L’eau, nouveau levier de développement local en Algérie
La décision du président Abdelmadjid Tebboune de placer l’eau au cœur des priorités nationales marque un tournant stratégique. Trois axes dominent désormais l’agenda gouvernemental : sécuriser l’approvisionnement, optimiser la gestion des ressources hydriques et ancrer cette dynamique dans un développement territorial équilibré. Une approche qui répond à des défis structurels, où pénuries récurrentes et pression démographique accentuent les tensions autour d’un bien vital. Le choix politique est clair : faire de l’eau un pilier économique et social, capable de relancer des régions souvent en retard.
Cette orientation s’inscrit dans un contexte où les solutions techniques deviennent incontournables. Le dessalement, déjà déployé à grande échelle, illustre cette volonté. L’Algérie compte aujourd’hui 11 stations opérationnelles, produisant près de 2,5 millions de mètres cubes par jour. Ces infrastructures, concentrées sur le littoral, alimentent des villes comme Alger, Oran ou Skikda, où des extensions sont en cours de finalisation. Le gouvernement mise sur cette filière pour répondre à la demande croissante des zones côtières, tout en réduisant la dépendance aux nappes phréatiques surexploitées.
Pourtant, le dessalement ne suffit pas. Les fuites dans les réseaux, estimées à des millions de mètres cubes perdus chaque année, restent un fléau. C’est là qu’interviennent les innovations locales, comme la SmartBall, un dispositif développé par SEAAL pour détecter les fuites en temps réel. Une avancée qui pourrait révolutionner la maintenance des réseaux, surtout dans les régions où l’accès à l’eau reste précaire. Ces technologies, couplées à une modernisation des infrastructures, visent à réduire les gaspillages et à garantir un accès équitable.
Tindouf, terrain d’expérimentation pour un modèle reproductible
La wilaya de Tindouf incarne aujourd’hui un laboratoire à ciel ouvert pour les solutions hydriques. Des projets phares y sont déployés, combinant dessalement, récupération des eaux pluviales et réutilisation des eaux usées traitées. Ces initiatives, soutenues par des partenariats technologiques, visent à transformer une zone longtemps marginalisée en un modèle de résilience. L’enjeu ? Prouver que ces méthodes peuvent être adaptées à d’autres régions du pays, voire exportées vers des pays voisins confrontés aux mêmes défis.
Le succès de ces projets dépendra cependant de leur pérennité. Financer et entretenir ces infrastructures exige des moyens humains et financiers colossaux. Les retards accumulés dans la maintenance des 211 stations d’épuration existantes en témoignent. Pourtant, les orientations récentes du président Tebboune, couplées à ces innovations, laissent entrevoir une amélioration progressive. L’Algérie ambitionne même de devenir un modèle en Méditerranée et en Afrique, en partageant son savoir-faire et ses technologies.
Cette stratégie s’appuie aussi sur l’agriculture, secteur clé pour la rationalisation de l’eau. Les recherches menées lors de la Journée nationale de vulgarisation agricole à Tipasa ont mis en lumière des techniques d’irrigation économes, comme le goutte-à-goutte ou les cultures résistantes à la sécheresse. Ces méthodes, déjà testées avec succès, pourraient être généralisées pour réduire la consommation d’eau dans un secteur gourmand en ressources.
Un modèle exportable ? Les défis persistent
L’Algérie ne se contente pas de résoudre ses propres problèmes. Elle mise sur l’exportation de ses solutions hydriques, comme en attestent les projets menés par des entreprises algériennes au Bénin, où des systèmes de traitement des eaux usées et pluviales ont été déployés. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté de positionner le pays comme un acteur clé en matière de gestion de l’eau, notamment en Afrique et en Méditerranée.
Pourtant, les obstacles restent nombreux. Le financement des projets, leur maintenance et leur adaptation aux réalités locales exigent une coordination sans faille entre les acteurs publics et privés. Les partenariats technologiques, bien que prometteurs, nécessitent aussi des investissements constants pour éviter l’obsolescence des équipements. Sans cela, le risque est de voir ces avancées s’essouffler, comme cela a été le cas pour certaines infrastructures vieillissantes.
L’enjeu final reste celui de l’équité. Les projets actuels doivent garantir un accès universel à l’eau, sans laisser les zones rurales ou les populations défavorisées pour compte. Cela passe par une planification rigoureuse, une implication des collectivités locales et une transparence dans la gestion des ressources. Seule une approche intégrée, combinant innovation, gouvernance et participation citoyenne, permettra de concrétiser cette vision.
À retenir pour les entrepreneurs
L’eau devient un secteur porteur en Algérie, offrant des opportunités dans les technologies de dessalement, la maintenance des réseaux ou l’agriculture durable. Les appels d’offres pour les infrastructures hydriques et les partenariats technologiques devraient se multiplier, créant un marché dynamique pour les acteurs locaux et étrangers. Pour réussir, les entrepreneurs devront miser sur l’innovation, la formation des équipes et une approche adaptée aux spécificités régionales.
Sources
- horizons.dz
- lecourrier-dalgerie.com
- El Watan
- Algerie Patriotique
- wsp.com
- Le360