Revue de presse : Algérie Afrique subsaharienne, Artisanat algérien, Relations Algérie Maroc…

**L’Algérie face à son miroir : entre mémoire et métamorphose**

L’Algérie contemporaine se débat dans un paradoxe fondateur : celui d’une nation dont l’identité se construit autant par la fidélité à ses racines que par l’urgence de s’en affranchir. Les actualités des dix derniers jours dessinent une cartographie où se croisent, s’affrontent et parfois se réconcilient les impératifs de la modernité et les résistances du passé. Ce n’est pas un hasard si les thèmes de l’énergie, de l’artisanat, de la diplomatie ou de la recherche scientifique s’entrelacent comme les fils d’un même tissu – celui d’un pays qui cherche à transformer ses atouts en leviers de puissance, tout en luttant contre les inerties d’un système où l’État, l’armée et les élites économiques jouent une partition à plusieurs voix, souvent dissonantes.

Derrière les annonces officielles, les salons diplomatiques ou les innovations technologiques, se cache une question centrale : l’Algérie peut-elle concilier souveraineté économique, stabilité sociale et projection géopolitique sans sacrifier ni son héritage culturel ni les aspirations d’une jeunesse de plus en plus connectée au monde ? Pour y répondre, il faut décrypter les dynamiques à l’œuvre, en traquant les contradictions qui structurent – et parfois étouffent – le pays.

**L’ÉNERGIE, OU L’ILLUSION D’UNE PUISSANCE PERPÉTUELLE**

L’Algérie reste, avant tout, un pays pétrolier et gazier. Les récentes discussions sur la transition énergétique européenne, le prix subventionné du carburant (0,06 € le litre) ou la chaîne de valeur du gaz naturel révèlent une réalité à double tranchant. D’un côté, le pays dispose d’un levier majeur pour négocier sa place dans un monde en crise énergétique. De l’autre, cette dépendance aux hydrocarbures est une épée de Damoclès : les subventions massives, bien que socialement indispensables, creusent un déficit budgétaire abyssal et reportent sine die les investissements dans les énergies renouvelables.

La méthode algérienne – vendre du gaz à l’Europe tout en maintenant un prix du carburant artificiellement bas – est un tour de force politique, mais aussi une bombe à retardement économique. Comment financer la transition verte quand l’État consacre près de 15 % de son budget à subventionner l’essence ? La réponse se niche peut-être dans les projets de diversification, mais ceux-ci peinent à émerger. Le gaz, aujourd’hui atout, pourrait devenir demain un fardeau si l’Algérie ne parvient pas à en faire un tremplin vers d’autres secteurs – comme la pétrochimie ou les énergies vertes –, plutôt qu’une rente éternelle.

**ARTISANAT ET LUXE : LA RENAISSANCE D’UN SAVOIR-FAIRE, ENTRE FOLKLORE ET STRATÉGIE GLOBALE**

Le premier Salon du patrimoine algérien à Lyon, organisé par le consul général, et les cursus « cousus main » des maisons de luxe françaises pour former leurs recrues algériennes révèlent une tendance lourde : l’artisanat algérien n’est plus seulement un vestige du passé, mais un secteur en pleine réinvention. Le paradoxe ? Ce savoir-faire ancestral est aujourd’hui courtisé par les mêmes acteurs qui, hier, le méprisaient – ou le folklorisaient.

Les jeunes générations algériennes, souvent perçues comme déconnectées de leurs traditions, sont en réalité en train de réinventer ce patrimoine. Le burnous et la kachabiya, loin de disparaître, deviennent des objets de désir pour une élite internationale en quête d’authenticité. Mais cette reconnaissance pose une question cruciale : l’Algérie saura-t-elle transformer cette manne culturelle en industrie créative, comme l’ont fait le Maroc avec le cuir ou la Tunisie avec la céramique ? Ou bien ces savoir-faire resteront-ils cantonnés à des niches, exploités par des marques étrangères sans que le pays n’en tire pleinement profit ?

La réponse dépendra de la capacité des institutions à structurer une filière, à former des artisans-entrepreneurs et à intégrer ces métiers dans une économie de la connaissance. Car l’artisanat, aujourd’hui célébré, pourrait bien être demain le socle d’une industrie du luxe « made in Algeria » – à condition de ne pas en faire un simple argument touristique.

**ALGÉRIE-MAROC : LA GUERRE DES NARRATIFS, OU COMMENT LES MÉDIAS DEVIENNENT DES ARMES**

Les relations entre Alger et Rabat oscillent entre escalade militaire et guerre médiatique. Les dernières polémiques autour de l’affaire Epstein, des attaques émiraties contre l’Algérie ou des déclarations sur une possible « guerre évitée » montrent que le conflit n’est plus seulement territorial, mais aussi informationnel. Chaque scandale international devient un prétexte pour alimenter la machine à propagande, transformant les médias en champs de bataille.

Cette guerre des récits révèle une vérité plus profonde : l’Algérie et le Maroc ne se battent pas seulement pour le Sahara occidental, mais pour le leadership régional. L’Algérie mise sur son rôle de médiateur (au Mali, en Libye) et sur son alliance avec la Russie et la Chine, tandis que le Maroc joue la carte de l’Occident et des Émirats, avec le soutien discret d’Israël. Dans ce jeu, les médias ne sont pas neutres : TSA (Tout Sur l’Algérie) ou Le360 (pro-marocain) deviennent des outils de soft power, où chaque article est une munition.

Pourtant, derrière cette rivalité se cache une opportunité manquée : celle d’une intégration maghrébine qui profiterait aux deux pays. Les économies algérienne et marocaine sont complémentaires – l’une riche en énergie, l’autre en infrastructures et en agriculture. Mais tant que la méfiance l’emportera sur la coopération, le Maghreb restera une région fragmentée, vulnérable aux ingérences extérieures.

**ÉDUCATION ET HANDICAP : L’INCLUSION, MIROIR DES FRACTURES SOCIALES**

L’Algérie a fait des progrès notables en matière d’éducation inclusive, comme en témoigne la brochure sur l’école et le handicap. Pourtant, le lancement de l’initiative « École Ouverte » au Maroc pour les enfants en situation de handicap rappelle que le pays reste à la traîne sur ce sujet. La question n’est pas seulement technique, mais systémique : comment inclure les personnes handicapées dans une société où l’accès aux soins, aux transports et à l’emploi reste un parcours du combattant ?

L’héritage des Jeux Paralympiques de Paris 2024 pourrait servir de catalyseur, mais il faudra bien plus que des symboles. L’Algérie doit repenser son modèle éducatif, trop souvent centré sur la performance académique au détriment de la diversité. Les écoles spécialisées existent, mais elles sont sous-financées et marginalisées. Or, une société qui exclut ses membres les plus vulnérables est une société qui se prive de talents – et qui perpétue les inégalités.

**SCIENCE ET AGRICULTURE : L’INNOVATION COMME BOUÉE DE SAUVETAGE**

Face aux défis climatiques et alimentaires, l’Algérie mise sur l’AgriTech et la recherche scientifique. Les initiatives pour développer des systèmes alimentaires résilients, comme celles encouragées au Sénégal, montrent que le pays prend conscience de l’urgence. Pourtant, le contraste est saisissant entre les discours sur l’innovation et la réalité d’un secteur agricole encore largement dépendant des importations.

La clé ? Une meilleure articulation entre recherche publique et secteur privé. Aujourd’hui, les laboratoires algériens produisent des travaux de qualité, mais ceux-ci peinent à être industrialisés. Les partenariats avec l’Espagne ou d’autres pays européens pourraient accélérer cette transition, à condition que l’Algérie ne se contente pas de vendre ses matières premières, mais développe aussi des filières à haute valeur ajoutée.

**DIVERSIFICATION ÉCONOMIQUE : LES PORTS, SYMBOLE D’UNE AMBITION INACHEVÉE**

Le plan national pour l’extension des ports algériens illustre une volonté de faire du pays un hub logistique régional. Mais là encore, la réalité est plus complexe. La Tunisie mise déjà sur les travaux sous-marins pour former sa jeunesse, tandis que l’Algérie tarde à moderniser ses infrastructures. Les ports de Djen Djen ou d’Oran pourraient devenir des plaques tournantes du commerce méditerranéen, mais ils souffrent de bureaucratie, de corruption et d’un manque d’investissements étrangers.

La formation professionnelle, évoquée lors d’une récente journée d’étude, est un autre maillon faible. Comment attirer des investisseurs si le pays ne forme pas les compétences nécessaires ? L’Algérie a les moyens de devenir un acteur clé de la logistique en Afrique, mais elle doit d’abord régler ses problèmes structurels – et accepter que la diversification passe par une libéralisation contrôlée de son économie.

**GÉOPOLITIQUE : LA CHINE, NOUVELLE MAÎTRESSE DU JEU MAGHRÉBIN**

La Chine déploie massivement ses infrastructures spatiales et commerciales en Afrique, et le Maghreb n’échappe pas à cette stratégie. Pour Pékin, l’Algérie est un partenaire clé, tant pour ses ressources énergétiques que pour sa position géostratégique. Mais cette relation est à double tranchant : si la Chine apporte des financements et des technologies, elle impose aussi ses règles, souvent peu transparentes.

L’Algérie doit-elle devenir un satellite de Pékin, comme elle le fut de Moscou pendant la guerre froide ? Ou peut-elle négocier un partenariat équilibré, en diversifiant ses alliances (avec l’Union européenne, les États-Unis ou les pays du Golfe) ? La réponse dépendra de sa capacité à jouer un rôle autonome sur la scène internationale – ce qui suppose de régler d’abord ses problèmes internes.

**DIPLOMATIE : LE MALI, TEST POUR UNE NOUVELLE STRATÉGIE AFRICAINE**

Le réchauffement des relations entre l’Algérie et le Mali pourrait marquer un tournant dans la diplomatie algérienne. Après 25 ans de médiation, Alger semble enfin prêt à jouer un rôle actif en Afrique subsaharienne, en misant sur son expérience dans la lutte contre le terrorisme et sur ses liens historiques avec les mouvements de libération.

Mais cette ambition se heurte à deux obstacles : d’abord, la méfiance des autres puissances régionales (Maroc, France, Russie) ; ensuite, la fragilité interne de l’Algérie, qui peine à stabiliser sa propre économie. Si Alger veut devenir un acteur clé en Afrique, elle doit d’abord prouver qu’elle peut être un partenaire fiable – ce qui passe par une réforme en profondeur de son système politique

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