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**L’Algérie, ou l’éternel retour du même ?**
Car ces dix fils d’actualité ne sont pas des rubriques étanches : ils s’entrelacent pour former une toile où se jouent, simultanément, la survie du système, la résistance des marges et l’émergence de nouvelles formes de puissance. L’Algérie n’est pas un pays en transition. C’est un pays en superposition : d’époques, de modèles économiques, de récits identitaires. Et c’est cette superposition qui en fait un laboratoire fascinant – et dangereux.
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**1. Le gaz et le sang : la diplomatie des tuyaux**
Mais derrière cette vitrine diplomatique se cache une réalité plus crue : l’Algérie reste prisonnière de son modèle rentier. Les 12es JST de Sonatrach placent la transition énergétique à l’horizon 2050, mais comment croire à cette échéance quand le pays dépend à 95% des hydrocarbures pour ses recettes en devises ? La transition n’est pas une option : c’est un mirage économique, entretenu pour calmer les marchés tout en reportant les réformes structurelles. Pendant ce temps, les banques financent l’agriculture (5 banques mobilisées) et ouvrent des filiales dans le Sud (Bordj Badji-Mokhtar), comme si l’État cherchait à acheter la paix sociale en injectant des liquidités dans les régions oubliées.
Contradiction majeure : L’Algérie parle de diversification économique, mais son budget reste indexé sur le baril. Sonatrach est à la fois le sauveur et le boulet du pays. Et quand le prix du gaz baisse, c’est toute la machine étatique qui tousse.
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**2. La jeunesse, ou l’algérie qui écrit contre l’oubli**
L’actualité en donne deux exemples frappants :
– L’écriture comme exutoire : Que ce soit la Palestinienne de Gaza qui écrit pour ne pas mourir, ou les ateliers d’écriture en France (Châteauroux, Elise Nebout) où des jeunes Algériens apprennent à dompter leurs émotions, on voit émerger une génération qui refuse l’amnésie. L’écriture n’est plus un loisir : c’est une arme de résistance, individuelle et collective.
– L’entrepreneuriat comme échappatoire : Les 7 niches porteuses pour les entrepreneurs algériens (e-commerce, agroalimentaire, énergies renouvelables) montrent que la jeunesse ne compte plus sur l’État pour s’en sortir. Mais attention : ces niches sont souvent informelles ou dépendantes de réseaux clientélistes. Lounis Hamitouche, fondateur de la laiterie Soummam, est mort à 78 ans – symbole d’une Algérie où l’entrepreneuriat reste un parcours du combattant, réservé à ceux qui ont les reins solides.
Fils rouge : La jeunesse algérienne est en train d’inventer une économie de la débrouille, où l’on survit grâce à des micro-projets, des compétences numériques et une résilience qui rappelle celle des hittistes des années 1990. Mais à quel prix ? Celui d’une précarité généralisée, où l’on passe du statut d’étudiant à celui de livreur Deliveroo sans transition.
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**3. Le football, miroir des fractures nationales**
Mais le football algérien est aussi un business :
– Les droits TV, les sponsors, les transferts de joueurs… Tout cela génère des millions de dinars, mais combien reviennent aux clubs locaux ? Combien profitent aux jeunes talents des quartiers populaires ?
– Le football est le dernier opium du peuple en Algérie. Quand l’équipe nationale gagne, les problèmes économiques et sociaux sont oubliés. Quand elle perd, c’est la hogra (le mépris) qui resurgit.
Paradoxe : Le football est à la fois un ciment national et un accélérateur des inégalités. Il montre que l’Algérie sait produire des talents, mais pas les institutionnaliser.
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**4. L’armée, entre cyber-guerre et partenariats troubles**
Pourtant, l’Algérie entretient un double discours :
– D’un côté, elle dénonce l’OTAN et les ingérences occidentales.
– De l’autre, elle collabore avec l’Union européenne sur des questions de sécurité (migration, terrorisme).
Lecture géopolitique : L’Algérie joue un jeu d’équilibriste. Elle a besoin de l’Europe pour ses exportations de gaz, mais elle ne veut pas dépendre d’elle. D’où son rapprochement avec la Russie (achats d’armes) et la Chine (infrastructures). Mais jusqu’où peut-elle aller sans froisser ses partenaires historiques ?
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**5. Achoura et le mouloud : la tradition comme résistance**
Pourtant, ces fêtes restent des moments de respiration dans un pays où la laïcité est un mot tabou. Elles permettent aux Algériens de :
– Réaffirmer leur identité face à la mondialisation.
– Résister à l’uniformisation imposée par l’État et les islamistes.
– Célébrer une mémoire plurielle (berbère, arabe, africaine, méditerranéenne).
Enjeu caché : Ces traditions sont aussi un marché. Les fêtes religieuses génèrent des milliards de dinars en consommation (nourriture, vêtements, voyages). L’État le sait, et c’est pourquoi il les encadre sans les étouffer.
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**6. L’éducation, ou l’échec programmé**
Pourtant, l’Algérie investit dans l’éducation (comme la Tunisie, qui installe des caméras dans les classes). Mais à quoi bon moderniser les outils si le contenu reste obsolète ? Les programmes scolaires algériens sont encore marqués par :
– Un nationalisme étriqué (glorification de la guerre d’indépendance, occultation des périodes précoloniales).
– Un rejet des langues étrangères (le français est toléré, l’anglais est marginalisé).
– Une méfiance envers les sciences humaines (considérées comme subversives).
Conséquence : L’Algérie forme des techniciens (ingénieurs, médecins) mais pas des citoyens critiques. Et c’est cette faille qui explique pourquoi la jeunesse se tourne vers l’entrepreneuriat informel ou l’exil.
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