Le président Abdelmadjid Tebboune a signé récemment un décret de grâce présidentielle en faveur de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré depuis novembre 2024. Cette décision met fin à une crise diplomatique latente entre Alger et Paris, où l’affaire avait suscité des réactions vives parmi les intellectuels et les responsables politiques français.
Sansal, âgé de 75 ans, avait été condamné à deux ans de prison ferme pour « atteinte à l’unité nationale » et « diffamation envers les institutions », après la publication d’un texte critique sur la gestion du pouvoir en Algérie. Son arrestation, intervenue à l’aéroport d’Alger alors qu’il rentrait de France, avait provoqué une vague de protestations dans les milieux littéraires et médiatiques européens. Le Quai d’Orsay avait évoqué « une entrave à la liberté d’expression », tandis que le ministère algérien des Affaires étrangères avait rappelé que « les lois du pays s’appliquent à tous, sans distinction de nationalité ».
Une grâce sous pression diplomatique
À Paris, le ministère des Affaires étrangères a salué « une décision positive », tout en rappelant que « la liberté d’expression reste un pilier des relations franco-algériennes ». Le député français Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, a estimé que cette grâce « ouvre la voie à un dialogue apaisé », mais a souligné que « d’autres cas similaires, comme celui du journaliste Ihsane El Kadi, toujours détenu, doivent être réglés ».
Un écrivain entre deux rives
Son arrestation en 2024 avait relancé le débat sur la liberté de création en Algérie. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) avait classé l’Algérie au 136e rang mondial dans son rapport 2025 sur la liberté de la presse, pointant « une répression accrue contre les voix dissidentes ». Dans une tribune publiée par Le Monde en décembre 2024, une centaine d’écrivains, dont Leïla Slimani et Kamel Daoud, avaient appelé à la libération de Sansal, décrivant son emprisonnement comme « une tache sur l’image de l’Algérie ».
Les enjeux d’une relation complexe
Le président Tebboune, qui a multiplié les gestes d’ouverture vers l’Europe depuis son arrivée au pouvoir en 2019, semble vouloir éviter un nouveau refroidissement. « L’Algérie ne peut pas se permettre de s’aliéner la France, surtout avec la montée en puissance de la Chine et de la Russie sur le continent », analyse un expert en géopolitique au Courrier d’Algérie. En mars 2025, Alger avait déjà assoupli les conditions d’obtention des visas pour les hommes d’affaires français, une mesure saluée par le Medef.
Un cas parmi d’autres
À Alger, certains observateurs estiment que cette grâce pourrait marquer un tournant. « Tebboune envoie un message : l’Algérie est prête à dialoguer, mais sans renoncer à sa souveraineté », écrit El Khabar. Pour autant, les prochains mois seront décisifs. La visite annoncée d’Emmanuel Macron, la première depuis 2022, pourrait sceller un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays – ou, au contraire, révéler les limites d’un rapprochement encore fragile.