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**L’Algérie face à son miroir : souveraineté ou schizophrénie développementale ?**
L’Algérie d’aujourd’hui est un pays en tension permanente entre deux récits. D’un côté, une volonté affichée de souveraineté – énergétique, industrielle, monétaire – qui s’incarne dans des projets ambitieux, des restrictions protectionnistes et une rhétorique de rupture avec les dépendances extérieures. De l’autre, une réalité économique et sociale marquée par des contradictions structurelles : dépendance aux hydrocarbures malgré les discours sur la transition verte, méfiance envers l’étranger couplée à une quête désespérée d’investissements, et un État omniprésent qui étouffe autant qu’il protège.
Ces dix actualités, apparemment disparates, dessinent en réalité les contours d’un pays en pleine mue, où chaque avancée révèle une fragilité, où chaque réforme bute sur des inerties séculaires. L’Algérie n’est ni en crise ni en révolution, mais dans un état de latence stratégique : elle hésite entre le modèle rentier qu’elle connaît par cœur et les mutations radicales qu’imposent la géopolitique et les attentes de sa jeunesse. Pour comprendre cette équation complexe, il faut accepter de lire ces actualités comme les symptômes d’un même corps politique – un corps malade de ses certitudes, mais dont les anticorps commencent à s’activer.
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**Énergie : la transition comme alibi ou comme révolution ?**
La transition énergétique algérienne est un cas d’école de la dissonance cognitive d’un État pétrolier. D’un côté, le pays multiplie les annonces vertueuses : participation au projet européen Medlink pour exporter de l’électricité verte, développement du biogaz (acheté à 0,307 DT le kWh, soit un tarif subventionné qui trahit une économie de rente), et même des avancées sur l’hydrogène vert, présenté par Miloud Medjelled comme une « concrétisation ». De l’autre, l’Algérie reste le premier exportateur africain de gaz, et son modèle économique repose toujours sur les hydrocarbures – une dépendance que le ministre de l’Énergie a lui-même qualifiée de « piège » en 2022, avant de se rétracter.
Le fil rouge ? Une transition énergétique conçue comme un outil de négociation géopolitique, pas comme une rupture écologique. L’Algérie ne veut pas abandonner le gaz, mais en faire un levier pour financer les énergies renouvelables – une stratégie qui rappelle celle de la Norvège, invitée d’honneur au SIREXE 2024. Problème : la Norvège a bâti sa transition sur une fiscalité transparente et une épargne souveraine (le fonds pétrolier), deux éléments absents du modèle algérien, où les revenus des hydrocarbures disparaissent dans les méandres d’une économie informelle et d’une administration pléthorique.
Contradiction majeure** : comment prétendre à une "transition juste" (selon la formule africaine) tout en maintenant un système où l’énergie est subventionnée à outrance, décourageant l’efficacité et l’innovation ? La réponse algérienne est typique des économies rentières : **la transition sera verte… mais seulement quand le pétrole ne rapportera plus assez.
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**Santé et souveraineté : le corps algérien comme champ de bataille**
La recherche médicale algérienne offre un miroir cruel des priorités du pays. D’un côté, des études alarmantes sur la mortalité néonatale et la vulnérabilité aux maladies infectieuses – des indicateurs qui placent l’Algérie derrière des pays comme la Tunisie ou le Maroc en termes de santé périnatale. De l’autre, un Conseil de la concurrence qui s’oppose à un décret favorisant les laboratoires étrangers, au nom de la protection de l’industrie pharmaceutique locale.
Ici, la souveraineté se paie en vies humaines. L’Algérie produit 60 % de ses médicaments, mais cette autonomie a un coût : pénuries chroniques, médicaments de mauvaise qualité, et une dépendance aux principes actifs importés (souvent de Chine ou d’Inde). Le paradoxe est saisissant : le pays dépense des milliards en importations de produits finis (voitures, électronique, médicaments) tout en érigeant des barrières douanières pour « protéger » ses industries… qui restent incapables de répondre à la demande.
Dynamique profonde : la santé est le parent pauvre d’un État qui préfère investir dans les grands projets (autoroutes, métros, barrages) plutôt que dans les hôpitaux ou la recherche. Résultat, les Algériens meurent de maladies évitables – diabète, maladies cardiovasculaires – tandis que le pays exporte des ingénieurs et importe des médecins (notamment de Tunisie et d’Égypte).
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**Diplomatie des diplômes et guerre des normes : l’Algérie dans le piège tunisien**
Les relations Algérie-Tunisie sont un laboratoire des tensions régionales. La Tunisie, sous Kaïs Saïed, a adopté un système de vérification des diplômes par blockchain – une mesure présentée comme une lutte contre la fraude, mais qui vise surtout à contrôler les flux de main-d’œuvre qualifiée. Or, l’Algérie est l’un des principaux pays d’origine des médecins, ingénieurs et enseignants tunisiens… et des faux diplômés.
Ce qui se joue ici, c’est une bataille pour la *norme* – qui décide de ce qui est valable ou non ?** La Tunisie, en durcissant ses critères, envoie un message clair : elle ne veut plus être le débouché des diplômés algériens sous-payés ou des fraudeurs. Mais ce faisant, elle menace un équilibre fragile : l’Algérie, qui forme des milliers d’étudiants chaque année, a besoin de les exporter pour réduire le chômage des jeunes. **La reconnaissance des diplômes devient ainsi un enjeu de pouvoir : qui a le droit de certifier, et donc de contrôler, les compétences ?
Contradiction algérienne : le pays se plaint de la fuite des cerveaux, mais son système éducatif produit des diplômés inadaptés au marché du travail. La solution ? Exporter le problème – vers la Tunisie, la France, ou le Golfe. La blockchain tunisienne est une réponse technocratique à une question politique : comment gérer une jeunesse surdiplômée et sous-employée ?
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**Droits humains : l’Algérie et le syndrome de l’assiégé**
L’Algérie est un pays où l’on peut être emprisonné pour un post Facebook, mais où l’on débat publiquement de la peine de mort. Les restrictions contre les LGBTQIA+ – qualifiées d’ »alarmante augmentation » par les ONG – côtoient le procès en appel de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien accusé d’ »atteinte à l’unité nationale ». Ce mélange de répression ciblée et de tolérance sélective révèle une stratégie de contrôle social bien rodée : l’État algérien ne veut pas éradiquer toute dissidence, mais la cantonner à des espaces marginaux.
Trois dynamiques se superposent :
1. La criminalisation de l’homosexualité (loi de 2021) sert à mobiliser une base conservatrice, dans un pays où 70 % de la population a moins de 30 ans et où les valeurs traditionnelles sont un rempart contre le « désordre » occidental.
2. La répression des médias (fermeture de chaînes, arrestations de journalistes) vise à empêcher toute critique du pouvoir, mais sans tomber dans l’autoritarisme pur (contrairement à l’Égypte ou à la Syrie).
3. La tolérance relative envers les intellectuels (comme Sansal) permet de maintenir une façade de pluralisme, tout en rappelant que la ligne rouge – la remise en cause du système – reste infranchissable.
Fil rouge avec les autres domaines : cette stratégie de contrôle social est le pendant politique des choix économiques. L’Algérie veut attirer des investissements étrangers (26 120 milliards de dinars en trois ans, selon YOP L) sans ouvrir son espace politique. Problème : les investisseurs, même chinois ou turcs, finissent par exiger des garanties juridiques – d’où les tensions récurrentes sur l’État de droit.
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**Finance islamique : l’islam comme produit d’exportation**
La Banque Nationale d’Algérie (BNA) lance une offre de finance islamique pour les Algériens de l’étranger, tandis que le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) propose des prêts halal pour l’immobilier. Derrière ces annonces, se cache une réalité cynique : l’Algérie utilise l’islam comme un outil de captation de devises, pas comme un modèle économique alternatif.
Pourquoi maintenant ?
1. Les transferts des émigrés (estimés à 2 milliards de dollars par an) sont une manne vitale pour un pays en crise de liquidités.
2. La finance islamique est un marché en croissance (3 000 milliards de dollars d’actifs dans le monde), et l’Algérie veut sa part du gâteau.
3. C’est une réponse à la concurrence des banques turques et émiraties, qui attirent les épargnants maghrébins avec des produits conformes à la charia.
Contradiction majeure** : **l’Algérie prône la finance islamique… mais son système bancaire reste dominé par des banques publiques inefficaces et des taux d’intérêt conventionnels.** La BNA et le CPA proposent des produits halal, mais le cœur du système (la Banque d’Algérie) fonctionne selon les règles du capitalisme occidental. **L’islam devient un argument marketing, pas une révolution économique.
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**Transport et travaux publics : l’infrastructure comme religion d’État**
L’Algérie est un pays obsédé par le béton. La ligne ferroviaire Laghouat-Ghardaïa-El Meniaâ, prolongée vers Hassi Messaoud, est présentée comme un « doper des exportations ». Le e-paiement, lui, « poursuit son envol » grâce aux services publics. Ces projets s’inscrivent dans une tradition algérienne : l’État construit des infrastructures pour compenser l’absence de réformes structurelles.
Trois exemples révélateurs :
1. Le chemin de fer vers Hassi Messaoud : une ligne qui servira surtout à transporter du pétrole et du gaz, pas des passagers. L’Algérie investit dans les infrastructures… pour mieux exporter ses matières premières.
2. Le e-paiement : une avancée technologique, mais qui reste cantonnée aux services publics. Le secteur privé, lui, fonctionne encore largement en cash – un signe de la défiance envers les banques.
3. Les contrats attribués à des groupes turcs : l’Algérie externalise ses grands travaux, faute d’avoir une industrie locale compétitive. Le pays construit des autoroutes, mais importe les machines pour les construire.
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