Tebboune essuie un revers diplomatique sur le Sahara à Rome

La visite officielle du président Abdelmadjid Tebboune en Italie en juillet 2025 a révélé une fissure dans la position européenne sur le dossier du Sahara occidental. Selon Medias24, Rome s’apprêterait à rejoindre la France, l’Espagne et le Portugal dans leur reconnaissance de la proposition marocaine d’autonomie, une décision qui contredit frontalement la position algérienne en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui.

Cette évolution intervient alors que l’Algérie et l’Italie venaient de célébrer, le même jour, des « liens bilatéraux jamais atteints auparavant », selon les termes rapportés par RFI. Les deux pays avaient signé plusieurs accords économiques, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, pour un montant estimé à plus de 8 milliards d’euros. Parmi les projets annoncés figuraient des partenariats entre Sonatrach et l’italien Eni pour le développement de champs gaziers en Algérie, ainsi qu’un contrat pour la construction d’une usine de dessalement d’eau de mer en collaboration avec le groupe Webuild.

Le contraste entre ces avancées économiques et le revirement diplomatique italien sur le Sahara a pris de court les observateurs. D’après Jeune Afrique, le gouvernement italien aurait justifié sa position par la nécessité de « stabiliser la région » et de « soutenir une solution réaliste », une formulation proche de celle utilisée par l’Espagne en 2022 lors de son alignement sur la position marocaine. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances en Méditerranée, où l’Italie cherche à renforcer ses liens énergétiques avec l’Algérie tout en ménageant ses relations avec le Maroc, premier partenaire commercial africain de Rome.

La réaction algérienne n’a pas tardé. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur d’Italie à Alger pour lui exprimer « la profonde préoccupation » de l’Algérie, selon un communiqué de l’APS. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré que cette décision « remettait en cause les principes de neutralité et de respect du droit international » sur lesquels reposaient les relations entre les deux pays. Lors d’une conférence de presse tenue à Alger, Attaf a rappelé que l’Algérie continuerait de soutenir « le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination », conformément aux résolutions des Nations unies.

Ce revers diplomatique intervient à un moment où l’Algérie tente de consolider son influence régionale. En octobre 2025, Alger a accueilli une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Union africaine pour discuter de la relance du processus de paix au Sahara occidental. Selon El Watan, cette initiative visait à contrer l’isolement diplomatique croissant de la cause sahraouie, notamment après la reconnaissance par plusieurs pays africains de la souveraineté marocaine sur le territoire. L’Algérie mise également sur son rôle de médiateur dans la crise entre le Mali et la junte au pouvoir à Bamako, comme l’a souligné Jeune Afrique, pour renforcer sa crédibilité sur la scène internationale.

Sur le plan économique, les conséquences de ce différend restent limitées pour l’instant. Les projets énergétiques signés avec l’Italie, qui incluent la livraison de 9 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires par an à partir de 2026, ne semblent pas menacés. Cependant, des sources proches du dossier citées par TSA ont indiqué que les négociations sur un accord de libre-échange entre l’Algérie et l’Union européenne, déjà tendues, pourraient être affectées. L’Italie, qui assure la présidence tournante de l’UE en 2025, joue un rôle clé dans ces discussions, notamment sur la question des tarifs douaniers applicables aux produits algériens.

La position italienne reflète une tendance plus large en Europe, où plusieurs pays cherchent à équilibrer leurs intérêts économiques avec l’Algérie et leurs relations stratégiques avec le Maroc. En avril 2025, l’Assemblée nationale française a adopté une résolution appelant à la dénonciation de l’accord d’association entre l’UE et l’Algérie, signé en 2005. Bien que cette résolution n’ait pas de valeur contraignante, elle a été perçue à Alger comme une provocation, d’autant plus qu’elle intervenait quelques semaines après la visite du président du Medef, Patrick Martin, en Algérie, où il avait appelé à « apaiser les relations économiques » entre les deux pays.

Pour l’Algérie, ce revers à Rome souligne la nécessité de diversifier ses partenariats diplomatiques. Ces dernières années, Alger a renforcé ses liens avec la Russie, la Chine et la Turquie, tout en maintenant une position ferme sur le Sahara occidental. Selon un diplomate algérien cité par Liberté, « l’Algérie ne sacrifiera pas ses principes pour des contrats économiques, mais elle saura aussi défendre ses intérêts ». Cette approche pourrait se traduire par un recentrage sur les alliances avec les pays non-alignés, notamment au sein du Mouvement des non-alignés, dont l’Algérie assure la présidence depuis 2024.

Sur le terrain, la situation au Sahara occidental reste tendue. Le Front Polisario a annoncé en septembre 2025 la reprise des hostilités contre les forces marocaines, mettant fin à un cessez-le-feu en vigueur depuis 1991. Cette escalade intervient après l’échec des négociations sous l’égide des Nations unies, qui n’ont pas abouti à l’organisation d’un référendum d’autodétermination. L’Algérie, qui accueille des camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf, a réitéré son soutien au Polisario, tout en appelant à une solution pacifique.

Dans ce contexte, la diplomatie algérienne se trouve face à un double défi : maintenir sa position sur le Sahara tout en préservant ses relations économiques avec l’Europe. Les prochains mois seront cruciaux, notamment avec la tenue prévue d’un sommet Union africaine-Union européenne en décembre 2025, où le dossier sahraoui devrait occuper une place centrale. Pour l’Algérie, l’enjeu sera de convaincre ses partenaires que sa position n’est pas seulement une question de principe, mais aussi un facteur de stabilité pour toute la région.

Laisser un commentaire