SONATRACH face au choc Ormuz : l’Algérie peut-elle doubler ses revenus

Le gaz algérien devient une arme géopolitique

Le détroit d’Ormuz, carrefour stratégique du golfe Persique, est à nouveau sous tension. Cette semaine, les attaques contre des navires et les menaces de blocage des exportations pétrolières ont fait bondir les prix du brut. Pour l’Algérie, ce choc énergétique s’annonce comme une opportunité historique. D’après Afrik, SONATRACH pourrait profiter de cette crise pour relancer ses exportations de gaz vers l’Europe, où les prix ont déjà grimpé de 30 % en trois mois. Le groupe public, qui injecte 70 % de ses revenus dans le budget national, mise sur cette fenêtre pour négocier des contrats plus lucratifs.

Pour les entrepreneurs algériens, cette actualité est cruciale. Le gaz bon marché, longtemps considéré comme un avantage compétitif pour les industries locales, pourrait disparaître d’ici 2030. Selon Connaissance des Énergies, les factures des ménages et des PME pourraient doubler en dix ans si l’État ne réajuste pas sa stratégie. Les secteurs les plus exposés ? L’industrie pharmaceutique, les cimenteries et les serres agricoles, qui dépendent à 80 % du gaz subventionné.

SONATRACH sous pression : entre dépendance européenne et risques géopolitiques

L’Algérie exporte déjà 40 % de sa production de gaz vers l’Europe, via des contrats à long terme avec l’Italie, la France et l’Espagne. Mais ces accords, souvent signés à des prix fixes, ne reflètent plus la réalité du marché. Avec la crise en Ukraine et les sanctions contre la Russie, l’UE cherche désespérément des alternatives. Ormuz pourrait forcer Bruxelles à payer plus cher pour sécuriser ses approvisionnements.

Pour SONATRACH, le défi est double. D’abord, transformer cette crise en levier commercial sans se faire écraser par des géants comme QatarEnergy ou la Russie. Ensuite, éviter de devenir l’otage d’un marché européen de plus en plus volatil. « Nous devons diversifier nos clients avant que l’Europe ne trouve d’autres fournisseurs », a déclaré récemment un cadre du groupe à El Watan. La Chine, l’Inde et la Turquie sont dans le viseur, mais les infrastructures manquent.

Les PME algériennes déjà en première ligne

Pendant que SONATRACH négocie à l’international, les petites et moyennes entreprises (PME) algériennes paient le prix de cette transition. Prenez le cas d’Ahmed, patron d’une usine de plastiques à Constantine. Son coût de production a augmenté de 25 % depuis 2023 à cause de la hausse des prix du gaz. « Avant, je pouvais revendre mes produits à l’export avec une marge raisonnable. Aujourd’hui, je dois soit augmenter mes prix, soit réduire mes effectifs », explique-t-il.

Le secteur agricole n’est pas en reste. Les serres de la wilaya de Béjaïa, qui exportent des tomates et des fraises vers l’Europe, voient leurs factures d’énergie exploser. « Nous dépendons à 90 % du gaz pour le chauffage et l’irrigation. Si les subventions disparaissent, nos prix ne suivront pas ceux du marché européen », alerte un responsable du syndicat des agriculteurs contacté par l’APS.

La diaspora algérienne : entre investissements et opportunités

Pour les entrepreneurs de la diaspora, cette situation crée des opportunités – mais aussi des risques. Beaucoup ont déjà investi dans des projets verts en Algérie, comme des parcs solaires ou des unités de méthanisation. Avec la flambée des prix du gaz, ces secteurs deviennent encore plus attractifs.

Cependant, l’instabilité des prix et les lenteurs administratives freinent les investissements. « Nous voulons nous lancer dans l’énergie renouvelable, mais les démarches pour obtenir des autorisations prennent six mois. Pendant ce temps, nos concurrents marocains ou tunisiens signent des contrats », regrette Karim, un ingénieur franco-algérien basé à Lyon.

Trois scénarios pour l’Algérie d’ici 2027

1. Le scénario optimiste : SONATRACH parvient à négocier des contrats à prix indexés sur le marché spot, tout en développant rapidement les énergies renouvelables. Les PME adaptent leurs coûts et l’État maintient un filet de sécurité pour les ménages vulnérables.

2. Le scénario réaliste : L’Algérie reste dépendante du gaz, avec des hausses de prix progressives pour les entreprises et les particuliers. Les exportations vers l’Europe augmentent, mais la diversification des clients tarde.

3. Le scénario catastrophe : La crise s’étend, les prix du gaz s’envolent, et les industries locales ne résistent pas. L’Algérie perd des parts de marché au profit du Qatar ou de l’Azerbaïdjan, tandis que les investissements étrangers se raréfient.

À retenir pour les entrepreneurs

Les coûts énergétiques vont continuer à grimper pour les entreprises algériennes, qu’elles soient locales ou issues de la diaspora. Les secteurs dépendants du gaz (industrie, agriculture, logistique) doivent anticiper cette hausse en diversifiant leurs sources d’énergie ou en optimisant leur consommation. Pour les investisseurs, les projets liés aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique offrent les meilleures perspectives à court terme.

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