Saidal et Sanofi lancent la production locale de vaccins

L’Algérie franchit une étape décisive dans son autonomie pharmaceutique. Le groupe public Saidal et le géant français Sanofi ont signé récemment un partenariat pour produire des vaccins sur le sol algérien. Selon La Patrie News, cette collaboration vise à renforcer les capacités locales de fabrication et à sécuriser l’approvisionnement en vaccins essentiels.

Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large du ministère de l’Industrie pharmaceutique, dirigé par Lotfi Benbahmed, pour réduire la dépendance aux importations. Saidal, déjà acteur clé dans la production de médicaments génériques, étend ainsi son champ d’action vers les vaccins, un secteur jusqu’ici dominé par les laboratoires étrangers. Le site de production de Constantine, modernisé ces dernières années, devrait accueillir cette nouvelle unité.

Sanofi, présent en Algérie depuis des décennies, apporte son expertise technique et ses technologies de pointe. Le groupe français a déjà accompagné plusieurs pays africains dans la mise en place de chaînes de production locales, comme au Maroc et en Afrique du Sud. Pour l’Algérie, ce partenariat représente une opportunité de maîtriser des procédés complexes, tout en créant des emplois qualifiés dans le secteur biotechnologique.

Des retombées attendues pour la santé publique

Le partenariat Saidal-Sanofi cible d’abord des vaccins prioritaires, comme ceux contre la grippe, la rage ou les infections pneumococciques. À terme, l’objectif est d’élargir la gamme aux vaccins pédiatriques et aux traitements contre les maladies chroniques. Le directeur général de Saidal, Mohamed Hammoudi, a souligné lors d’une conférence de presse que ce projet s’inscrivait dans la feuille de route du président Abdelmadjid Tebboune pour une souveraineté sanitaire.

Un modèle économique à consolider

Autre enjeu : la compétitivité. Les vaccins produits localement devront être commercialisés à des prix abordables pour être accessibles à la population. Le ministère de la Santé travaille sur un mécanisme de subvention pour éviter que les coûts ne pèsent sur les patients. Par ailleurs, Saidal devra obtenir les certifications internationales, comme celles de l’OMS, pour exporter ses produits vers d’autres marchés africains.

L’Algérie dans la course aux biotechnologies

Pour les experts, ces avancées reflètent une volonté de diversifier l’économie au-delà des hydrocarbures. Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a récemment déclaré que le secteur pharmaceutique pourrait représenter 5 % du PIB d’ici 2030, contre 1,5 % actuellement. La production locale de vaccins en est un levier clé, avec des retombées potentielles en termes d’emplois et de balance commerciale.

Des questions sur la pérennité

Pour éviter un scénario similaire, le gouvernement a créé une task force interministérielle, associant les ministères de la Santé, de l’Industrie et des Finances. Son rôle est de superviser les négociations et de garantir que les intérêts nationaux priment. Le président Tebboune a insisté sur la nécessité de « conclure des partenariats gagnant-gagnant, sans renoncer à notre souveraineté industrielle ».

Un signal pour les investisseurs étrangers

Pour attirer ces investissements, l’Algérie mise sur des incitations fiscales et des facilités douanières. La loi de finances 2025 a introduit des exonérations d’impôts pour les entreprises qui s’installent dans les zones économiques spéciales, comme celle de Bellara, près de Jijel. Ces mesures visent à faire du pays un pôle de production et d’exportation vers l’Afrique subsaharienne.

Vers une souveraineté sanitaire ?

Cependant, la réussite du projet dépendra de la capacité à concilier rentabilité et accessibilité. Sanofi a déjà indiqué que les premiers lots de vaccins produits en Algérie ne seront pas disponibles avant 2027. D’ici là, les autorités devront travailler sur la logistique, la distribution et la sensibilisation des professionnels de santé.

Ce partenariat illustre une tendance plus large : l’Algérie cherche à transformer ses défis en opportunités, en misant sur l’innovation et les partenariats stratégiques. Si les résultats sont au rendez-vous, le pays pourrait devenir un modèle pour d’autres nations africaines en quête d’autonomie sanitaire.

Laisser un commentaire