Revue de presse : Femmes Algérie, Sécurité alimentaire Algérie, Gouvernement algérien…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où se superposent les strates d’un État rentier, d’une société en ébullition silencieuse et d’un système politique verrouillé. Les actualités de ces derniers mois, apparemment disparates, dessinent en réalité les contours d’une nation en tension entre trois forces : l’inertie structurelle (héritage du modèle économique post-indépendance), l’émergence de dynamiques endogènes (agriculture, tourisme, gastronomie) et les contradictions d’un pouvoir qui oscille entre ouverture contrôlée et répression feutrée. Ces fils rouges, loin d’être anecdotiques, révèlent une Algérie en quête d’elle-même, où chaque domaine d’actualité agit comme un révélateur des blocages et des possibles.

**1. Le corps des femmes : un champ de bataille invisible**

La ménopause, ce « non-sujet » qui agite la France, éclaire par contraste l’invisibilisation systémique des femmes en Algérie. Si Paris débat de la prise en charge médicale et professionnelle de cette étape biologique, Alger reste muette. Pourtant, les enjeux sont colossaux : comment une société qui nie la ménopause peut-elle prétendre émanciper ses femmes ? Le tabou algérien n’est pas seulement culturel ; il est politique. Dans un pays où l’État-providence se réduit comme peau de chagrin, la santé des femmes devient un luxe. Les rares prises en charge en entreprise, évoquées en France, sont ici inexistantes – et pour cause : le marché du travail algérien, déjà saturé, n’a pas les moyens (ni la volonté) d’intégrer des considérations de genre.

Cette occultation s’inscrit dans une logique plus large : celle d’un patriarcat d’État qui instrumentalise les femmes comme variable d’ajustement. Les avancées législatives (code de la famille, quotas parlementaires) masquent mal une réalité où les femmes sont à la fois soutien invisible de l’économie informelle (70% des micro-entreprises féminines opèrent sans statut) et cible d’un conservatisme rampant. La ménopause, comme la contraception ou les violences conjugales, reste un angle mort – parce que reconnaître ces réalités, ce serait admettre l’échec d’un modèle social fondé sur le contrôle des corps.

**2. Sécurité alimentaire : le Ramadan, ou l’économie de la pénurie organisée**

L’importation massive de viande rouge (30 000 tonnes pour le Ramadan 2026) est un symptôme clinique de l’échec agricole algérien. Malgré des pluies salvatrices en 2024, la production céréalière stagne, et le maraîchage, bien que dynamique à Mascara, ne suffit pas à nourrir une population de 45 millions d’habitants. Pourquoi importer quand on pourrait produire ? La réponse tient en trois mots : rentierisme, corruption, et court-termisme.

Le rentierisme : L’Algérie, assise sur des réserves de gaz, préfère importer plutôt que de moderniser son agriculture. Les subventions aux engrais et aux semences sont captées par des réseaux clientélistes, tandis que les petits paysans s’endettent pour acheter des intrants à prix d’or.
La corruption : Les appels d’offres pour les importations de viande sont un terrain de jeu pour les intermédiaires proches du pouvoir. En 2023, une enquête du Quotidien d’Oran révélait que 20% des contrats d’importation étaient surfacturés, avec des commissions versées à des sociétés écrans.
Le court-termisme : Le Ramadan est un moment clé pour le régime, qui achète la paix sociale en garantissant des produits à bas prix. Mais cette stratégie est un piège : elle maintient l’Algérie dans une dépendance aux marchés internationaux, alors que la guerre en Ukraine et les tensions sur les prix des céréales devraient inciter à l’autosuffisance.

Contradiction majeure** : Oualid, le ministre de l’Agriculture, promet de "doubler la production céréalière" – un objectif louable, mais irréaliste sans une réforme agraire. **L’Algérie a les terres, l’eau (quand il pleut), et les bras. Ce qui lui manque, c’est une volonté politique.

**3. Le pouvoir algérien : entre ingérence régionale et verrouillage interne**

Les actualités sur le Mali et la Tanzanie ne sont pas anodines. L’Algérie joue un double jeu :
À l’extérieur : Elle se pose en médiatrice dans la crise malienne (via le projet PAREM), tout en soutenant discrètement la junte de Bamako. Pourquoi ? Parce que le Mali est un allié dans la lutte contre les groupes armés au Sahel, et que l’Algérie craint une contagion djihadiste à ses frontières.
À l’intérieur : La répression post-électorale en Tanzanie rappelle que les régimes autoritaires africains se soutiennent mutuellement. L’Algérie, qui a elle-même étouffé le Hirak en 2019-2021, observe avec intérêt comment la Tanzanie gère sa contestation.

Le fil rouge : Un pouvoir qui se méfie de son peuple. Les élections algériennes sont des mascarades, mais le régime a besoin d’une façade démocratique pour légitimer son rôle régional. D’où l’ambivalence : ouverture économique (bourse, tourisme) pour attirer les investisseurs, et répression politique pour éviter toute remise en cause du système.

**4. La Bourse d’Alger : le théâtre de l’illusion capitaliste**

La COSOB (Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse) annonce une « phase d’alimentation du marché » avec de nouvelles IPO. Mais qui croit encore aux promesses de la Bourse algérienne ?
Un marché anémique : Avec une capitalisation boursière de 10 milliards de dollars (contre 2 000 milliards pour la Bourse de Paris), Alger est un nain financier.
Des règles de transparence… pour qui ? Les entreprises cotées sont souvent des filiales de groupes publics (Sonatrach, Sonelgaz), où la gouvernance est opaque.
Un paradoxe : L’Algérie a besoin de capitaux étrangers, mais elle refuse de libéraliser son économie. Résultat : les investisseurs fuient, et la Bourse reste un club fermé pour initiés.

La vraie question : Pourquoi maintenir ce simulacre ? Parce que la Bourse est un outil de légitimation du pouvoir. Elle permet de dire : « Regardez, nous sommes une économie moderne. » Mais en réalité, l’Algérie reste prisonnière de son modèle rentier, où la rente pétrolière finance les importations et les subventions, sans créer de valeur ajoutée.

**5. Tourisme et gastronomie : les deux visages d’une Algérie qui s’ignore**

Le Paradise Beach Club à Bejaïa et l’huile d’olive Dahbia primée à New York sont les symptômes d’une Algérie qui dépasse son propre récit. Ces succès, portés par des acteurs privés (souvent de la diaspora), montrent que le pays a un potentiel énorme – mais que l’État ne sait pas (ou ne veut pas) le valoriser.

Le tourisme : Bejaïa, avec ses plages et sa culture kabyle, pourrait être la nouvelle Marrakech. Mais l’Algérie n’a pas de stratégie touristique. Les visas sont difficiles à obtenir, les infrastructures manquent, et le secteur est gangrené par la corruption.
La gastronomie : L’huile d’olive algérienne est reconnue mondialement, mais les producteurs locaux peinent à exporter. Pourquoi ? Parce que les normes sanitaires sont archaïques, et que les douanes algériennes sont un enfer bureaucratique.

Contradiction flagrante** : **L’Algérie a tout pour être une puissance touristique et agroalimentaire, mais elle préfère importer des tomates et des touristes low-cost.** La raison ? **Le système rentier n’a pas intérêt à développer des secteurs qui échapperaient à son contrôle.

**6. Urbanisme et agriculture : le combat pour l’âme de l’Algérie**

Boussemghoun, ce village du Sud-Ouest, est un symbole. Son histoire plurielle (berbère, arabe, coloniale) rappelle que l’Algérie est un pays-monde. Pourtant, l’urbanisme algérien est schizophrène :
D’un côté, des projets pharaoniques (la nouvelle ville de Sidi Abdellah, près d’Alger) qui bétonnent les terres agricoles.
De l’autre, des initiatives locales (comme à Mascara, où le maraîchage remplace les céréales) qui montrent une résilience paysanne.

Le problème : L’État algérien ne croit pas en son agriculture. Il préfère importer du blé d’Ukraine plutôt que de moderniser les coopératives locales. Pourquoi ? Parce que la rente pétrolière permet d’acheter la paix sociale – mais à quel prix ?

**7. Le solaire : l’énergie du futur… que l’Algérie ignore**

La Côte d’Ivoire forme des techniciens en énergies renouvelables, mais l’Algérie, pays du soleil, reste accrochée au gaz. Pourtant, le potentiel est énorme :
3 000 heures d’ensoleillement par an (contre 1 800 en Allemagne, leader européen du solaire).
Un désert qui pourrait alimenter l’Europe en électricité.

Pourquoi ce retard ?
1. Le lobby gazier : Sonatrach et Sonelgaz bloquent toute transition qui menacerait leurs rentes.
2. L’absence de volonté politique : Les projets solaires existent (comme la centrale de Hassi R’Mel), mais ils sont sabotés par la bureaucratie.
3. La corruption : Les appels d’offres sont truqués, et les rares entreprises étrangères qui osent investir se heurtent à des normes kafkaïennes.

Résultat : L’Algérie rate le coche de la révolution verte, alors que le Maroc et l’Égypte deviennent des hubs énergétiques régionaux.

**8. Les partis politiques : le théâtre de l’absurde**

Amara Benyounes, figure du RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), évoque Bouteflika et la Constitution dans un entretien. Mais qui écoute encore les partis politiques algériens ?
Le FLN et le RND (les deux partis au pouvoir) sont des coquilles vides, sans idéologie.
Les partis d’opposition (RCD

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