L’escalade militaire entre Israël, les États-Unis et l’Iran depuis début 2026 secoue les équilibres géopolitiques du Maghreb et pèse sur l’économie algérienne. Selon une analyse publiée par TSA-Algérie en mars 2026, le conflit a déjà provoqué des répercussions directes sur les prix de l’énergie, les échanges commerciaux et la stabilité régionale, trois piliers de la stratégie économique du gouvernement algérien.
Hausse des prix du gaz et incertitudes sur les contrats
L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Europe après la Russie et la Norvège, voit ses exportations énergétiques menacées par la volatilité des marchés. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a confirmé en avril 2026 que les prix du gaz naturel avaient augmenté de 15 % depuis le début des hostilités, en raison des perturbations des routes maritimes en mer Rouge et des sanctions américaines contre Téhéran. La Sonatrach, qui représente 95 % des recettes en devises du pays, a dû renégocier certains contrats à long terme avec des clients européens, comme l’Italie et l’Espagne, pour ajuster les tarifs en fonction des risques géopolitiques.
D’après les données des Douanes algériennes pour le premier trimestre 2025, les exportations de gaz avaient déjà atteint 12,5 milliards de dollars, un record. Mais les analystes du Moci estiment que cette tendance pourrait s’inverser si le conflit s’étend, notamment en cas de blocus du détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial. L’Algérie, qui dépend à 90 % de ses exportations d’hydrocarbures, serait alors contrainte de puiser dans ses réserves de change, déjà réduites à 45 milliards de dollars fin 2025 selon la Banque d’Algérie.
Tensions régionales et pression sur les alliances
Le conflit a aussi ravivé les divisions au Maghreb. La Tunisie, déjà fragilisée par une crise économique et des tensions sociales, a vu ses relations avec l’Algérie se tendre après des déclarations du président Kaïs Saïed accusant « certains pays voisins » de soutenir des groupes armés en Libye. Human Rights Watch a par ailleurs documenté en juillet 2023 des abus contre les migrants subsahariens en Tunisie, un dossier que le gouvernement algérien a évité d’aborder publiquement pour ne pas froisser son voisin.
Au Maroc, le roi Mohammed VI a maintenu une position neutre, tout en renforçant ses liens avec les États-Unis et Israël. Rabat a signé en février 2026 un accord de coopération militaire avec Washington, incluant des livraisons d’armes pour un montant de 3 milliards de dollars. Cette alliance inquiète Alger, qui y voit une tentative d’encerclement. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré lors d’une réunion à l’ONU en avril 2026 que « l’Algérie ne restera pas passive face aux menaces sur sa sécurité nationale », sans citer explicitement le Maroc.
Stratégie algérienne : diversification et diplomatie
Face à ces défis, le président Abdelmadjid Tebboune a accéléré la diversification économique. Le PDG de la CAGEX (Compagnie algérienne d’assurance et de garantie des exportations), Zohir Laïche, a annoncé en mars 2026 un plan pour soutenir les exportations hors hydrocarbures, notamment dans l’agroalimentaire et les produits pharmaceutiques. Les chiffres des Douanes pour le premier trimestre 2025 montrent une hausse de 8 % des exportations non pétrolières, mais celles-ci ne représentent encore que 5 % du total.
Sur le plan diplomatique, l’Algérie a multiplié les contacts avec la Russie et la Chine pour contourner les sanctions occidentales. Une délégation algérienne s’est rendue à Moscou en avril 2026 pour discuter d’un partenariat dans les énergies renouvelables, tandis que Pékin a confirmé son intention d’investir 5 milliards de dollars dans les infrastructures algériennes d’ici 2030. Ces alliances visent à réduire la dépendance aux marchés européens, mais elles exposent aussi Alger à des pressions américaines, notamment sur le dossier du Sahara occidental.
Risque de contagion et stabilité interne
Le conflit Israël-Iran a également des répercussions sur la stabilité interne. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 12 % en 2025, selon l’Office national des statistiques (ONS), en partie à cause de la hausse des coûts du transport maritime. Le gouvernement a dû puiser dans le Fonds de régulation des recettes (FRR) pour subventionner les produits de base, une mesure coûteuse qui pourrait aggraver le déficit budgétaire, estimé à 10 % du PIB en 2026.
Les autorités algériennes craignent aussi une radicalisation des mouvements islamistes, inspirés par le discours anti-occidental de Téhéran. Le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a renforcé la surveillance des réseaux sociaux après des appels à manifester en soutien à l’Iran, notamment à Alger et Oran. Le Committee to Protect Journalists a classé l’Algérie parmi les 10 pays les plus censurés en 2020, une situation qui pourrait empirer si les tensions géopolitiques s’aggravent.
Un équilibre fragile
L’Algérie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Son modèle économique, basé sur les hydrocarbures et les exportations vers l’Europe, est menacé par un conflit qui dépasse ses frontières. Les choix de Tebboune – diversification, alliances avec la Russie et la Chine, maintien de la stabilité interne – détermineront la capacité du pays à résister aux chocs extérieurs. Mais avec des réserves de change en baisse et une inflation persistante, le temps presse. Comme l’a souligné un rapport du Moci en février 2023, « l’Algérie ne peut plus compter uniquement sur ses ressources naturelles pour assurer sa prospérité ». La guerre en Iran pourrait bien être le catalyseur d’une transformation forcée.