Le président Abdelmadjid Tebboune a signé récemment un décret de grâce en faveur de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, selon une annonce de la présidence relayée par l’Agence Presse Service (APS). Cette décision met fin à une affaire judiciaire qui empoisonnait les relations entre Alger et Paris depuis plusieurs mois. Sansal, condamné en 2024 à trois ans de prison ferme pour « atteinte à l’unité nationale » et « diffamation envers les institutions », avait vu sa peine confirmée en appel en mars 2025, malgré les protestations des organisations de défense des droits humains.
Une condamnation controversée
Les réactions internationales n’avaient pas tardé. Amnesty International avait dénoncé une « instrumentalisation de la justice à des fins politiques », tandis que le Quai d’Orsay avait exprimé sa « préoccupation » lors d’une déclaration officielle. En Algérie, le Collectif pour la défense des libertés (CDL), une organisation indépendante, avait tenté d’organiser des rassemblements de soutien à Sansal, mais ceux-ci avaient été systématiquement interdits par les autorités locales.
La diplomatie française en première ligne
Le président Emmanuel Macron avait également abordé le sujet lors d’un entretien téléphonique avec Tebboune en octobre 2025, évoquant « l’importance des liens humains entre les deux pays ». Une délégation du Sénat français, menée par la sénatrice Nathalie Goulet, s’était rendue à Alger en novembre pour rencontrer des responsables du ministère de la Justice, sans obtenir de garantie formelle. « Nous avons rappelé que la détention de Sansal nuisait à l’image de l’Algérie à l’international », avait déclaré Goulet à son retour.
Un geste calculé
Dans ce cadre, la libération de Sansal pourrait être interprétée comme une tentative d’apaisement avec les partenaires occidentaux. Les États-Unis, qui ont renforcé leur coopération militaire et énergétique avec l’Algérie en 2025, avaient également fait part de leur « inquiétude » concernant l’affaire. « Un geste en direction de la France pourrait faciliter les négociations en cours sur les contrats gaziers », analyse un expert en relations internationales interrogé par TSA.
Réactions en Algérie : entre soulagement et critiques
Du côté des médias proches du pouvoir, la couverture a été mesurée. El Watan a titré « Sansal gracié : un acte de clémence présidentielle », tandis que Echorouk a souligné que « la justice algérienne reste souveraine ». En revanche, des voix plus radicales, comme celle du député du Front de libération nationale (FLN) Mohamed Bouzidi, ont critiqué « une capitulation face aux pressions étrangères ». « L’Algérie ne doit pas céder au chantage des anciennes puissances coloniales », a-t-il déclaré lors d’une intervention à l’Assemblée populaire nationale (APN).
Un précédent pour les détenus politiques ?
Des associations comme Reporters sans frontières (RSF) ont appelé Alger à « poursuivre sur cette voie » et à libérer l’ensemble des détenus politiques. « La grâce de Sansal est un premier pas, mais elle doit s’inscrire dans une dynamique plus large de respect des libertés fondamentales », a déclaré le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, dans un communiqué.
Pour l’heure, ni la présidence ni le ministère de la Justice n’ont indiqué si d’autres mesures de clémence étaient envisagées. Le dossier Sansal, en tout cas, marque un tournant dans la gestion des crises diplomatiques par le gouvernement algérien, qui semble privilégier désormais la désescalade, même au prix de concessions internes.