Revue de presse : Tramway Algérie, Made in Algeria, Logement Algérie…

**L’Algérie en 2025 : un pays en tension entre modernisation et héritages**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unifié. L’Algérie avance par à-coups, comme si chaque secteur évoluait dans une temporalité distincte. La finance islamique célèbre des succès internationaux tandis que le logement social reste un champ de bataille bureaucratique. Le cinéma pleure une icône populaire alors que la Bourse d’Alger s’aligne sur les standards européens. Ces décalages ne sont pas anodins : ils révèlent une société où les élites modernisatrices et les masses populaires ne partagent ni les mêmes urgences ni les mêmes horizons.

**Souveraineté économique : le grand pari (et ses limites)**

Pourtant, cette souveraineté financière a un prix. Les sukuk algériens, bien que présentés comme une alternative vertueuse, restent adossés à des actifs tangibles (infrastructures, ressources naturelles) qui pourraient, à terme, être hypothéqués en cas de crise. Par ailleurs, cette manne ne semble pas irriguer les secteurs les plus urgents : le logement social, par exemple, reste un casse-tête malgré les annonces de « vente libre » des logements LPP (Logement Public Locatif). La contradiction est flagrante : l’Algérie se dote d’outils financiers sophistiqués, mais peine à résoudre des problèmes basiques de logement, où la spéculation et les passe-droits prospèrent.

**Made in Algeria : l’industrie entre relance et dépendance**

La production pharmaceutique, en revanche, montre une autre facette de cette souveraineté en construction. L’Algérie a franchi une étape en produisant localement des médicaments essentiels, réduisant sa dépendance aux importations. Mais là encore, le système est à double vitesse : tandis que Yasmine Belkaid, chercheuse algérienne, reçoit un prix prestigieux aux Émirats pour ses travaux en immunologie, les hôpitaux publics manquent cruellement de moyens. La santé algérienne, comme son économie, est un mélange de réussites individuelles et de défaillances systémiques.

**Mobilité et territoire : des infrastructures sans cohérence sociale**

Pire, les statistiques des accidents de la route – toujours dramatiques – montrent que la modernisation des infrastructures ne s’accompagne pas d’une amélioration de la sécurité. Les nouvelles mesures ciblant les grosses cylindrées et les poids lourds sont un aveu d’échec : malgré les investissements, le réseau routier reste dangereux, et la corruption dans les contrôles routiers est un secret de Polichinelle.

**Logement : la privatisation rampante du droit au toit**

Cette privatisation rampante du logement social s’inscrit dans une logique plus large de libéralisation de l’économie, où l’État réduit ses dépenses tout en maintenant un contrôle politique sur les ressources. Résultat : les prix flambent, la spéculation immobilière explose, et des milliers de familles restent sans toit. Le logement, droit constitutionnel, devient un privilège.

**Culture et soft power : entre rayonnement et censure**

Cette marginalisation culturelle contraste avec les efforts de l’État pour promouvoir l’Algérie comme « terre des opportunités » lors du Forum africain de l’investissement. Le soft power algérien est à géométrie variable : célébré à l’étranger (comme avec Yasmine Belkaid ou les sukuk), mais étouffé à l’intérieur, où la liberté de création reste limitée.

**Le journalisme algérien : entre propagande et résistance**

Cette tension entre propagande et résistance reflète une société en quête de vérité. Le regard des États-Unis sur le Maroc – présenté comme une « puissance régionale montante » – est d’ailleurs un camouflet pour l’Algérie, qui peine à imposer son récit géopolitique malgré ses atouts (gaz, position stratégique, finance islamique).

**Géopolitique : l’Algérie dans le grand jeu maghrébin**

Pourtant, cette indépendance économique est fragile. L’Algérie reste dépendante des hydrocarbures, et sa diversification industrielle patine. Le déficit commercial persistant montre que le pays importe plus qu’il n’exporte, malgré les annonces de « Made in Algeria ». La souveraineté économique reste donc partielle, et la guerre des récits (entre la France déclinante et l’Algérie conquérante) cache mal les faiblesses structurelles.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario de la souveraineté maîtrisée : Si l’Algérie parvient à consolider ses succès (finance islamique, production pharmaceutique, soft power) tout en résolvant ses problèmes sociaux (logement, santé, transports), elle pourrait devenir un modèle pour le Maghreb. Mais cela suppose une refonte profonde de l’État, moins bureaucratique et plus transparent.

2. Le scénario de la fracture : À l’inverse, si les élites continuent à s’enrichir via des mécanismes opaques (spéculation immobilière, contrats publics truqués) tandis que les masses populaires s’appauvrissent, le pays pourrait basculer dans une crise sociale majeure. Les émeutes de 2021 ont montré que la colère peut exploser à tout moment.

3. Le scénario de l’ajustement libéral : Sous la pression du FMI et des partenaires internationaux, l’Algérie pourrait accélérer les privatisations (logement, transports, santé) et réduire les subventions. Ce scénario, déjà en cours, risque d’aggraver les inégalités et de provoquer un rejet populaire.

Le fil rouge de ces scénarios ? La question de la légitimité. L’Algérie a besoin d’un nouveau contrat social, où l’État ne serait plus à la fois le problème et la solution. Les succès récents (Yasmine Belkaid, sukuk, production locale) montrent que le pays a les ressources humaines et financières pour réussir. Mais tant que le système restera verrouillé par une élite prédatrice, ces avancées resteront des îlots de modernité dans un océan de frustrations.

L’Algérie est comme son tramway : elle avance, mais on ne sait pas encore vers quelle destination.

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