Revue de presse : Défense nationale Algérie, Irrigation Algérie, Entrepreneuriat Algérie…

**L’Algérie dans le miroir brisé de ses contradictions**

À bien y regarder, ces dix domaines d’actualité ne sont que les symptômes d’une même maladie : celle d’un pays en quête d’un nouveau contrat social, où la modernisation économique se heurte aux rigidités d’un système politique encore marqué par le réflexe sécuritaire, et où la fierté nationale se mêle à une angoisse existentielle face à l’avenir.

**L’IA, ou l’illusion d’une souveraineté par l’innovation**

Les start-ups africaines lèvent des milliards (3,9 en 2025), mais combien de ces fonds iront vers l’Algérie ? Le pays brille par son absence dans les classements continentaux, malgré des initiatives comme Lab Innova for Africa. Pourquoi ? Parce que l’écosystème algérien souffre d’un mal chronique : la méfiance de l’État envers les acteurs privés. Les banques, comme en témoigne la campagne de collecte du NIN (Numéro d’Identification Nationale) par Sonelgaz, restent des outils de surveillance autant que de financement. Comment innover quand chaque transaction est potentiellement traçable, chaque donnée susceptible d’être exploitée à des fins politiques ?

L’IA algérienne est donc un miroir aux alouettes : elle promet une souveraineté technologique, mais elle risque de reproduire les mêmes schémas de dépendance (aux partenariats étrangers, comme celui d’Algérie Télécom avec des acteurs suisses) et de contrôle étatique. Le vrai défi n’est pas technique, mais politique : osera-t-on libérer les énergies entrepreneuriales, ou préférera-t-on les encadrer, au risque de les étouffer ?

**L’eau et la terre : la guerre des ressources, nouveau front intérieur**

Le cas du Haouz de Marrakech, évoqué dans les débats, est révélateur. L’Algérie regarde avec méfiance (et une pointe de jalousie) les solutions marocaines, comme le plan Agadir pour atténuer le déficit hydrique. Pourtant, les deux pays font face aux mêmes défis : désertification, surexploitation des nappes phréatiques, et pression démographique. La différence ? Le Maroc a su, malgré ses tensions internes, développer une approche intégrée, mêlant barrages, dessalement et réutilisation des eaux usées. L’Algérie, elle, reste prisonnière de ses divisions : entre modernisateurs et conservateurs, entre centralisateurs et régionalistes.

Cette guerre de l’eau n’est pas qu’une question technique. Elle est politique. Elle révèle les fractures d’un pays où l’État, incapable de garantir une distribution équitable des ressources, se retrouve accusé de favoriser certaines régions (comme le Sud, avec ses projets touristiques comme Timimoun) au détriment d’autres. La crise hydrique est ainsi le révélateur d’une crise plus profonde : celle d’un modèle de développement inégalitaire, où les richesses (pétrole, gaz, terres fertiles) sont concentrées entre les mains d’une élite, tandis que le reste de la population subit les pénuries.

**Maroc-Algérie : la paix impossible, la guerre improbable**

Côté algérien, la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) est accusée de « recyclage d’espions », un euphémisme pour désigner les purges internes qui secouent le régime. Ces règlements de comptes ne sont pas anodins : ils trahissent une paranoïa croissante face aux menaces extérieures (le Maroc) et intérieures (les mouvements autonomistes, les islamistes, les libéraux). L’Algérie, qui a toujours fonctionné sur le mode du complot (réel ou imaginaire), voit dans chaque crise une tentative de déstabilisation.

Pourtant, derrière cette rhétorique guerrière, les deux pays ont un intérêt commun : éviter l’effondrement. Le pacte stratégique Alger-Rome sur les énergies renouvelables en est la preuve. L’Italie, qui cherche à réduire sa dépendance au gaz russe, mise sur l’Algérie comme fournisseur alternatif. Le Maroc, lui, regarde vers l’Afrique subsaharienne, où il étend son influence via des fonds souverains. La realpolitik l’emporte sur les querelles idéologiques : l’Algérie et le Maroc sont condamnés à coexister, même si leur rivalité structurelle empêche toute réconciliation durable.

**Patrimoine et identité : entre nostalgie et réinvention**

D’un côté, il y a une volonté sincère de préserver une mémoire menacée : celle des demeures coloniales transformées, des traditions culinaires (comme les menus de l’Aïd el-Fitr), ou des rites kabyles. Timimoun, l’ »Oasis Rouge », devient une destination touristique prisée, symbole d’un Sud algérien qui se réapproprie son histoire. De l’autre, cette célébration du patrimoine sert aussi à masquer les fractures contemporaines. Le régime algérien, qui a toujours eu du mal à construire un récit national unifié, utilise la culture comme un ciment identitaire. Mais cette culture est-elle vraiment inclusive ? Les Berbères, les Arabes, les descendants d’esclaves, les Algériens d’origine européenne se reconnaissent-ils dans ce récit ?

La gastronomie, par exemple, est un terrain miné. Le célèbre chef franco-algérien qui ouvre un restaurant de poulet frit à Paris incarne cette Algérie diasporique, décomplexée, qui revendique ses racines sans se laisser enfermer dans des catégories ethniques ou religieuses. Mais en Algérie même, les mariages kabyles, avec leurs « rites et coutumes », sont souvent présentés comme des modèles de « simplicité et de respect des traditions » – une façon subtile de rappeler que certaines identités sont plus légitimes que d’autres.

Le patrimoine algérien est donc à la fois un refuge et un champ de bataille. Il permet de résister à l’uniformisation culturelle, mais il peut aussi servir à exclure ceux qui ne rentrent pas dans le moule.

**L’industrie et la finance : le grand bond en arrière ?**

Le cas de Sonelgaz, qui lance une campagne de collecte du NIN, est emblématique. Au lieu de moderniser son système bancaire pour faciliter l’accès au crédit, l’État algérien préfère renforcer son contrôle sur les citoyens. Résultat : les entrepreneurs algériens se tournent vers l’étranger (comme en témoigne le succès des start-ups africaines, où l’Algérie est sous-représentée), tandis que les cyberattaques (comme celle contre ManoMano ou Darty) révèlent la vulnérabilité des infrastructures locales.

L’industrie algérienne est donc prise dans un cercle vicieux : pour se développer, elle a besoin de capitaux privés, mais l’État, méfiant, préfère garder la mainmise sur l’économie. Les partenariats avec des acteurs étrangers (comme le pacte Alger-Rome) sont des pis-aller, pas des solutions durables. Tant que l’Algérie ne réformera pas son système financier et ne libérera pas son potentiel entrepreneurial, elle restera un géant aux pieds d’argile.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. La tentation autoritaire : L’État algérien, échaudé par les printemps arabes et les mouvements de protestation (Hirak), renforce son contrôle sur la société. L’IA, la cybersécurité, la collecte des données (NIN) sont autant d’outils de surveillance qui risquent de brider les libertés plutôt que de stimuler l’innovation.
2. La quête de souveraineté : Face aux défis climatiques (stress hydrique) et géopolitiques (rivalité avec le Maroc), l’Algérie cherche à s’affirmer comme une puissance régionale. Les partenariats avec l’Italie ou

Laisser un commentaire