Revue de presse : Médias Algérie, Finance islamique Algérie, Hôpitaux Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

Derrière les annonces de méga-projets solaires ou d’extensions portuaires se cache une question lancinante : l’Algérie peut-elle échapper à la malédiction des ressources ? Et si oui, à quel prix ?

**La finance islamique, ou l’art de concilier Dieu et Mammon**

Le paradoxe est saisissant : alors que le GAFI (Groupe d’action financière) menace de placer l’Algérie sur sa liste grise pour ses lacunes en matière de lutte contre le blanchiment, la Banque d’Algérie codifie enfin le Know Your Customer (KYC), six semaines avant le verdict. Une réforme de dernière minute, comme si l’État algérien ne réagissait qu’à la pression extérieure. La finance islamique, présentée comme une alternative vertueuse, pourrait-elle devenir un cheval de Troie pour contourner ces contraintes ? Ou n’est-elle qu’un leurre, une façon de capter l’épargne des citoyens pieux sans remettre en cause les fondements d’un système bancaire encore largement opaque ?

À Oran, les graffiti régulent le « chaos urbain » – une métaphore involontaire de cette finance qui tente de domestiquer l’anarchie d’un marché informel florissant. Car si l’Algérie veut attirer les investissements, elle devra d’abord dompter ses propres démons : corruption, bureaucratie et méfiance envers les institutions.

**L’énergie, entre soleil radieux et pétrole crépusculaire**

Cette schizophrénie énergétique révèle une vérité plus profonde : l’État algérien n’a pas encore choisi entre rente et révolution industrielle. Le solaire, c’est l’avenir, mais le pétrole, c’est le présent – et le présent, en Algérie, a toujours raison. Pourtant, la jeunesse, elle, a déjà tranché. À travers le street art de Rabat ou d’Oran, elle exprime une soif de modernité qui ne passe plus par les hydrocarbures. Le Festival Jidar, avec ses couleurs vibrantes, est un manifeste en faveur d’une Algérie post-pétrole. Mais qui écoute ?

**La santé, entre charité et abandon d’État**

La gastronomie, elle, se mondialise. Une jeune Algérienne ouvre un café à Londres, un nouveau restaurant algérien fleurit près des Champs-Élysées. Mais dans les hôpitaux algériens, on chasse encore les peurs des dentistes avec des méthodes dignes du XIXe siècle. L’Algérie exporte ses saveurs, mais pas ses soins. La diaspora brille à l’étranger, tandis que le pays d’origine peine à offrir des services de base à ses citoyens.

Cette dichotomie entre l’image projetée et la réalité vécue est un symptôme de l’Algérie contemporaine : un pays qui soigne son storytelling (méga-projets, festivals, diaspora) mais néglige ses infrastructures. Comme si l’État préférait investir dans le visible plutôt que dans l’essentiel.

**Les transports, ou l’illusion de la mobilité**

Le port de Skikda, en cours d’extension, symbolise cette dépendance aux flux pétroliers. L’Algérie a besoin de ports pour exporter son pétrole, pas pour importer des technologies ou des savoir-faire. Le Maroc, lui, plaide pour une « gouvernance maritime » tournée vers l’économie bleue – une vision qui fait défaut à son voisin. L’Algérie reste prisonnière de son littoral, comme elle l’est de son désert.

**L’art et la culture, laboratoires de la contestation**

Boualem Sansal, lui, rappelle que l’Algérie reste hantée par son passé colonial. Affirmer que sa famille était favorable à « l’Algérie française » n’est pas anodin : c’est une provocation qui révèle les fractures mémorielles d’un pays où l’histoire officielle est encore un champ de bataille. Le Mucem, à Marseille, expose l’architecture algérienne, mais en Algérie, les musées restent souvent des coquilles vides.

L’art, qu’il soit urbain ou littéraire, est un exutoire. Mais pour combien de temps ? L’État algérien tolère ces expressions tant qu’elles restent marginales. Le jour où elles deviendront politiques, la répression frappera. Comme elle frappe déjà les rappeurs, ces « 10 artistes africains à découvrir » qui, pour certains, croupissent en prison.

**Banques et GAFI : le compte à rebours**

Les régulations de l’UEMOA ou de l’Union européenne, comme le règlement 06/2024, sont des épées de Damoclès pour les banques algériennes. Elles révèlent une vérité cruelle : l’Algérie est un pays en développement qui dépend des capitaux étrangers, mais qui refuse de jouer selon les règles du jeu financier mondial. Résultat : elle se retrouve coincée entre les exigences du GAFI et son propre refus de transparence.

La finance islamique pourrait-elle être une solution ? Peut-être. Mais à condition que l’État accepte de perdre une partie de son contrôle sur l’économie. Or, en Algérie, le contrôle est une religion d’État.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

Trois scénarios pour l’avenir :
Le scénario optimiste (20%) : L’Algérie parvient à diversifier son économie, à réformer son système bancaire et à intégrer sa jeunesse dans un projet national. Le solaire devient une industrie, la diaspora investit massivement, et l’État accepte de lâcher du lest sur les libertés publiques.
Le scénario réaliste (60%) : L’Algérie continue de naviguer entre rente pétrolière et projets solaires, entre répression et cooptation. La finance islamique se développe, mais sans remettre en cause les fondements du système. La jeunesse s’exprime, mais reste marginalisée. C’est l’Algérie de l’entre-deux, ni tout à fait moderne, ni tout à fait archaïque.
Le scénario catastrophe (20%) : Le pic pétrolier frappe, les réserves de change s’effondrent, et l’État, incapable de se réformer, bascule dans l’autoritarisme. La jeunesse se radicalise, la diaspora se détourne, et l’Algérie sombre dans une crise économique et sociale majeure.

Lequel de ces scénarios l’emportera ? Tout dépendra de la capacité de l’Algérie à transformer ses contradictions en opportunités. Une chose est sûre : le pays

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