L’Algérie a renforcé ses mesures restrictives envers le Maroc en bloquant récemment une série de transactions commerciales et financières, selon des sources proches du ministère du Commerce. Cette décision, confirmée par plusieurs opérateurs économiques algériens, s’inscrit dans la continuité de la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en 2021 et des sanctions économiques successives imposées depuis.
Des échanges en chute libre
Cette baisse s’explique par une série de mesures algériennes, dont l’interdiction des importations de produits marocains en 2021, suivie par la suspension des transactions financières via les banques algériennes pour les entreprises travaillant avec le Maroc. En janvier 2024, Alger a également interdit le transit de marchandises marocaines par son territoire, une décision qui a touché plusieurs exportateurs européens et africains utilisant les ports algériens pour acheminer leurs produits vers le Maroc.
Nouvelles restrictions ciblées
Parallèlement, le ministère du Commerce a annoncé le retrait de licences d’importation pour plusieurs sociétés algériennes soupçonnées de contourner l’embargo en passant par des pays tiers, comme la Tunisie ou l’Espagne. Une entreprise de distribution basée à Oran, spécialisée dans les produits cosmétiques, a vu ses activités suspendues après avoir été accusée d’importer des marchandises en provenance du Maroc via la Tunisie.
Réactions marocaines et conséquences régionales
Sur le plan régional, ces tensions pèsent sur les projets d’intégration maghrébine. La Banque africaine de développement (BAD) a récemment alerté sur le coût économique de la fermeture des frontières entre l’Algérie et le Maroc, estimant que la région perdait environ 2 milliards de dollars par an en échanges commerciaux non réalisés. Le secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), Taïeb Baccouche, a appelé à une « détente urgente », mais sans résultat concret.
L’impact sur les entreprises algériennes
Les transporteurs routiers algériens sont également affectés. Avant la crise, près de 30 % du fret entre l’Afrique et l’Europe passait par les ports algériens et marocains. Aujourd’hui, les camions algériens doivent emprunter des itinéraires plus longs via la Tunisie ou la Libye, ce qui augmente les coûts de 20 à 30 %.
Une stratégie à double tranchant
Le gouvernement algérien justifie ces restrictions par la nécessité de « protéger la souveraineté économique du pays » et de répondre aux « provocations répétées » de Rabat, notamment sur la question du Sahara occidental. En février 2026, le ministère des Affaires étrangères avait rappelé que « l’Algérie ne normalisera pas ses relations avec le Maroc tant que ce dernier ne reconnaîtra pas le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ».
Vers une escalade ou une désescalade ?
Pourtant, certains analystes estiment que les deux pays pourraient être contraints de dialoguer en raison des pressions économiques et géopolitiques. L’Union européenne, qui entretient des relations étroites avec les deux capitales, a récemment appelé à une « désescalade », selon Hespress. Mais pour l’instant, ni Alger ni Rabat ne semblent prêts à faire le premier pas.