui rappelle les printemps arabes, mais avec une différence majeure : cette fois, la jeunesse ne cherche pas à renverser le système, elle veut le transformer de l’intérieur.
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**Relations franco-algériennes : le gaz comme monnaie d’échange**
Les relations entre l’Algérie et la France restent marquées par l’héritage colonial, mais elles se jouent désormais sur un terrain économique : le gaz. La récente analyse sur l’agressivité turque en Méditerranée le rappelle : les ressources énergétiques sont au cœur des tensions géopolitiques.
La France, dépendante du gaz algérien, a tout intérêt à maintenir des relations stables. Mais les contentieux historiques (mémoire de la guerre d’indépendance, visas, etc.) empoisonnent régulièrement les échanges. L’Algérie, de son côté, utilise son gaz comme levier diplomatique, alternant rapprochements et tensions pour obtenir des concessions.
Cette realpolitik énergétique a des conséquences sur d’autres domaines. Par exemple, la santé : l’Algérie développe sa production pharmaceutique pour réduire sa dépendance aux médicaments français, mais elle reste liée à des partenariats technologiques avec l’Europe. De même, dans le numérique, les entreprises algériennes utilisent des solutions françaises (comme OVH pour le cloud), mais cherchent à les remplacer par des alternatives locales.
La relation franco-algérienne est donc un mélange de dépendance mutuelle et de défiance. L’Algérie veut diversifier ses partenaires (Italie, Chine, Russie), mais elle ne peut pas se passer du marché européen. La France, elle, cherche à conserver son influence, mais elle doit composer avec une Algérie de plus en plus assertive.
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**Synthèse prospective : l’Algérie en 2035, entre puissance régionale et risques de fragmentation**
À l’horizon 2035, l’Algérie pourrait devenir une puissance régionale incontournable, à condition de surmonter trois défis majeurs.
1. La transition énergétique : un pari risqué, mais nécessaire
Si l’Algérie parvient à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à devenir un leader du solaire, elle pourrait jouer un rôle clé dans la transition énergétique mondiale. Mais cela suppose des investissements massifs, une réforme du secteur public et une ouverture aux capitaux étrangers. Le risque ? Que les revenus du gaz diminuent avant que les énergies renouvelables ne prennent le relais, créant