L'Afrique ICT Expo 2025 confirme Alger comme hub technologique régional
Cette semaine, Alger a accueilli l’Afrique ICT Expo 2025, le Salon international des technologies de l’information et de la communication le plus important du continent. Organisé sous le haut patronage du ministère de la Poste, des Télécommunications, des Technologies de l’information et de la Communication (MPTIC), l’événement a réuni plus de 500 exposants, dont 60 % d’entreprises étrangères venues de 20 pays différents. Le salon, qui s’est tenu du 10 au 12 mars 2025 au Palais des Expositions d’Alger (Pins Maritimes), a mis en lumière l’émergence de l’Algérie comme plateforme incontournable pour les investissements technologiques en Afrique.
Selon les chiffres communiqués par l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement (ANVREDET), le secteur des TIC en Algérie a enregistré une croissance de 12 % en 2024, avec un chiffre d’affaires dépassant les 400 milliards de dinars. Cette performance place le pays devant le Maroc et juste derrière l’Afrique du Sud en termes de volume d’affaires dans le numérique en Afrique du Nord.
Une plateforme pour les startups locales et internationales
L’un des moments forts de l’événement a été le lancement officiel de l’incubateur Start-Up Algeria, une initiative publique-privée visant à soutenir 200 jeunes pousses algériennes d’ici 2026. L’incubateur, porté par l’Agence algérienne de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII) en partenariat avec des fonds d’investissement privés comme Djazaïr Capital et Innov’Invest, offre un accompagnement sur trois ans incluant un financement initial pouvant aller jusqu’à 10 millions de dinars (environ 70 000 euros) par projet.
Parmi les startups primées lors du salon, Algotech Solutions, une jeune entreprise algéroise spécialisée dans l’intelligence artificielle pour la gestion des ressources humaines, a remporté le prix du meilleur projet innovant. Son fondateur, Mehdi Taleb, a déclaré à El Watan : « Notre solution permet aux PME algériennes de réduire de 30 % leurs coûts de recrutement. Le salon nous a permis de signer des partenariats avec trois entreprises publiques, dont Sonatrach et Algérie Télécom. »
L’Algérie mise sur la souveraineté numérique
Le ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies de l’information et de la Communication, Karim Bibi Triki, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à renforcer la souveraineté numérique du pays. Lors de son discours d’ouverture, il a annoncé le déploiement d’un plan national de cybersécurité évalué à 20 milliards de dinars, ainsi que la création d’un fonds dédié aux infrastructures cloud national pour réduire la dépendance aux solutions étrangères.
Ces annonces s’inscrivent dans la stratégie Algeria Digital 2030, qui vise à porter la contribution des TIC au PIB à 8 % d’ici 2030, contre 4,5 % actuellement. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur une série de mesures incitatives : exonération fiscale pendant cinq ans pour les entreprises créant des emplois dans le numérique, simplification des procédures administratives pour les startups, et développement d’un écosystème de formation avec 50 000 places supplémentaires dans les filières informatiques d’ici 2027.
Le retour des investisseurs de la diaspora
Un autre aspect notable de l’Afrique ICT Expo 2025 a été la forte présence de la diaspora algérienne. Plus de 150 entrepreneurs installés à l’étranger, principalement en France, au Canada et en Allemagne, ont fait le déplacement pour explorer les opportunités locales. Parmi eux, Yacine Bouzidi, fondateur d’une entreprise de développement logiciel basée à Montréal, a annoncé lors du salon le lancement d’une filiale à Alger d’ici fin 2025.
« Nous avons été convaincus par les réformes récentes, notamment la loi sur les investissements étrangers adoptée en 2024, qui garantit le rapatriement des bénéfices et une protection juridique renforcée », explique Bouzidi. Son entreprise, NorthTech Solutions, emploie déjà une vingtaine de développeurs en Algérie et prévoit d’embaucher 50 personnes supplémentaires dans les deux prochaines années.
Une vitrine pour les géants africains et mondiaux
Le salon a également servi de tremplin pour les grandes entreprises africaines et internationales. Sopra Steria, géant français des services numériques, a signé un partenariat avec l’APS pour moderniser les systèmes d’information de l’agence de presse. De son côté, MTN Group, présent dans 20 pays africains, a annoncé un investissement de 50 millions de dollars pour renforcer son infrastructure cloud en Algérie.
Côté panafricain, des entreprises comme Andela (Nigeria) et iHub (Kenya) ont présenté leurs plateformes de formation aux compétences digitales, avec l’ambition de former 10 000 jeunes Algériens d’ici 2026. Ces initiatives s’appuient sur des accords signés avec l’Agence nationale de la formation professionnelle (ANSEJ) pour faciliter l’insertion des talents locaux dans le marché du travail.
Les défis persistants
Malgré l’enthousiasme généré par l’événement, plusieurs acteurs du secteur soulignent encore des freins structurels. Le manque de financement accessible pour les startups en phase de scaling-up reste un problème récurrent. « Les banques algériennes sont encore réticentes à financer les projets technologiques, malgré les garanties offertes par l’État », confie Amina Saïdi, cofondatrice de CodeDZ Academy, une plateforme de formation en programmation.
Autre point de vigilance : la concurrence des écosystèmes voisins. « Le Maroc et la Tunisie attirent davantage d’investisseurs grâce à des régimes fiscaux plus avantageux et une main-d’œuvre souvent moins chère », précise un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) publié en 2024. L’Algérie devra donc accélérer la mise en œuvre des réformes pour rester compétitive.
À retenir pour les entrepreneurs
L’Afrique ICT Expo 2025 confirme l’Algérie comme un acteur clé des TIC en Afrique, avec une croissance annuelle de 12 % dans le secteur. Les startups locales peuvent bénéficier de financements publics (jusqu’à 10 millions de dinars) via Start-Up Algeria. La diaspora algérienne représente un vivier d’investissements, avec des facilités de rapatriement des bénéfices depuis 2024.
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