Revue de presse : Transport Algérie, Pharmacie Algérie, Archéologie Algérie…

**L’Algérie face à son miroir : un pays en tension entre héritage et devenir**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence de l’État comme acteur central, qu’il s’agisse de construire des gares ferroviaires, de réguler le marché du logement, ou de surveiller les pipelines de Sonatrach. Pourtant, cette centralité étatique coexiste avec des forces centrifuges : une diaspora qui s’affirme, des entrepreneurs numériques qui bousculent les codes, des archéologues qui réécrivent l’histoire nationale. L’Algérie est-elle en train de négocier un nouveau contrat social, ou simplement de gérer les soubresauts d’un système qui résiste au changement ?

**La rente, colonne vertébrale d’un modèle en sursis**

La question du logement est symptomatique de cette ambiguïté. Le gouvernement autorise désormais la vente libre des logements LPP (Logement Public Participatif) et révise les conditions d’accès au logement public locatif, comme pour répondre à une demande sociale pressante. Mais ces mesures, présentées comme des avancées, ne font que masquer l’incapacité structurelle à résoudre la crise du logement, héritée d’un urbanisme chaotique et d’une spéculation foncière endémique. La « cession des logements sociaux » et les « journées portes ouvertes » pour le recouvrement des loyers ressemblent à des rustines sur une machine grippée : l’État-providence algérien, financé par la rente, est à la fois un filet de sécurité et un frein à l’innovation.

Cette logique rentière se retrouve même dans les infrastructures de transport. La ligne ferroviaire minière de l’Ouest, avec ses gares au design « innovant », ou le chemin de fer du Sahara construit par la Chine, sont des projets pharaoniques qui servent avant tout à exporter les ressources naturelles – minerais, pétrole – vers les ports, et donc vers les marchés internationaux. Le train, symbole de modernité, reste ici un outil au service d’un modèle extractiviste. La nouvelle gare de Hay Riad, attribuée à la SGTM, est-elle un signe de développement urbain, ou simplement la vitrine d’un État qui cherche à légitimer son rôle de bâtisseur ?

**Santé et numérique : les laboratoires d’une Algérie post-rentière ?**

Le numérique, lui, incarne une rupture plus radicale. Le colloque de Béjaïa sur l’écosystème entrepreneurial et les start-up montre que l’Algérie compte bien jouer un rôle dans l’économie de la connaissance. Pourtant, le contraste est saisissant avec la Guinée, qui dresse un « bilan 2025 » pour son secteur numérique, alors que l’Algérie en est encore à organiser des colloques. Le pays a-t-il les moyens de ses ambitions ? Les freins sont nombreux : bureaucratie, manque d’investissements privés, et surtout, une culture entrepreneuriale encore balbutiante. Le « bilan positif » du secteur touristique en 2024, souvent cité comme un succès, masque mal les retards accumulés dans la digitalisation des services.

Ces deux secteurs, pharmacie et numérique, pourraient pourtant être les leviers d’une Algérie post-rentière. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique de rompre avec le court-termisme, et une société civile prête à prendre le relais de l’État. Or, les traditions algériennes, souvent présentées comme un rempart contre la mondialisation, pourraient aussi être un frein à cette modernisation.

**Patrimoine et mémoire : l’Algérie face à ses fantômes**

Pourtant, cette réappropriation mémorielle se heurte à des défis concrets. Le changement climatique menace les sites archéologiques sous-marins, tandis que l’évolution de l’habitat oasien au M’Zab pose la question de la préservation des traditions face à la modernisation. Fernand Pouillon, architecte français controversé, est-il un « digne héritier » de la tradition ksourienne, ou un symbole de l’ingérence étrangère dans l’urbanisme algérien ? La réponse est sans doute entre les deux : l’Algérie, comme la Tunisie voisine, doit composer avec un « patrimoine récent » qui mêle héritage colonial et identité nationale.

Cette tension entre mémoire et modernité se retrouve dans les relations avec la France. Les sujets qui dominent l’actualité – le gaz naturel, les classements militaires, la dette africaine – sont avant tout des enjeux de puissance. Mais derrière ces questions géopolitiques se cache une réalité plus profonde : l’Algérie et la France sont liées par une histoire commune, faite de conflits, de collaborations, et d’une diaspora qui incarne cette ambiguïté. Le match Belgique-Algérie lors de la Coupe du Monde 2014, souvent cité comme un moment de fierté nationale, rappelle que la diaspora est à la fois un pont et un miroir : elle exporte l’image d’une Algérie dynamique, mais elle est aussi le reflet des frustrations d’une jeunesse en quête d’opportunités.

**L’Afrique comme horizon : l’Algérie entre leadership et isolement**

L’Algérie est-elle vraiment un leader africain ? Sonatrach étend son empreinte en Afrique, mais cette expansion est avant tout motivée par des intérêts économiques, pas par une vision panafricaine. Les relations avec la Tunisie, souvent présentées comme fraternelles, sont en réalité marquées par une rivalité discrète, notamment dans les domaines énergétique et sécuritaire. Le cinéma nord-africain, mis à l’honneur au Red Sea International Film Festival, est-il un vecteur d’unité, ou simplement une vitrine pour des industries nationales en compétition ?

L’Algérie semble hésiter entre deux postures : celle d’un pays qui se tourne vers l’Afrique pour diversifier ses partenariats (loin de la dépendance à l’Europe), et celle d’un État qui reste ancré dans une logique de souveraineté nationale, parfois au détriment de l’intégration régionale. Cette ambiguïté est d’autant plus frappante que le pays dispose d’atouts majeurs : une position géostratégique, des ressources naturelles, une diaspora influente, et une jeunesse de plus en plus connectée.

**Synthèse prospective : vers une Algérie post-rentière, ou le statu quo ?**

Trois scénarios se dégagent pour l’avenir du pays :

1. Le scénario de la continuité : L’Algérie maintient son modèle rentier, en gérant les crises au coup par coup (logement, santé, emploi). Les infrastructures se modernisent, mais le pays reste dépendant des fluctuations des prix du pétrole. La jeunesse, frustrée, continue d’émigrer ou de se tourner vers l’informel. La diaspora reste un exutoire, mais pas un levier de transformation.

2. Le scénario de la rupture : Une crise majeure (effondrement des prix du pétrole, tensions sociales) force l’Algérie à engager des réformes structurelles. Le numérique et la pharmacie deviennent des secteurs clés, tandis que l’État se désengage progressivement de l’économie. Ce scénario suppose une volonté politique forte et une société civile mobilisée – deux conditions qui manquent encore aujourd’hui.

3. Le scénario hybride : L’Algérie négocie une transition progressive, en s’appuyant sur ses atouts (ressources naturelles, position géostratégique, diaspora) pour financer sa diversification. Le pays devient un hub régional pour l’énergie, le numérique, et la culture, tout en maintenant un filet social pour les plus vulnérables. Ce scénario, le plus probable, est aussi le plus fragile : il repose sur un équilibre précaire entre stabilité et changement.

Quel que soit le scénario, une chose est certaine : l’Algérie ne peut plus se contenter de gérer son

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