Zikara lance un guichet unique pour les IDE en Algérie

Mustapha Zikara, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Start-up et de l’Économie de la connaissance, a annoncé récemment la création d’un guichet dédié aux grands investissements et aux investissements directs étrangers (IDE). Cette initiative, révélée par la Radio algérienne en juin 2022, vise à simplifier les démarches administratives pour les entrepreneurs et investisseurs, notamment ceux de la diaspora algérienne.

Ce guichet unique regroupera les services de plusieurs institutions, dont l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), la Banque d’Algérie et les douanes. L’objectif est de réduire les délais d’obtention des autorisations et de centraliser les demandes, un enjeu crucial pour attirer des capitaux étrangers. Selon Zikara, ce dispositif s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’environnement des affaires, en réponse aux critiques récurrentes sur la complexité des procédures en Algérie.

Pour les investisseurs étrangers, cette mesure pourrait représenter un tournant. Actuellement, les IDE en Algérie restent modestes comparés à d’autres pays de la région. En 2021, ils représentaient seulement 0,5 % du PIB, contre 2,3 % en Tunisie et 3,1 % au Maroc, selon la CNUCED. Les secteurs prioritaires ciblés par ce guichet incluent les énergies renouvelables, les technologies de l’information et la logistique, des domaines où la demande locale est forte mais où les infrastructures et les compétences manquent encore.

La diaspora algérienne, estimée à plus de 6 millions de personnes, est un public clé pour cette réforme. Beaucoup d’entre eux expriment des réticences à investir en Algérie en raison des lenteurs administratives et de l’opacité des règles. Un rapport de la Banque mondiale en 2020 soulignait que l’Algérie figurait parmi les pays où la création d’entreprise était la plus longue en Afrique, avec une moyenne de 20 jours, contre 11 jours en Tunisie et 8 jours au Maroc. Le guichet unique pourrait ramener ce délai à moins d’une semaine pour les projets jugés prioritaires.

Cependant, des défis persistent. Les investisseurs étrangers et les membres de la diaspora pointent souvent le manque de transparence dans l’application des lois et la rigidité du système bancaire. Par exemple, le transfert de fonds depuis l’étranger reste soumis à des restrictions strictes, et les changes sont contrôlés par la Banque d’Algérie. Mustapha Zikara a reconnu ces obstacles lors d’une intervention à Alger, précisant que des discussions étaient en cours avec la Banque centrale pour assouplir certaines règles, notamment pour les start-up et les PME innovantes.

Sur le terrain, les premiers effets de cette réforme se font déjà sentir. Plusieurs entrepreneurs de la diaspora, notamment en France et au Canada, ont exprimé leur intérêt pour ce guichet. Un homme d’affaires algérien basé à Montréal, qui souhaite rester anonyme, a déclaré à Maghreb Émergent : « Si ce guichet réduit vraiment les délais et clarifie les procédures, je suis prêt à investir dans un projet de data center en Algérie. Mais il faut que les promesses soient tenues. » Son projet, évalué à 15 millions de dollars, pourrait créer une centaine d’emplois locaux.

Les secteurs les plus attractifs pour les IDE en Algérie restent l’énergie, l’agroalimentaire et les infrastructures. Le gazoduc Afrique-Atlantique, dont les derniers développements ont été évoqués par Le360 Afrique en mai 2025, pourrait aussi bénéficier de ce guichet. Ce projet, estimé à plusieurs milliards de dollars, implique des partenaires internationaux et nécessite des garanties juridiques et fiscales pour attirer les investisseurs. La mise en place d’un interlocuteur unique pourrait accélérer les négociations et sécuriser les engagements.

Pour les entrepreneurs locaux, cette réforme est aussi une opportunité. Les PME algériennes, souvent en quête de financements et de partenariats, pourraient trouver dans ce guichet un moyen de s’associer à des investisseurs étrangers. Un exemple concret est celui de la start-up algérienne Yassir, spécialisée dans la mobilité, qui a levé 150 millions de dollars en 2023 avec des fonds étrangers. Son fondateur, El Mahdi Yacoubi, a souligné lors d’une conférence à Paris que « l’Algérie a besoin de mécanismes plus simples pour attirer les capitaux, surtout dans les secteurs technologiques. »

Malgré ces avancées, des questions subsistent. Comment ce guichet unique s’articulera-t-il avec les autres réformes en cours, comme la nouvelle loi sur l’investissement adoptée en 2022 ? Cette loi, qui offre des exonérations fiscales pour les projets dans les zones enclavées, pourrait être mieux exploitée grâce à ce guichet. De plus, la formation des agents chargés de traiter les dossiers sera cruciale pour éviter les blocages bureaucratiques.

Enfin, la stabilité macroéconomique reste un enjeu majeur. L’Algérie a connu une forte inflation en 2023, atteignant 9,5 %, selon les données de la Banque d’Algérie. Cette situation pèse sur le pouvoir d’achat et peut décourager les investisseurs. Cependant, le pays dispose d’atouts, comme ses réserves de change, estimées à plus de 70 milliards de dollars en 2024, et une dette extérieure faible, inférieure à 5 % du PIB.

À retenir pour les entrepreneurs
Le guichet unique pour les IDE en Algérie simplifie les démarches pour les investisseurs étrangers et la diaspora. Les secteurs prioritaires sont les énergies renouvelables, les technologies et la logistique. Les délais de création d’entreprise pourraient être réduits à moins d’une semaine pour les projets jugés stratégiques.

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