Washington pousse Alger et Rabat à rouvrir leurs ambassades

Cette semaine, le dossier des relations algéro-marocaines a franchi un cap inédit depuis la rupture diplomatique de 2021. Selon Afrik, les États-Unis jouent un rôle actif pour faciliter la reprise des relations entre Alger et Rabat, avec une implication directe de l’administration Biden. Le média panafricain précise que Washington a proposé un cadre de négociation incluant la réouverture des ambassades, la levée progressive des restrictions sur les visas et la reprise des vols directs entre les deux pays.

L’information a été confirmée par des sources diplomatiques algériennes citées par TSA. Ces mêmes sources indiquent que le président Abdelmadjid Tebboune aurait reçu une lettre du secrétaire d’État américain Antony Blinken en octobre 2025, évoquant « l’urgence de stabiliser les relations maghrébines pour sécuriser les investissements américains dans la région ». Le Maroc, de son côté, n’a pas encore réagi officiellement, mais des médias proches du palais royal, comme Le360, ont évoqué une « ouverture conditionnelle » de Rabat, liée à des garanties sur le dossier du Sahara occidental.

Un contexte économique tendu

Pour les entrepreneurs algériens, cette situation a des conséquences directes. Les exportateurs de produits agricoles, comme les dattes de Biskra ou les agrumes de Blida, ont vu leurs coûts logistiques exploser. « Avant 2021, un camion mettait 24 heures pour livrer des dattes à Casablanca. Aujourd’hui, il faut passer par l’Espagne ou la Tunisie, ce qui double le prix et le délai », explique Mohamed Benali, président de la Fédération nationale des producteurs de dattes. Les PME algériennes du textile, qui dépendaient des sous-traitances marocaines pour les finitions, ont dû relocaliser une partie de leur production en Turquie ou au Bangladesh, avec des surcoûts de 20 à 30 %.

Le Sahara occidental, point de blocage

Le Maroc, qui considère le Sahara comme une « province marocaine », rejette toute solution en dehors de son plan d’autonomie proposé en 2007. Rabat a toutefois assoupli sa position en 2024 en acceptant le retour des observateurs de la MINURSO (Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental), après les avoir expulsés en 2021. Cette concession pourrait faciliter les discussions, mais les analystes estiment qu’un accord sur ce dossier prendra des années.

Opportunités pour les entrepreneurs et la diaspora

La diaspora algérienne, forte de 5 millions de personnes, dont une partie réside au Maroc, serait aussi concernée. Les transferts d’argent entre les deux pays, estimés à 300 millions de dollars par an avant 2021, ont chuté de 60 % en raison des restrictions bancaires. Une reprise des relations faciliterait les virements et les investissements transfrontaliers, notamment dans l’immobilier et les start-up.

Les entrepreneurs algériens installés en Europe pourraient aussi tirer profit d’une détente. Le Maroc est une plateforme logistique pour l’Afrique subsaharienne, et une coopération algéro-marocaine renforcerait les corridors commerciaux vers le Sahel. « Un entrepreneur algérien qui veut exporter vers le Sénégal ou la Côte d’Ivoire aurait tout intérêt à s’appuyer sur les ports de Casablanca ou Tanger, plutôt que de passer par l’Europe », explique Amine Belarbi, consultant en commerce international basé à Paris.

Risques et incertitudes

Par ailleurs, les lobbies économiques des deux pays pourraient freiner une normalisation. En Algérie, certains groupes industriels, comme Sonatrach ou Saidal, craignent une concurrence accrue des entreprises marocaines dans les secteurs des hydrocarbures et de la pharmacie. Au Maroc, les opérateurs touristiques et les exportateurs de phosphates redoutent une perte de parts de marché face aux produits algériens, souvent moins chers grâce aux subventions publiques.

À retenir pour les entrepreneurs
Une reprise des relations algéro-marocaines réduirait les coûts logistiques pour les exportateurs algériens, avec un gain estimé à 15-20 % sur les prix de revient. Les PME des secteurs agroalimentaire et textile pourraient relancer des partenariats gelés depuis 2021. La diaspora algérienne bénéficierait d’un assouplissement des transferts d’argent, avec un impact direct sur les investissements dans l’immobilier et les start-up.

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