Revue de presse : Économie Algérie, Travaux publics Algérie, Société civile Algérie…

**Le grand récit algérien : entre souveraineté affichée et dépendances structurelles**

L’Algérie contemporaine se débat dans une contradiction fondatrice : celle d’une nation qui revendique une souveraineté économique et politique tout en restant prisonnière de ses propres schémas historiques. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte où se superposent les ambitions modernisatrices, les résurgences autoritaires et les fractures sociales. Derrière les annonces triomphales des projets agro-industriels ou pétrochimiques, se profilent des logiques de pouvoir qui oscillent entre militarisation des territoires, clientélisme économique et instrumentalisation de la mémoire.

Ce qui frappe, c’est l’absence de rupture. L’Algérie semble condamnée à répéter les mêmes cycles : une économie rentière qui se cherche des relais (agriculture, industrie), une justice sélective qui protège les siens tout en affichant des gages de transparence, et une société civile dont les élans culturels sont tolérés tant qu’ils ne menacent pas l’ordre établi. Les fils rouges de ces actualités ? La quête d’autosuffisance comme alibi, la militarisation comme mode de gouvernance, et la mémoire comme champ de bataille.

**L’économie algérienne : le pari de l’autosuffisance, ou l’art de courir après son ombre**

**Baladna, Naâma, pétrochimie : les nouveaux mirages de la diversification**

La pétrochimie, présentée comme un « pari gagnant », relève du même paradoxe. L’Algérie mise sur ses ressources gazières pour développer une industrie locale, mais cette dépendance aux hydrocarbures – qui représentent encore 90% des exportations – reste le talon d’Achille du pays. Le groupe Sonatrach annonce des investissements massifs, mais pour quel résultat ? Une diversification réelle, ou une simple extension du modèle rentier, avec ses corollaires : corruption, opacité et clientélisme ?

**La poudre de lait et les vaches américaines : le symbole d’un échec organisé**

Cette dichotomie entre les géants agro-industriels et les paysans locaux révèle une économie à deux vitesses : d’un côté, des projets pharaoniques portés par des oligarques proches du pouvoir ; de l’autre, une paysannerie abandonnée, condamnée à l’exode rural ou à la précarité. La balance commerciale algérienne, déficitaire de 269,3 milliards de dinars au premier trimestre 2025, en est le reflet cruel.

**Justice et corruption : le théâtre des illusions**

**Chakib Khelil, Nassim Ould Kaddour, Farid Bedjaoui : les revenants de la kleptocratie**

Les destins de Nassim Ould Kaddour (ex-PDG de Sonatrach) et Farid Bedjaoui (homme d’affaires lié aux contrats pétroliers) illustrent cette justice à géométrie variable. Tous deux ont bâti des fortunes colossales à l’étranger, souvent avec la complicité de l’État. Pourtant, seuls certains seront sacrifiés, selon des critères qui échappent au droit pour relever du calcul politique. Le « grand chantier anticorruption » annoncé ressemble ainsi à une opération de communication, où l’on exhibe quelques boucs émissaires pour mieux protéger les véritables détenteurs du pouvoir.

**La justice comme arme politique**

**Mémoire et identité : le champ de bataille invisible**

**Les Algériens de l’étranger, gardiens d’une histoire contestée**

Pourquoi cette obsession du contrôle mémoriel ? Parce que l’État algérien, depuis 1962, a construit sa légitimité sur un récit unique : celui d’une révolution pure, menée par un peuple uni. Or, cette histoire est contestée, non seulement par les harkis ou les pieds-noirs, mais aussi par les Berbères, les islamistes et les jeunes générations qui rejettent le discours officiel. La Halqa de Rabat ou les contes populaires de Zagora, célébrés comme des joyaux du patrimoine immatériel, sont tolérés tant qu’ils ne remettent pas en cause ce récit dominant.

**Le patrimoine, entre résistance et instrumentalisation**

Mais pour combien de temps ? Déjà, les projets miniers comme celui de Tala Hamza menacent des sites archéologiques, au nom du « développement ». La militarisation de la Kabylie, justifiée par la sécurité, sert aussi à contrôler une région où la mémoire berbère est vivace. Le patrimoine algérien, présenté comme un « phare de la résistance », est en réalité un enjeu de pouvoir – entre ceux qui veulent le préserver et ceux qui veulent l’exploiter.

**Sécurité et cybersurveillance : l’État dans l’ombre**

**Cyberattaques et failles critiques : les nouvelles guerres invisibles**

Pourtant, l’Algérie investit massivement dans la cybersécurité, avec des structures comme l’ANSSI algérienne (inspirée de son homologue française). Mais à quoi servent ces moyens si les failles persistent ? La réponse est simple : la cybersurveillance n’est pas seulement une question de défense, mais aussi de contrôle interne. Les outils numériques permettent à l’État de traquer les opposants, de censurer les médias indépendants et de surveiller les réseaux sociaux.

**La gendarmerie et les routes : sécuriser ou réprimer ?**

Cette militarisation de la société algérienne se voit aussi dans les travaux publics : les grands projets (routes, barrages, mines) sont souvent confiés à des entreprises liées à l’armée, comme la Cosider ou la Groupe Serport. Derrière le discours sur le « développement », se cache une réalité plus sombre : l’État algérien fonctionne comme une machine à distribuer des rentes, où l’armée et les services de sécurité jouent un rôle central.

**Géopolitique maghrébine : l’Algérie, puissance régionale en quête de leadership**

**La France en déclin, l’Algérie en embuscade**

Pourtant, cette montée en puissance reste fragile. L’Algérie dépend toujours des exportations d’hydrocarbures, et son influence régionale est contestée par le Maroc (sur le Sahara occidental) et la Tunisie (en crise économique). Le déficit commercial algérien (269 milliards de dinars) rappelle que le pays n’a pas encore trouvé de modèle économique alternatif.

**Le Niger et la BAD : l

Laisser un commentaire