Revue de presse : Droits humains Algérie, Universités algériennes, Algériens à l’étranger…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres paradoxes : entre souveraineté énergétique et dépendances structurelles**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux récits. D’un côté, une puissance régionale qui affiche ses ambitions – transition énergétique, modernisation des infrastructures, diplomatie souveraine – et de l’autre, une société en ébullition, où les fractures sociales, les contradictions économiques et les blocages institutionnels menacent de faire dérailler le projet national. Les actualités de ces dernières semaines, loin d’être des fragments épars, dessinent une cartographie des forces en présence : un État stratège, mais rigide ; une jeunesse éduquée, mais désenchantée ; des ressources naturelles abondantes, mais mal exploitées ; et une diaspora à la fois atout et miroir des dysfonctionnements du pays.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence organique entre ces différents domaines. L’Algérie avance par à-coups, comme un moteur dont les cylindres tourneraient à des vitesses différentes. Le gouvernement mise sur les hydrocarbures pour financer sa transition énergétique, mais néglige les femmes rurales qui pourraient nourrir le pays. Il modernise le métro d’Alger tout en laissant les universités s’enliser dans l’archaïsme. Il exporte son gaz vers l’Europe tout en important son blé d’Ukraine et de Russie. Ces contradictions ne sont pas des accidents de parcours : elles révèlent les limites d’un modèle de développement qui, depuis l’indépendance, repose sur la rente plutôt que sur la transformation structurelle.

**La rente énergétique : le socle fragile d’un État-providence en sursis**

L’Algérie est assise sur un trésor : les troisièmes réserves mondiales de gaz de schiste, des gisements pétroliers encore conséquents, et un ensoleillement parmi les plus intenses de la planète. Pourtant, cette abondance est à la fois une bénédiction et une malédiction. Les 12es JST de Sonatrach ont placé la transition énergétique au cœur des priorités, mais les annonces peinent à se traduire en actes. Pourquoi ?

D’abord, parce que la transition suppose un désengagement des hydrocarbures – or, ceux-ci représentent encore 95 % des exportations et 60 % des recettes budgétaires. L’Algérie ne peut se permettre de tourner le dos à son pétrole et à son gaz sans alternative crédible. D’où le paradoxe : le pays mise sur le solaire (avec des projets comme celui de Hassi R’Mel) tout en continuant à subventionner massivement les énergies fossiles. TotalEnergies, présent depuis un siècle, reste un partenaire incontournable, mais son rôle dans la transition est ambigu : l’entreprise parle de « pionnier », mais son cœur de métier reste l’extraction d’hydrocarbures.

Ensuite, parce que le solaire algérien se heurte à des obstacles structurels. Les projets peinent à décoller, non par manque de soleil, mais par manque de volonté politique et de capacités industrielles. Le Sahara n’est pas la centrale solaire géante qu’on imagine, car les infrastructures de transport d’électricité sont défaillantes, les financements incertains, et les compétences locales insuffisantes. Résultat : l’Algérie importe encore des panneaux solaires chinois, alors qu’elle pourrait les produire sur place.

Enfin, il y a la question des subventions. Le gouvernement algérien dépense des milliards pour maintenir des prix artificiellement bas sur l’essence, le gaz et l’électricité. Cette politique, héritée de l’ère Boumediene, est devenue insoutenable : elle encourage le gaspillage, décourage les investissements dans les énergies renouvelables, et creuse les inégalités. Pourtant, toute tentative de réforme se heurte à la crainte des émeutes sociales, comme en 2011 et 2019.

La transition énergétique algérienne est donc un miroir grossissant des contradictions du pays : riche en ressources, mais pauvre en stratégie ; ambitieuse dans ses discours, mais timorée dans ses actes.

**L’agriculture et les céréales : le talon d’Achille d’une souveraineté alimentaire en miettes**

L’Algérie importe 70 % de ses besoins en blé. Cette dépendance est un scandale géopolitique : comment un pays de 2,4 millions de km², avec des terres arables parmi les plus fertiles d’Afrique du Nord, peut-il en être réduit à acheter son pain à l’étranger ?

La réponse tient en trois mots : mauvaise gouvernance, clientélisme et négligence des femmes rurales.

D’abord, le blé russe et ukrainien. Depuis la guerre en Ukraine, l’Algérie a diversifié ses sources d’approvisionnement, mais elle reste vulnérable aux fluctuations des marchés. Pire : elle paie son blé plus cher que d’autres pays, car ses contrats sont souvent conclus dans l’opacité, au profit de réseaux d’intermédiaires proches du pouvoir. Les start-up « agricoles intelligentes » vantées par les médias officiels ne sont qu’un cautère sur une jambe de bois : sans réforme foncière, sans accès au crédit pour les petits agriculteurs, et sans modernisation des infrastructures de stockage, ces initiatives resteront marginales.

Ensuite, la question des femmes rurales. En Algérie, comme en Tunisie, elles représentent la majorité de la main-d’œuvre agricole, mais sont systématiquement exclues de la propriété foncière. Le projet ouest-africain « Les agricultrices invisibles » montre que la marginalisation des femmes n’est pas une fatalité : des mécanismes juridiques et financiers existent pour leur donner accès à la terre. Mais en Algérie, le patriarcat et le conservatisme religieux freinent toute évolution. Résultat : des millions d’hectares sont sous-exploités, et le pays continue d’importer des céréales qu’il pourrait produire.

Enfin, il y a l’absurdité des subventions alimentaires. L’État algérien dépense des milliards pour importer du blé, puis le revend à perte aux minotiers, qui le transforment en farine subventionnée. Ce système, censé protéger les plus pauvres, profite en réalité aux classes moyennes et aux spéculateurs. Pendant ce temps, les petits paysans algériens, incapables de rivaliser avec les prix mondiaux, abandonnent leurs terres.

L’agriculture algérienne est donc le symptôme d’un État qui a renoncé à sa souveraineté alimentaire – non par manque de moyens, mais par manque de vision.

**Les universités algériennes : des usines à diplômés sans débouchés**

L’Algérie forme chaque année des dizaines de milliers d’étudiants, mais son système universitaire est une machine à produire du chômage et de la frustration.

Les inscriptions 2024/2025 s’annoncent comme un nouveau casse-tête : des filières saturées (médecine, droit, sciences sociales), des infrastructures vétustes, et un corps professoral sous-payé et démotivé. Pourtant, le gouvernement continue de vanter les « écoles d’élite » comme celle qui recrute les futurs cadres bancaires avec une moyenne de 15/20 au bac. Ces institutions, réservées à une minorité, creusent les inégalités : d’un côté, une jeunesse brillante mais sans perspectives ; de l’autre, une élite formée pour servir un système économique verrouillé.

Le problème n’est pas tant le manque de moyens que leur mauvaise allocation. L’Algérie dépense 5 % de son PIB dans l’éducation, un chiffre respectable, mais une grande partie de ce budget part en salaires de fonctionnaires et en subventions inefficaces. Les universités algériennes sont devenues des parkings à diplômés : on y entre par défaut, on en sort sans compétences, et on se retrouve au chômage ou contraint à l’exil.

La solution ? Une réforme en profondeur, qui passerait par :
1. Une orientation plus précoce, pour éviter l’engorgement des filières non professionnalisantes.
2. Un partenariat avec le secteur privé, pour adapter les formations aux besoins du marché.
3. Une autonomie accrue des universités, pour qu’elles puissent innover et attirer des financements extérieurs.

Mais ces réformes se heurtent à deux obstacles majeurs : d’abord, la résistance des syndicats étudiants, qui voient dans toute réforme une menace pour leurs acquis ; ensuite, la méfiance du pouvoir, qui craint que des universités autonomes ne deviennent des foyers de contestation.

Les universités algériennes sont donc un microcosme des blocages du pays : un système conçu pour contrôler plutôt que pour émanciper.

**La diaspora algérienne : une richesse dilapidée**

Les Algériens de l’étranger représentent une manne financière (plus de 2 milliards de dollars de transferts annuels) et un pont culturel vers l’Europe et l’Amérique. Pourtant, cette diaspora est à la fois courtisée et méprisée par le pouvoir.

D’un côté, l’État algérien tente de la mobiliser, comme en témoigne la création du Centre d’hébergement nord-africain à Marseille et Lille. De l’autre, il la traite avec suspicion, comme en témoignent les tracasseries administratives pour les binationaux ou les restrictions sur les investissements étrangers.

Le cas des États-Unis est révélateur : des travailleurs algériens, souvent hautement qualifiés, peinent à se loger dans des villes comme New York ou San Francisco, où la crise immobilière frappe de plein fouet. Cette précarité contraste avec le discours officiel, qui présente la diaspora comme une élite triomphante.

La diaspora algérienne est donc un miroir des contradictions du pays : une force économique et culturelle, mais une menace politique aux yeux d’un pouvoir qui craint toute influence extérieure.

**Le métro d’Alger : symbole d’une modernité inachevée**

L’extension du métro d’Alger vers l’aéroport et Baraki est présentée comme un fleuron de la modernisation du pays. Pourtant, ce projet illustre les limites d’une approche infrastructurale du développement.

D’abord, parce que le métro algérois est un miracle technique, mais un échec social. Les lignes sont sous-utilisées, car les tarifs restent élevés pour une grande partie de la population, et les correspondances avec les bus sont mal organisées. Résultat : les Algérois continuent de privilégier la voiture, aggravant les embouteillages.

Ensuite, parce que cette modernisation est déséquilibrée. Le métro ne dessert que la capitale, alors que les villes de l’intérieur (Oran, Constantine, Annaba) restent à l’écart des grands projets. Cette centralisation renforce les inégalités territoriales et alimente le ressentiment des régions.

Enfin, parce que le métro est un projet politique, plus qu’un projet de société. Il sert à montrer que l’Algérie « avance », alors que les problèmes de fond (chômage, corruption, inégalités) restent sans réponse.

**Le métro

Laisser un commentaire