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**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan en costume trois-pièces**
L’Algérie contemporaine ressemble à ces athlètes qui, au moment de sauter, hésitent entre le record et la chute. Les dix fils d’actualité qui traversent ce pays en juillet 2025 dessinent une carte en tension permanente : ici, une autoroute chinoise fend le désert comme une veine de progrès ; là, des détenus d’opinion attendent leur énième procès sous les néons d’un tribunal fantôme. Entre la 5G qui « propulse les débits » et les ONG qui dénoncent l’esclavage dans les camps de Tindouf, l’Algérie oscille entre deux temporalités. Celle, frénétique, d’un État qui mise sur les infrastructures et la technologie pour se projeter dans le XXIe siècle ; et celle, étouffante, d’un système politique qui verrouille les libertés au nom d’une stabilité devenue dogme.
Cette schizophrénie n’est pas nouvelle. Elle est même consubstantielle à l’Algérie postcoloniale, ce pays où le béton et les barbelés cohabitent depuis soixante ans. Mais en 2025, la contradiction prend une tournure presque métaphysique : comment concilier une jeunesse avide de connexion (la 5G, les masters en design urbain, les médailles olympiques) et un appareil sécuritaire qui traite encore la dissidence comme une maladie contagieuse ? Comment célébrer les exploits des athlètes algériens à la CAN ou aux Mondiaux d’athlétisme tout en fermant les yeux sur les procès politiques qui, eux aussi, se déroulent sous les projecteurs – mais ceux, moins glorieux, des salles d’audience ?
La réponse tient peut-être dans ce que Frédéric Lordon appellerait une « stratégie de l’écart » : l’Algérie avance en créant des bulles de modernité (les autoroutes, la fibre, les universités) tout en maintenant des zones d’ombre où le passé colonial et les réflexes autoritaires continuent de régner. Mais jusqu’à quand ce grand écart peut-il tenir ?
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**LE PROGRÈS COMME ALIBI : L’INFRASTRUCTURE CONTRE LA LIBERTÉ ?**
**Autoroutes et sandwiches : le capitalisme de bord de route**
Cette dichotomie entre macro et micro se retrouve partout. La 5G est présentée comme une révolution, mais qui en profitera vraiment ? Les opérateurs historiques, les élites connectées, ou les millions d’Algériens qui, faute d’accès à un logement décent, se rabattent sur des solutions informelles ? La fibre optique et les masters en design urbain sont des avancées réelles, mais elles ne masqueront pas longtemps l’absence de libertés fondamentales. Comme le disait Vergès, « la justice est un théâtre » – et en Algérie, le théâtre des infrastructures sert souvent de décor à une pièce où les droits de l’homme sont relégués au rang de figurants.
**L’université algérienne : entre excellence et assignation à résidence**
Pourtant, les universités algériennes résistent. Le nouveau master en design et environnement urbain à Constantine est une preuve que le pays peut former des élites compétentes, capables de penser la ville de demain. Mais à quoi bon former des urbanistes si les projets qu’ils conçoivent sont ensuite phagocytés par la corruption ou les logiques clientélistes ? À quoi bon briller en mathématiques si les diplômés finissent par quitter le pays, faute de perspectives ?
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**LE GAZ, LES MIGRANTS ET LA GRANDE ILLUSION ÉCONOMIQUE**
**L’Algérie, "plan B" de qui ?**
Cette vulnérabilité est d’autant plus criante que l’Algérie joue un rôle clé dans la gestion des flux migratoires vers l’Europe. Les dispositifs d’aide au retour de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) et les débats sur la retraite proportionnelle pour les Algériens de l’étranger montrent à quel point le pays est pris en étau : d’un côté, il a besoin des devises envoyées par sa diaspora ; de l’autre, il doit gérer les pressions européennes pour endiguer les migrations. Résultat ? Une politique schizophrène, où l’on célèbre les succès des Algériens à l’étranger (en sport, en science, en économie) tout en les traitant comme une variable d’ajustement quand ils deviennent encombrants.
**La sécurité alimentaire : entre innovation et dépendance**
La crise du blé est symptomatique. En 2025, l’Algérie importe encore 70 % de ses besoins en céréales, alors qu’elle dispose de terres arables et d’un potentiel hydrique sous-exploité. Pourquoi ? Parce que les logiques de rente (pétrole, gaz) ont étouffé les autres secteurs, et parce que les élites préfèrent importer plutôt que de risquer une réforme qui menacerait leurs intérêts. Comme le disait Lordon, « le capitalisme est un système qui externalise ses coûts » – et en Algérie, ce sont les paysans, les consommateurs et les générations futures qui paient la facture.
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**JUSTICE, DIASPORA ET SPORT : LES TROIS VISAGES DE L’ALGÉRIE**
**La justice algérienne : entre procès politiques et déni d’esclavage**
D’un côté, l’État algérien se présente comme un rempart contre le terrorisme et l’instabilité régionale. De l’autre, il tolère – ou ignore – des pratiques qui relèvent du travail forcé, voire de l’esclavage moderne. Cette hypocrisie n’est pas propre à l’Algérie : elle est le lot de tous les régimes autoritaires qui, pour se légitimer, mettent en avant leur rôle de stabilisateurs tout en fermant les yeux sur les violations des droits de l’homme sur leur propre sol.
La réponse des ONG sahraouies, qui critiquent le rapport d’Amnesty International, est révélatrice. Elle montre que la question des camps de Tindouf est devenue un enjeu de propagande, où la vérité se noie dans les accusations croisées. Mais au-delà des polémiques, une chose est sûre : tant que l’Algérie refusera de reconnaître ces problèmes, elle restera prisonnière de son propre récit.
**La diaspora : une richesse sous-exploitée**
Pourtant, la diaspora pourrait être un levier de développement majeur. En science, en sport, en économie, les Algériens de l’étranger réussissent souvent là où le pays échoue. Mais pour les attirer, il faudrait leur offrir plus que des discours : des garanties juridiques, des opportunités économiques, une vraie reconnaissance. Or, aujourd’hui, l’Algérie préfère les traiter comme une source de devises plutôt que comme des partenaires à part entière.