Revue de presse : Musique algérienne, Armée algérienne, Eau Algérie…

**L’Algérie au miroir brisé : quand les actualités dessinent un pays schizophrène**

Ce qui frappe d’emblée dans ce kaléidoscope d’actualités, c’est l’absence apparente de logique. D’un côté, une armée qui étend son influence en Mauritanie tout en célébrant son industrie militaire « intégrée » ; de l’autre, des artistes exilés, des poètes arrêtés, et une littérature qui hurle sa colère contre l’Occident complice de Gaza. D’un côté, des universités qui s’ouvrent à Oxford et à Moscou ; de l’autre, une gestion de l’eau qui frôle la crise existentielle. L’Algérie semble osciller entre deux temporalités : celle, glorieuse, d’un État stratège, maître de son destin, et celle, souterraine, d’une société civile qui gronde, se tait, ou s’exile.

Pourtant, ces contradictions ne sont pas des anomalies. Elles sont la signature d’un système politique qui a perfectionné l’art de la dissociation contrôlée : séparer les sphères pour mieux régner. L’armée gère la sécurité et l’économie de rente ; la culture et l’éducation sont laissées en jachère, sauf quand elles servent de vitrine ; les femmes, l’environnement et la jeunesse sont à la fois des variables d’ajustement et des bombes à retardement. Le fil rouge ? Une modernisation autoritaire, où le progrès technique et institutionnel coexiste avec une répression ciblée des voix discordantes.

Examinons ces dynamiques enchevêtrées, domaine par domaine, pour en révéler les fractures et les possibles.

**1. La culture comme champ de bataille : exil, prison, et résistance poétique**

La musique et la littérature algériennes offrent un condensé des tensions qui traversent le pays. D’un côté, IWAL, ce couple d’artistes harcelés jusqu’à l’exil, incarne la répression des expressions jugées subversives – non pas parce qu’elles appellent à la révolte, mais parce qu’elles échappent au contrôle étatique. Leur crime ? Avoir osé chanter l’amour, la liberté, hors des cadres imposés. De l’autre, Lounis Aït Menguellet, monument de la poésie kabyle, reste toléré, voire célébré, tant que son œuvre ne franchit pas la ligne rouge de la contestation politique directe. Entre les deux, Allas Di Tlelli, poète arrêté à la veille du Nouvel An, illustre la violence arbitraire du régime : une arrestation symbolique, destinée à rappeler que même les mots sont surveillés.

Cette schizophrénie culturelle n’est pas nouvelle. Elle rappelle l’époque où Kateb Yacine était à la fois encensé et censuré, où Mouloud Mammeri était célébré comme un génie national tout en étant interdit de parole. Aujourd’hui, la différence tient dans l’hyper-sélectivité de la répression : on tolère les voix qui critiquent l’Occident (comme Wassyla Tamzali, dont la colère contre Gaza est politiquement utile), mais on muselle celles qui pointent les dysfonctionnements internes.

Lien avec la diaspora : L’exil d’IWAL n’est pas un cas isolé. La diaspora algérienne, en France notamment, devient un exutoire pour les artistes et intellectuels étouffés au pays. Mais cette fuite des cerveaux est aussi une hémorragie pour l’Algérie, qui perd ses forces vives au profit de sociétés plus ouvertes. Le paradoxe ? Ces exilés restent souvent les meilleurs ambassadeurs de la culture algérienne – preuve que le soft power du pays dépasse largement sa diplomatie officielle.

**2. L’armée, entre expansionnisme discret et dépendance technologique**

L’incursion de l’armée algérienne en Mauritanie (officiellement pour traquer des groupes armés) révèle une stratégie de sécurité préventive qui s’étend bien au-delà des frontières. Cette militarisation du Sahel n’est pas sans rappeler les interventions françaises dans la région – à une différence près : l’Algérie agit en coulisses, sans médiatisation, comme pour éviter les critiques sur son rôle de gendarme régional.

Pourtant, derrière cette posture de puissance, se cache une dépendance technologique inquiétante. Le débat sur les F-16 marocains contre les Su-57 algériens est révélateur : malgré ses investissements massifs dans l’industrie militaire, l’Algérie reste un client des Russes et des Chinois, incapable de produire des armements de pointe en autonomie. Son avantage ? Une intégration nationale poussée (usines d’assemblage, formation des ingénieurs), qui lui permet de limiter les coûts. Mais jusqu’à quand ? La Russie, en guerre en Ukraine, a d’autres priorités que de livrer des avions de combat à Alger.

Lien avec l’eau et l’environnement : Cette militarisation a un coût écologique. Les manœuvres en zone désertique accélèrent la désertification, tandis que les besoins en eau des bases militaires entrent en concurrence avec ceux des populations civiles. L’armée, acteur clé de la gestion des ressources, est à la fois une solution (via ses projets de dessalement) et un problème (via sa consommation vorace).

**3. L’eau, ou l’effondrement silencieux d’un État-providence**

Le discours du Trône sur les « nouveaux défis de la gestion de l’eau » sonne comme un aveu : l’Algérie est au bord de la crise hydrique. Les prévisions pour 2026 sont alarmantes : pénuries estivales, rationnement, tensions sociales. Le problème n’est pas tant le manque d’eau que l’incurie gestionnaire. Les barrages sont mal entretenus, les réseaux de distribution fuient, et les projets de dessalement peinent à voir le jour.

Pourtant, l’État algérien a les moyens de ses ambitions. Il dépense des milliards dans des méga-projets (comme la centrale solaire de Ouarzazate) sans pour autant investir dans les infrastructures de base. Pourquoi ? Parce que l’eau, comme le gaz, est une ressource politique. Son rationnement permet de contrôler les populations, tandis que les coupures ciblées (dans les zones contestataires, par exemple) servent d’outil de répression douce.

Lien avec les femmes et la santé : Les pénuries d’eau ont un impact genré. Ce sont les femmes, traditionnellement chargées de la corvée d’eau, qui en paient le prix. Dans les hôpitaux, le manque d’eau potable aggrave les crises sanitaires, comme celle de la ménopause, taboue et sous-traitée. Le rapport parlementaire français sur la ménopause (mentionné dans les actualités) n’a pas d’équivalent en Algérie, où le sujet reste un non-dit – symptôme d’un système de santé qui néglige les besoins spécifiques des femmes.

**4. Les femmes algériennes : entre invisibilisation et résistance passive**

Les actualités sur les femmes algériennes sont étrangement absentes des médias locaux. Pourtant, les trois sujets liés à la ménopause (empruntés à la presse française) en disent long sur leur condition. En Algérie, la ménopause n’est pas une « priorité de santé publique » : c’est un sujet inexistant. Les femmes y sont confrontées dans le silence, sans accès aux traitements hormonaux, sans soutien médical, et souvent stigmatisées.

Cette invisibilisation n’est pas anodine. Elle reflète une société où les droits des femmes progressent par à-coups : on célèbre les avancées symboliques (comme la loi contre les violences conjugales), mais on ignore les problèmes structurels (accès à la santé, éducation sexuelle, autonomie économique). Les femmes algériennes sont à la fois des actrices majeures de l’économie informelle et des citoyennes de seconde zone.

Lien avec la littérature : Les autrices algériennes, comme Wassyla Tamzali, portent cette colère. Leur écriture est un exutoire, mais aussi un miroir tendu à une société qui préfère regarder ailleurs. Le roman « Houaria », sur la décennie noire, rappelle que les femmes ont été les premières victimes de la violence islamiste – et les dernières à obtenir justice.

**5. La diaspora : pont ou exil définitif ?**

Les appels à des « relations apaisées » entre l’Algérie et la France cachent une réalité plus complexe. La diaspora algérienne est à la fois un atout et une menace pour le régime. Un atout, car elle envoie des milliards de dollars en transferts d’argent (plus de 2 milliards d’euros par an) et sert de lobby informel en Europe. Une menace, car elle abrite des opposants, des journalistes critiques, et des artistes comme IWAL.

Le paradoxe ? L’Algérie a besoin de sa diaspora pour son soft power, mais elle la craint pour son potentiel subversif. D’où une politique schizophrène : on ouvre des consulats, on facilite les visas, mais on surveille les associations, on censure les médias diasporiques, et on instrumentalise les tensions mémorielles (comme la guerre d’indépendance) pour maintenir un contrôle symbolique.

Lien avec les universités : La coopération universitaire avec la Russie (2000 étudiants algériens) et Oxford (chaire Emir Abdelkader) montre que l’Algérie cherche à diversifier ses partenariats. Mais ces échanges restent élitistes, réservés à une minorité. Pour la majorité des jeunes, l’université algérienne est un désert : sous-financée, bureaucratique, et déconnectée du marché du travail. Résultat : ceux qui le peuvent partent. Les autres restent, condamnés à l’informel ou au chômage.

**6. Sécurité et déradicalisation : le modèle algérien en question**

La « méthode algérienne » de déradicalisation est souvent citée en exemple. Pourtant, elle repose sur un paradoxe : comment un État qui réprime toute opposition politique peut-il prétendre réinsérer d’anciens terroristes ? La réponse tient dans une déradicalisation autoritaire : on désarme les esprits en échange d’une allégeance au régime.

Cette approche a ses limites. D’abord, elle ne s’attaque pas aux causes profondes de la radicalisation (chômage, corruption, absence de perspectives). Ensuite, elle crée une confusion entre islam politique et terrorisme : toute critique du pouvoir devient suspecte. Enfin, elle ignore les nouvelles formes de radicalisation (en ligne, via les réseaux sociaux), bien plus difficiles à contrôler.

Lien avec l’export : L’Algérie exporte aussi ses pesticides interdits – un commerce toxique qui rappelle son double discours sur la sécurité. Officiellement, elle défend une souveraineté alimentaire. En réalité, elle inonde les marchés africains de produits chimiques dangereux, tout en interdisant leur usage sur son sol. Hypocrisie ? Non : pragmatisme économique. Comme pour le gaz, l’Algérie joue sur les deux tableaux : elle se présente en championne de l’écologie (via ses projets

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