Revue de presse : Presse algérienne, Logement Algérie, Finance islamique Algérie…

**L’Algérie entre deux temporalités : le présent comme palimpseste**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de rupture dans les discours. L’État algérien, malgré ses promesses de diversification, reste prisonnier d’une logique de projets pharaoniques (bibliothèque Niemeyer, rénovation urbaine, ports pétroliers) qui masquent mal l’échec des réformes structurelles. Derrière les annonces de « Quartiers de demain » ou de « banque de l’habitat », se profile une question lancinante : l’Algérie construit-elle pour son peuple, ou pour son image ?

**1. La ville comme miroir des contradictions algériennes**

Pourtant, cette frénésie bâtisseuse bute sur deux écueils :
L’absence de participation citoyenne : Les « Rendez-vous d’archi » autour de la Grande Mosquée d’Alger (BAM), transformée en espace culturel, montrent une tentative de détournement symbolique du religieux vers le profane. Mais qui décide de ces reconversions ? Les habitants, ou une élite technocratique ?
La financiarisation du logement : La création d’une « banque de l’habitat » et la baisse des taux de crédit immobilier (février 2025) répondent à une crise du logement endémique. Pourtant, ces mesures profitent surtout à la diaspora, dont les transferts d’argent (via des applis comme « Yassir » ou « Djezzy Pay ») alimentent un marché spéculatif. L’Algérie construit pour les Algériens de l’étranger, pas pour ceux de l’intérieur – une fracture de plus en plus visible.

Fil rouge : Ces projets urbains sont le symptôme d’un État qui compense son incapacité à réformer l’économie réelle par des symboles. La bibliothèque Niemeyer, comme la BAM, sont des cathédrales laïques destinées à masquer l’absence de projet politique cohérent.

**2. Finance islamique : l’islam comme béquille économique**

Un marché financier atone : Malgré les discours sur l’ »envol du marché », l’Algérie reste un désert boursier. La finance islamique, avec ses sukuks et ses contrats halal, est une réponse par défaut à l’absence de confiance dans les institutions traditionnelles.
Une instrumentalisation politique : En promouvant la finance islamique, l’État cherche à capter les liquidités de la diaspora (via des produits conformes à la charia) et à apaiser les tensions sociales en offrant une alternative « morale » au capitalisme occidental. Mais derrière cette façade, se cache une réalité crue : l’Algérie n’a pas les moyens de ses ambitions.

Contradiction majeure : La finance islamique, censée être éthique, sert en réalité à financer des projets urbains pharaoniques (comme les « Quartiers de demain ») dont le coût social et environnemental est rarement questionné.

**3. Le pétrole, éternel deus ex machina**

Une économie de rente qui refuse de mourir : Le pétrole représente encore 90% des exportations. Les annonces sur les exportations halal (l’Algérie dans le Top 10 mondial des importateurs) ou les partenariats agricoles (ferme Baladna avec des vaches américaines) ne sont que des palliatives.
Le syndrome du « tout-pétrole » : Même les projets agricoles (irrigation, technologies américaines) dépendent des revenus pétroliers. L’Algérie ne diversifie pas, elle recycle sa rente.

Paradoxe : Plus l’Algérie parle de diversification, plus elle renforce sa dépendance au pétrole. Skikda n’est pas un port, c’est un soupape de sécurité pour un système à bout de souffle.

**4. Histoire et géopolitique : l’Algérie en quête de légitimité**

L’histoire comme arme : L’APS (agence officielle) « prouve » la présence historique du Maroc à l’ouest algérien, non par érudition, mais pour délégitimer les revendications marocaines sur le Sahara occidental. L’histoire devient un champ de bataille.
Le Maghreb comme mirage : Les relations Algérie-Tunisie, réduites à des pronostics de CAN, montrent que la coopération régionale est un échec. Le forum agricole Tunisie-Algérie est une exception, pas une règle.

Enjeu caché : L’Algérie, en se repliant sur son récit national, s’isole. Son refus de coopérer avec le Maroc sur la gouvernance maritime (contrairement aux propositions marocaines) est un aveu d’impuissance.

**5. Agriculture et irrigation : l’Amérique comme dernier recours**

Une dépendance alimentaire structurelle : Malgré ses terres fertiles, l’Algérie importe 70% de ses besoins en lait et viande. Les exportations halal ne sont qu’un leurre – le pays reste un géant aux pieds d’argile.
L’irrigation comme symbole : Les projets d’irrigation, souvent présentés comme des solutions, cachent mal l’échec de la réforme agraire. Les technologies importées (américaines, japonaises) sont des rustines, pas des remèdes.

Contradiction : L’Algérie dépense des milliards pour importer des vaches et des machines, mais ne réforme pas son système foncier, hérité de l’époque coloniale.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

**Trois scénarios pour l’avenir**

2. Le scénario « révolution silencieuse » (peu probable, mais pas impossible) :
– Le numérique (applis locales, opposition en ligne) contourne la censure et permet l’émergence d’une société civile.
– Les jeunes, lassés du béton et du pétrole, inventent des modèles alternatifs (agriculture urbaine, énergies renouvelables).
Obstacle : L’État réprime toute velléité de changement.

3. Le scénario « effondrement contrôlé » (le plus dangereux) :
– Le pétrole s’épuise, les recettes baissent, l’État ne peut plus acheter la paix sociale.
– L’Algérie se tourne vers la Chine ou la Russie pour des prêts, mais au prix d’une perte de souveraineté.
Conséquence : Un pays divisé, entre une élite corrompue et une jeunesse radicalisée.

**La seule issue : une révolution culturelle**

Dernier mot : L’Algérie est comme la bibliothèque Niemeyer – un monument magnifique, mais vide de sens. Le défi des prochaines années sera de remplir ce vide, avant que les fissures ne deviennent des abîmes.

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