Le 10 septembre 2024, Abdelmadjid Tebboune a été proclamé réélu président de l’Algérie, mais les résultats officiels, marqués par une abstention record, ont immédiatement suscité des contestations. Selon plusieurs médias, dont Le Monde et l’Opinion, la participation n’aurait pas dépassé 10 %, un chiffre inédit dans l’histoire électorale du pays. Cette réélection, qualifiée d’ »humiliante » par Radio-Canada, interroge la légitimité du pouvoir en place et la confiance des Algériens dans le processus démocratique.
Une abstention historique
Le Conseil constitutionnel, chargé de valider les résultats, n’a pas encore publié de chiffres définitifs. Cependant, son silence prolongé alimente les spéculations. L’Ambassade d’Algérie en France avait pourtant annoncé les résultats définitifs de la présidentielle de 2019 dans les 48 heures suivant le scrutin, une rapidité qui contraste avec la situation actuelle.
Des résultats contestés dès l’annonce
Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et figure de l’opposition, a déclaré à Libération que « cette élection est un non-événement. Le pouvoir a organisé un simulacre pour donner l’illusion d’une continuité, mais les Algériens ne sont pas dupes ». Les réseaux sociaux ont également été le théâtre de vives critiques, avec des hashtags comme #TebbouneDégage ou #AlgérieBoycott trending pendant plusieurs jours.
Le FLN et la machine électorale en question
La faible participation s’explique en partie par un désenchantement généralisé. Depuis le Hirak, le mouvement de protestation qui a secoué le pays en 2019, une large partie de la population rejette les institutions perçues comme corrompues et inefficaces. Les promesses de réformes, comme la nouvelle Constitution adoptée en 2020, n’ont pas suffi à restaurer la confiance. « Les Algériens ne croient plus aux élections parce qu’ils savent que le résultat est joué d’avance », analyse un politologue algérien cité par VOA Afrique.
L’inclusion des femmes, un leurre ?
Pour cette présidentielle, aucune candidate n’a été en mesure de se présenter, faute de soutien des grands partis. Louisa Hanoune, figure historique de la gauche algérienne, a tenté de se porter candidate, mais son parti, le Parti des Travailleurs (PT), a été marginalisé par les autorités. « L’Algérie se targue d’être un pays progressiste, mais en réalité, les femmes sont exclues des véritables centres de décision », déplore une militante féministe interrogée par VOA Afrique.
Un pouvoir isolé
Sur le plan international, l’Algérie peine à retrouver son influence d’antan. Les relations avec le Maroc restent tendues, et la diplomatie algérienne a du mal à peser dans les crises régionales, comme celle en Libye ou au Sahel. « Tebboune a hérité d’un pays en difficulté, mais son manque de légitimité populaire complique encore la tâche », estime un analyste cité par Radio-Canada.
Que faire après ce scrutin ?
Une chose est sûre : sans une véritable réforme du système politique, l’Algérie risque de s’enfoncer dans une crise de légitimité durable. Les prochaines élections, qu’il s’agisse des législatives ou des locales, pourraient être encore plus boycottées si rien ne change. « Le pouvoir doit comprendre que les Algériens ne veulent plus de simulacres. Ils veulent des élections libres, transparentes et équitables », résume un universitaire algérois sous couvert d’anonymat.
Pour l’instant, Tebboune reste en place, mais son second mandat s’annonce déjà comme l’un des plus difficiles de l’histoire récente de l’Algérie.