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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : un État en tension permanente**
L’Algérie de 2025 se présente comme un pays en équilibre précaire, où les dynamiques internes et externes s’entrechoquent dans un ballet aussi complexe qu’instable. Les actualités des dix derniers jours dessinent le portrait d’un système politique verrouillé, obsédé par le contrôle – des corps, des esprits, des flux économiques –, mais dont les fondations se lézardent sous le poids de ses propres incohérences. Entre répression ciblée et tentatives de modernisation sélective, entre diplomatie énergétique ambitieuse et isolement croissant sur la scène des droits humains, le pays semble pris dans une logique de survie autoritaire, où chaque réforme, chaque arrestation, chaque discours officiel répond à une même obsession : éviter l’effritement du pouvoir.
Pourtant, derrière cette façade de stabilité, les signaux d’une société en ébullition sont multiples. La jeunesse, les femmes, les artistes, les entrepreneurs locaux et même une partie de l’élite économique expriment, par des voies détournées, une aspiration au changement qui contredit frontalement le récit officiel. L’Algérie n’est pas en crise ouverte, mais en crise larvée, où les lignes de fracture s’élargissent sans que personne ne sache encore par où passera la rupture.
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**La machine répressive : corruption, justice et instrumentalisation du droit**
L’affaire Mahieddine Tahkout, l’homme d’affaires condamné à 16 ans de prison, est emblématique d’un système judiciaire algérien qui oscille entre lutte contre la corruption et purge politique. Tahkout, autrefois proche du pouvoir, incarne cette bourgeoisie d’affaires née dans le sillage des privatisations des années 2000 et aujourd’hui sacrifiée sur l’autel de la moralisation – un terme qui, en Algérie, sert souvent de paravent à des règlements de comptes internes. Son procès, comme ceux du maire d’El Biar ou de l’ex-patron du football, révèle une justice sélective : elle frappe les figures devenues encombrantes, mais épargne les véritables détenteurs du pouvoir économique, souvent liés aux cercles militaires ou aux clans influents.
Cette sélectivité n’est pas un hasard. Elle répond à une logique de divide et impera : en ciblant quelques boucs émissaires, le régime donne l’illusion d’une lutte contre la corruption tout en préservant les structures qui la rendent possible. Le message est clair : personne n’est intouchable… sauf ceux qui comptent vraiment. Cette stratégie, efficace à court terme, est pourtant dangereuse à long terme. En discréditant systématiquement les élites économiques et politiques, l’État algérien sape les bases mêmes de sa propre légitimité. Qui voudra encore investir, innover ou s’engager dans la vie publique si le risque de tomber en disgrâce est permanent ?
La question n’est pas tant de savoir si ces condamnations sont justes, mais de comprendre pourquoi elles interviennent maintenant. La réponse tient peut-être dans la crise économique qui se profile : avec la baisse des revenus pétroliers et la pression démographique, le régime a besoin de boucs émissaires pour détourner l’attention. La corruption, réelle, devient ainsi un outil de gouvernance.
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**Femmes et tabous : quand l’Algérie regarde ailleurs**
Parmi les actualités récentes, celles concernant la ménopause en France et en Europe semblent à première vue déconnectées des réalités algériennes. Pourtant, elles révèlent, par contraste, l’un des grands non-dits de la société algérienne : l’invisibilisation systématique des femmes après 50 ans. En Algérie, la ménopause n’est pas seulement un tabou médical – elle est un tabou social. Les femmes y sont réduites à leur fonction reproductive, puis reléguées dans l’ombre une fois cette fonction terminée. Les rares prises en charge existantes sont le fait d’initiatives individuelles, jamais d’une politique publique.
Ce silence n’est pas anodin. Il reflète une société qui, malgré ses discours modernistes, reste profondément patriarcale. Les femmes algériennes sont célébrées tant qu’elles incarnent la mère ou la jeune militante (comme lors du Hirak), mais dès qu’elles sortent de ces rôles assignés – en revendiquant leur sexualité, leur santé ou leur autonomie économique –, elles deviennent une menace. Le cas des artistes comme IWAL, harcelées pour leur liberté de ton, en est une illustration.
Pourtant, quelque chose est en train de bouger. Les réseaux sociaux, malgré la censure, permettent à des voix féminines de s’exprimer. Des collectifs émergent, des débats ont lieu. La question n’est plus de savoir si le tabou sera brisé, mais quand. Et surtout, à quel prix. Car en Algérie, toute avancée sociale se paie en répression.
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**Numérique et artisanat : les deux visages de l’économie algérienne**
Le secteur des télécommunications illustre à lui seul les contradictions de la stratégie économique algérienne. D’un côté, la réduction des droits de douane sur les smartphones (passés de 17,5% à 2,5%) semble une mesure libérale, destinée à stimuler l’accès au numérique. De l’autre, le débat sur une taxe contre les géants du Net (GAFAM) révèle une méfiance persistante envers les acteurs étrangers, perçus comme une menace pour la souveraineté économique.
Cette schizophrénie est symptomatique. L’Algérie veut moderniser son économie, mais sans en payer le prix politique. Elle ouvre certains secteurs (comme le numérique) pour attirer les investissements, tout en verrouillant d’autres (comme l’artisanat) par peur de la concurrence. Résultat : le pays reste prisonnier d’un modèle hybride, ni tout à fait libéral, ni tout à fait étatique.
L’artisanat, justement, est un cas d’école. Secteur traditionnel par excellence, il est à la fois célébré comme symbole de l’identité algérienne et négligé en tant que levier de développement. Les marchés de Noël en Sarthe (France) ou les circuits touristiques en Tunisie montrent que l’artisanat peut être un vecteur d’exportation et de création d’emplois. Pourtant, en Algérie, il reste marginalisé, faute de politiques publiques ambitieuses. Pourquoi ? Parce que le régime préfère investir dans des mégaprojets (comme le gazoduc transsaharien) plutôt que dans des filières locales, moins visibles mais plus résilientes.
Cette préférence pour le grand spectacle au détriment du travail de fond est une constante de la gouvernance algérienne. Elle explique pourquoi le pays, malgré ses ressources, peine à diversifier son économie.
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**Culture et répression : la musique comme champ de bataille**
L’arrestation de l’écrivain et poète Allas Di Tlelli à la veille du Nouvel An, ou le harcèlement subi par le couple d’artistes IWAL, ne sont pas des faits divers. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large de contrôle des imaginaires. En Algérie, la culture n’est pas un loisir : c’est un enjeu de pouvoir.
Lounis Aït Menguellet, figure tutélaire de la chanson kabyle, incarne cette tension. Son œuvre, à la fois poétique et politique, est tolérée parce qu’elle s’inscrit dans une tradition acceptable – celle d’une contestation culturelle, pas systémique. Mais dès qu’un artiste sort de ce cadre (comme IWAL, qui aborde des thèmes comme l’homosexualité ou la liberté sexuelle), la répression s’abat.
Cette logique n’est pas nouvelle. Depuis l’indépendance, l’État algérien a toujours cherché à instrumentaliser la culture à des fins de légitimation. Le problème, c’est que cette stratégie se heurte aujourd’hui à une jeunesse connectée, qui ne se reconnaît plus dans les récits officiels. Les réseaux sociaux, malgré la censure, permettent une circulation des idées et des formes d’expression qui échappent au contrôle de l’État.
La question n’est donc plus de savoir si la culture algérienne va se libérer, mais comment. Les artistes en exil (comme IWAL) ou ceux qui résistent sur place (comme Allas Di Tlelli) tracent les contours d’une contre-culture qui, tôt ou tard, finira par percer.
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**Eau et éducation : les deux défis existentiels**
L’Algérie est un pays en stress hydrique permanent. Les prévisions pour l’été 2026 sont alarmantes : pénuries, rationnements, tensions sociales. Pourtant, malgré l’urgence, les solutions proposées restent technocratiques (construction de barrages, dessalement) et non structurelles (gestion durable des ressources, sensibilisation). Pourquoi ? Parce que reconnaître l’ampleur de la crise reviendrait à admettre l’échec des politiques menées depuis des décennies.
Le même constat s’applique à l’éducation. Les conventions signées avec le Tchad ou les réformes annoncées dans l’enseignement professionnel répondent à une logique de rattrapage plutôt que de transformation. L’Algérie forme des techniciens pour l’économie numérique, mais ne se donne pas les moyens de créer un écosystème innovant. Résultat : les diplômés partent (quand ils le peuvent), et ceux qui restent sont condamnés à un chômage de masse.
Ces deux défis – eau et éducation – sont existentiels. Ils déterminent l’avenir du pays. Pourtant, le régime semble incapable d’y répondre autrement que par des mesures cosmétiques. Pourquoi ? Parce que les solutions réelles (décentralisation, participation citoyenne, investissements massifs dans la recherche) remettraient en cause les équilibres de pouvoir.
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**Diplomatie énergétique et isolement international : l’Algérie entre deux feux**
La politique étrangère algérienne est un mélange de réalisme cynique et de défiance systématique. D’un côté, le pays se présente comme un acteur clé de la stabilité régionale (médiation au Mali, gazoduc vers l’Europe). De l’autre, il multiplie les provocations (fermeture du gazoduc vers l’Espagne, réaction tardive sur le Moyen-Orient), au risque de s’isoler.
Cette ambiguïté s’explique par une tension fondamentale : l’Algérie veut jouer dans la cour des grands, mais sans en payer le prix (démocratie, respect des droits humains). Résultat : elle est courtisée pour son gaz, mais méprisée pour son autoritarisme.
Le cas du gazoduc fermé vers l’Espagne est révélateur. Officiellement, c’est une mesure de rétorsion contre le Maroc. En réalité, c’est une erreur stratégique. En coupant l’approvisionnement, l’Algérie a affaibli sa position en Europe, où les pays cherchent désormais des alternatives (États-Unis, Norvège). Pire : elle a donné des arguments à ceux qui, à Bruxelles, voient l’Algérie comme un partenaire peu fiable.
Cette diplomatie du *