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L’Algérie contemporaine se débat dans une tension fondatrice : celle d’un pays dont le destin économique reste ancré dans les hydrocarbures, mais dont les élites politiques et entrepreneuriales tentent, avec une urgence croissante, de diversifier les sources de richesse. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte stratégique où se croisent transition énergétique, souveraineté alimentaire, guerre des mémoires et financiarisation islamique. Derrière les annonces officielles et les levées de fonds spectaculaires, se profile une Algérie en quête d’un nouveau récit national – moins dépendant du pétrole, mais toujours hantée par les fantômes du colonialisme et les contraintes d’un État rentier.
Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire thématique. Elle cherche à révéler les fils rouges qui relient ces domaines en apparence disjoints : la dialectique entre dépendance et autonomie, la bataille pour le contrôle des ressources, et l’émergence d’une classe entrepreneuriale qui, pour la première fois depuis l’indépendance, semble capable de défier l’hégémonie de l’État. Mais cette dynamique porte en elle ses propres contradictions : comment concilier décarbonation et exploitation des hydrocarbures ? Comment financer la souveraineté alimentaire quand les réserves de change s’érodent ? Et surtout, comment construire un avenir post-rentier sans rompre avec les équilibres sociaux qui ont maintenu la stabilité du pays depuis 1962 ?
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**LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : ENTRE RÉALISME ET DOUBLE JEU**
L’Algérie est prise dans un étau. D’un côté, l’Union européenne, via le projet Medlink, la pousse à accélérer sa transition vers les énergies renouvelables, promettant des investissements massifs en échange d’une décarbonation accélérée. De l’autre, le pays, qui tire encore 95 % de ses recettes d’exportation des hydrocarbures, refuse de sacrifier sa rente sur l’autel de la transition « juste » – un concept qui, dans le discours algérien, devient une arme rhétorique pour légitimer la poursuite de l’exploitation gazière et pétrolière.
La position algérienne est symptomatique d’une Afrique qui refuse d’être le champ de bataille des luttes climatiques occidentales. « Une transition énergétique juste doit intégrer les hydrocarbures sans stigmatisation », clament les officiels. Traduction : l’Algérie ne renoncera pas à son gaz, même si elle développe des projets solaires. Cette posture n’est pas seulement économique ; elle est géopolitique. En maintenant sa production d’hydrocarbures, l’Algérie conserve un levier d’influence face à une Europe dépendante, tout en se positionnant comme un acteur clé de la transition en Afrique.
Mais cette stratégie a un coût. Les réserves de change, déjà en baisse, pourraient fondre davantage si les prix du pétrole chutent. Or, l’Algérie a besoin de devises pour financer ses grands projets – y compris les silos à céréales, les startups et les infrastructures minières. La transition énergétique algérienne est donc moins une rupture qu’un bricolage stratégique : on parle de décarbonation, mais on mise toujours sur le gaz pour payer la facture.
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**L’ENTREPRENEURIAT COMME NOUVELLE FRONTIÈRE (ET SES LIMITES)**
Yassir, la licorne algérienne, vient de lever 150 millions d’euros. Une première pour une startup maghrébine, et un symbole : l’Algérie produit enfin des champions technologiques capables de rivaliser avec les géants africains. Pourtant, cette success story cache une réalité plus contrastée.
D’abord, la levée de fonds de Yassir intervient dans un contexte de déséquilibres macroéconomiques. Les réserves de change, estimées à 15 mois d’importations fin 2024, pourraient chuter en 2025. Or, ces réserves sont cruciales pour importer des biens intermédiaires – y compris ceux dont dépendent les startups. L’Algérie reste prisonnière d’un modèle où l’innovation technologique se heurte aux rigidités d’une économie encore largement administrée.
Ensuite, l’arrivée de Sidali Zerrouki au ministère des Télécoms pose question. Ancien cadre de Mobilis, l’opérateur public, il incarne cette technocratie d’État qui oscille entre modernisation et contrôle. Les startups algériennes, pour prospérer, ont besoin d’un écosystème libéralisé – mais l’État, via des figures comme Zerrouki, semble vouloir garder la main sur le secteur numérique. La contradiction est flagrante : comment encourager l’innovation quand les infrastructures et les licences restent sous le joug de l’administration ?
Enfin, Yassir lui-même est un cas d’école. La startup, née en Algérie, a dû s’exiler au Maroc et en Europe pour lever des fonds. Ce nomadisme entrepreneurial révèle une faille structurelle : l’Algérie attire les talents, mais peine à les retenir. Les levées de fonds se font à l’étranger, les sièges sociaux s’installent à Casablanca ou à Paris, et l’argent revient au compte-gouttes. L’entrepreneuriat algérien est en train de devenir un offshore de lui-même.
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**BANQUES ET FINANCE ISLAMIQUE : LA QUÊTE D’UN NOUVEAU SOUFFLE**
La Banque d’Algérie (BDL) accélère sa digitalisation avec Wimpay, un système de paiements électroniques qui pourrait révolutionner les transactions locales. Dans le même temps, la finance islamique, longtemps marginalisée, tente de se repositionner comme une alternative crédible au système bancaire classique.
Ces deux dynamiques sont liées. La digitalisation des paiements répond à une urgence : réduire l’économie informelle, qui représenterait encore 30 à 40 % du PIB. Mais elle se heurte à un obstacle culturel : la méfiance des Algériens envers les banques, perçues comme des institutions lointaines et bureaucratiques. Wimpay pourrait changer la donne – à condition que l’État ne l’utilise pas comme un outil de surveillance économique.
Quant à la finance islamique, elle est présentée comme une solution pour mobiliser l’épargne des ménages, réticents à placer leur argent dans des banques conventionnelles. Pourtant, son développement reste timide. Les banques islamiques algériennes souffrent d’un manque de liquidités et d’une réglementation floue. Pire : elles sont souvent perçues comme des banques pour pauvres, alors que leur modèle pourrait séduire une classe moyenne en quête de placements éthiques.
Le paradoxe est frappant : l’Algérie a les moyens de devenir un hub de la finance islamique en Afrique du Nord, mais elle en sous-exploite le potentiel. La faute à un État qui, tout en promouvant la finance halal, maintient un contrôle strict sur les flux financiers – y compris ceux des banques islamiques. Résultat : ces dernières peinent à se différencier des banques classiques, et leur croissance reste atone.
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**INDUSTRIE MINIÈRE : LA GUERRE DES RESSOURCES**
L’exploitation du zinc d’Amizour, dans le nord-est de l’Algérie, est devenue un symbole des tensions qui traversent le secteur minier. D’un côté, l’État veut relancer l’industrie extractive pour diversifier l’économie. De l’autre, les populations locales et les écologistes s’opposent à des projets jugés prédateurs.
Cette controverse révèle une fracture plus profonde : celle entre souveraineté économique et justice environnementale. L’Algérie a besoin des mines pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, mais elle ne peut ignorer les risques écologiques et sociaux. Le cas d’Amizour est emblématique : le projet, porté par des investisseurs étrangers, promet des milliers d’emplois, mais menace les terres agricoles et les nappes phréatiques.
Parallèlement, l’Algérie tente de se positionner comme un acteur clé de la transition énergétique européenne en développant l’hydrogène vert. Air Liquide vient d’ailleurs de breveter une technologie de craquage d’ammoniac en hydrogène – une avancée qui pourrait faire de l’Algérie un fournisseur majeur d’énergie propre. Mais là encore, la question se pose : à quel prix ? Les projets d’hydrogène vert nécessitent des investissements colossaux, et l’Algérie, malgré ses réserves de change, n’a pas les moyens de les financer seule.
La solution ? Un mélange de partenariats publics-privés et d’endettement. Mais cela revient à troquer une dépendance (le pétrole) contre une autre (les capitaux étrangers). L’industrie minière algérienne est donc condamnée à marcher sur une corde raide : exploiter ses ressources sans aliéner sa souveraineté, et attirer les investisseurs sans sacrifier les populations locales.
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**CÉRÉALES : LE MYTHE DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE**
L’Algérie lance un programme national de construction de silos de stockage, et les premières récoltes de céréales s’annoncent abondantes. Officiellement, c’est une victoire : le pays réduit sa dépendance aux importations de blé, un enjeu stratégique depuis les émeutes de la faim de 1988.
Pourtant, derrière cette success story se cache une réalité plus sombre. L’Algérie reste l’un des plus gros importateurs de blé au monde, et sa production locale, bien qu’en hausse, ne couvre que 30 à 40 % de ses besoins. Les silos sont une avancée, mais ils ne résolvent pas le problème structurel : une agriculture sous-productrice, minée par la bureaucratie et le manque d’investissements.
Pire : la dépendance aux céréales est le miroir de la dépendance aux hydrocarbures. L’Algérie paie ses importations de blé avec ses revenus pétroliers. Si les prix du pétrole chutent, comme en 2014 ou en 2020, le pays se retrouve dans l’incapacité de nourrir sa population. La souveraineté alimentaire algérienne est donc un mirage rentier : elle dépend moins de la productivité agricole que des cours du baril.
Le lancement des silos est aussi un aveu d’échec. Il signifie que l’Algérie n’a pas réussi, en 60 ans d’indépendance, à moderniser son agriculture. Les terres les plus fertiles sont souvent laissées en friche, tandis que les petits paysans peinent à accéder aux crédits. Le programme des silos est une rustine – nécessaire, mais insuffisante.
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**RELATIONS ALGÉRIE-FRANCE : LA GUERRE DES MÉMOIRES COMME ARME ÉCONOMIQUE**
Les relations entre Alger et Paris sont entrées dans une nouvelle phase de tensions, où la mémoire coloniale devient un enjeu de soft power. Une conférence contre le colonialisme, transformée en tribune anti-française, et les accusations portées contre l’écrivain Boualem Sansal –