Revue de presse : Journalisme Algérie, Banque Algérie, Solaire Algérie…

**Le miroir brisé de l’Algérie contemporaine : une mosaïque de tensions fécondes**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de rupture franche avec les paradigmes du passé, mais aussi l’émergence de micro-résistances et d’innovations locales qui pourraient, à terme, reconfigurer le paysage algérien. L’Algérie n’est ni en crise terminale ni en révolution silencieuse : elle est en bifurcation, pour reprendre le concept de Frédéric Lordon, c’est-à-dire dans un état où les petites causes peuvent produire de grands effets, où les contradictions accumulées menacent de faire basculer le système… ou de le consolider.

**La santé publique : symptôme d’un État-providence en surchauffe**

L’Algérie compte aujourd’hui près de 4 millions de diabétiques, un chiffre qui a doublé en dix ans. Cette épidémie silencieuse est le produit d’une urbanisation accélérée, d’une alimentation industrialisée et d’un système de soins à deux vitesses : d’un côté, des hôpitaux publics saturés et sous-équipés ; de l’autre, une médecine privée florissante, réservée à une élite. Le discours des experts – qui insiste sur la prévention et la « maladie chronique » de l’obésité – se heurte à une réalité sociale où les habitudes alimentaires sont profondément ancrées, et où l’État peine à réguler l’importation de produits ultra-transformés.

Plus profondément, cette crise sanitaire interroge la capacité de l’Algérie à gérer les défis du XXIe siècle. Comment un pays qui a éradiqué la poliomyélite et réduit la mortalité infantile peut-il échouer face à des maladies liées au mode de vie ? La réponse tient en partie à la désarticulation des politiques publiques : la santé est traitée comme un secteur isolé, alors qu’elle dépend de l’agriculture (sécurité alimentaire), de l’éducation (sensibilisation) et de l’économie (pouvoir d’achat). Le diabète algérien est ainsi le miroir grossissant d’un État qui peine à penser ses problèmes de manière holistique.

**Digitalisation et souveraineté économique : le pari risqué de la modernisation autoritaire**

La signature d’une convention entre banques publiques et l’École algérienne de la dette numérique (EADN) est emblématique de cette approche. D’un côté, l’État reconnaît l’urgence de moderniser un secteur bancaire encore largement dominé par le cash et les procédures papier. De l’autre, il encadre cette transition par des institutions publiques, évitant ainsi une libéralisation qui pourrait échapper à son contrôle. La digitalisation devient un outil de souveraineté financière : en numérisant les services, l’Algérie limite les risques de fuite des capitaux et renforce sa capacité à tracer les transactions.

Pourtant, cette modernisation contrôlée se heurte à deux écueils majeurs :
1. La fracture numérique : malgré les 285 000 stagiaires formés, l’Algérie reste en queue de peloton en matière d’accès à internet (60% de taux de pénétration en 2024, contre 80% au Maroc). Les zones rurales et les populations âgées sont laissées pour compte.
2. La défiance envers l’État : la digitalisation des services publics (comme la plateforme de traçabilité alimentaire) est perçue par une partie de la population comme un outil de surveillance supplémentaire, dans un pays où la méfiance envers les institutions est historique.

Le paradoxe est saisissant : l’Algérie mise sur le numérique pour se moderniser, mais elle le fait dans un cadre qui rappelle les méthodes de l’ère Bouteflika – centralisation, opacité, et méfiance envers les initiatives privées. La digitalisation risque ainsi de reproduire, sous une forme technologique, les mêmes dysfonctionnements que ceux qu’elle est censée résoudre.

**Énergie solaire et transition écologique : l’Algérie face à son destin rentier**

Officiellement, l’Algérie s’est engagée à produire 30% de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030. Pourtant, en 2024, la part du solaire dans le mix énergétique reste marginale (moins de 1%). Pourquoi un tel décalage entre les discours et la réalité ? Trois raisons principales :
1. La dépendance aux hydrocarbures : les recettes pétrolières et gazières représentent encore 90% des exportations algériennes. Toute transition énergétique menace donc les équilibres budgétaires.
2. Le manque d’investissements privés : les projets solaires sont majoritairement portés par des entreprises publiques (comme Sonelgaz), qui manquent de moyens et de flexibilité.
3. L’absence de vision industrielle : l’Algérie exporte son pétrole et son gaz, mais importe la quasi-totalité de ses panneaux solaires. Elle rate ainsi l’opportunité de créer une filière locale, comme l’a fait le Maroc avec l’usine de Ouarzazate.

La transition énergétique algérienne est donc moins une question technique qu’un enjeu de souveraineté stratégique. Tant que l’État n’acceptera pas de réduire sa dépendance aux hydrocarbures – et donc de repenser son modèle économique –, le solaire restera un alibi écologique plutôt qu’une véritable révolution industrielle.

**Artisanat et tourisme : la quête d’une identité post-rentière**

D’un côté, l’Algérie dispose d’un savoir-faire artisanal exceptionnel (poterie, tissage, bijouterie), et le tourisme saharien connaît un regain d’intérêt (47 000 visiteurs étrangers en 2024-2025). De l’autre, le secteur souffre de :
L’absence de filières organisées : la plupart des artisans travaillent de manière informelle, sans accès au crédit ni à des réseaux de distribution.
La concurrence des produits importés : les marchés algériens regorgent de contrefaçons chinoises ou turques, moins chères mais de qualité médiocre.
L’instrumentalisation politique : l’artisanat est souvent utilisé comme un symbole de la « résistance culturelle » face à la mondialisation, mais sans véritable soutien économique.

Le cas de Bachir Yelles, doyen des plasticiens algériens, est emblématique de cette tension. Son œuvre, à la fois ancrée dans l’histoire révolutionnaire et ouverte sur les avant-gardes, incarne une Algérie qui cherche à concilier mémoire et modernité. Pourtant, sa disparition passe presque inaperçue dans un pays où la culture est de plus en plus marginalisée, au profit d’une économie de rente.

Le tourisme saharien, quant à lui, révèle une autre contradiction : l’Algérie mise sur son désert pour attirer des visiteurs, mais elle peine à développer les infrastructures nécessaires (hôtels, transports, sécurité). Le Sahara devient ainsi un miroir de l’Algérie tout entière : un potentiel immense, mais des blocages structurels qui en limitent l’exploitation.

**Droits humains et société civile : la grève comme dernier rempart**

Le Syndicat des Travailleurs des Transports Publics (STTP) appelle à élargir la grève à d’autres secteurs pour défendre les emplois et les services publics. Ce mouvement s’inscrit dans une tradition algérienne de luttes sociales, mais il se heurte à un État qui a durci sa répression depuis 2019 (Hirak). Trois dynamiques se croisent ici :
1. La criminalisation des mobilisations : les grèves sont souvent présentées comme des « atteintes à la stabilité nationale », et leurs leaders risquent des poursuites.
2. La fragmentation du mouvement syndical : les syndicats autonomes (comme le SNAPAP) sont marginalisés au profit de l’UGTA, inféodée au pouvoir.
3. L’épuisement des formes de protestation : après l’échec du Hirak à obtenir des changements structurels, une partie de la société civile se tourne vers des modes d’action plus radicaux (grèves perlées, boycotts).

Le parallèle avec le Maroc et le Portugal est éclairant : dans les deux cas, les gouvernements tentent de restreindre le droit de grève au nom de la « compétitivité économique ». L’Algérie suit-elle la même voie ? La réponse dépendra de la capacité des travailleurs à s’organiser en dehors des cadres officiels, mais aussi de la réaction de l’État, qui oscille entre répression et concessions tactiques.

**Diplomatie algérienne : entre multipolarité et dépendances cachées**

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