Revue de presse : 5G Algérie, Justice Algérie, Urbanisme Algérie…

**L’Algérie face à son miroir brisé : entre modernisation et inerties**

Le fil rouge qui traverse ces dix domaines ? Une crise de souveraineté – économique, technologique, judiciaire – qui se manifeste par des avancées timides, des reculs stratégiques et des contradictions flagrantes. L’Algérie oscille entre l’affirmation d’une autonomie retrouvée et la soumission aux mêmes mécanismes qui l’ont maintenue dans une dépendance durable. Pour comprendre cette dynamique, il faut dépasser l’analyse sectorielle et saisir les interconnexions profondes entre justice, urbanisme, diaspora et investissements étrangers.

**La 5G et le fantôme de la dépendance technologique**

Pourtant, cette dépendance technologique n’est pas une fatalité. Elle révèle une stratégie de substitution aux importations qui reste incomplète : l’Algérie importe des vaches laitières des États-Unis (une aberration pour un pays aux vastes terres agricoles) tout en développant des filières locales comme celle de l’argan. Pourquoi importer des technologies étrangères quand on pourrait les produire localement ? La réponse tient en un mot : la rente. L’État préfère acheter des solutions clés en main plutôt que d’investir dans la recherche et l’innovation, perpétuant ainsi un modèle extractiviste où la technologie, comme le pétrole, est une ressource à consommer, pas à créer.

**Justice et corruption : le théâtre des illusions**

Le « grand chantier anticorruption » annoncé par les autorités a-t-il un mode d’emploi ? Oui, mais c’est celui de la sélectivité. La justice algérienne frappe les petits corrompus, épargne les grands prédateurs, et instrumentalise les procès pour des règlements de comptes politiques. La corruption n’est pas un dysfonctionnement du système : elle en est le carburant. Tant que l’économie restera dépendante des rentes (pétrole, importations, immobilier), les réseaux clientélistes prospéreront, et les Khelil de ce monde continueront de naviguer entre l’exil doré et le retour triomphal.

Cette impunité a un coût : elle sape la confiance dans les institutions et décourage l’investissement étranger. Comment attirer des capitaux quand les règles du jeu sont à ce point imprévisibles ? Le contraste est saisissant avec le Maroc, où les IDE chinois ont bondi de 150% en 2024. L’Algérie, elle, reste prisonnière de son image : un pays où les contrats se signent dans l’ombre, pas dans la transparence.

**Urbanisme et agriculture : la ville contre la terre**

Le cas du Groupe Soummam, qui vise à produire 90% de ses besoins en poudre de lait localement, est révélateur. Pourquoi un tel projet n’a-t-il pas été lancé il y a vingt ans ? Parce que l’Algérie a préféré importer plutôt que de structurer sa filière laitière. Aujourd’hui, la prise de conscience est tardive, et les solutions proposées – agriculture urbaine, micro-entreprises – sont des rustines sur une économie qui reste fondamentalement dépendante des importations.

Cette dépendance est d’autant plus absurde que l’Algérie dispose d’atouts majeurs : des terres fertiles, une main-d’œuvre agricole sous-employée, un marché intérieur colossal. Mais le modèle économique algérien, centré sur la rente pétrolière, a toujours considéré l’agriculture comme une variable d’ajustement, pas comme un secteur stratégique. Résultat : le pays importe ce qu’il pourrait produire, et gaspille ses ressources naturelles au lieu de les valoriser.

**Logement et immobilier : la spéculation comme politique publique**

Pourquoi cette schizophrénie ? Parce que l’immobilier est devenu, depuis les années 2000, la nouvelle rente de substitution au pétrole. Les promoteurs privés, souvent liés à des réseaux d’influence, construisent des logements haut de gamme pour une clientèle aisée, tandis que l’État peine à loger les classes populaires. La pénurie n’est pas quantitative : elle est qualitative. Il y a des logements vides, des terrains constructibles non exploités, mais le système favorise la rétention foncière et la spéculation plutôt que l’accès au logement pour tous.

La vente libre des logements LPP (Logement Public Participatif) sous conditions est une avancée, mais elle reste insuffisante. Tant que l’État ne régule pas le marché foncier et ne taxe pas les logements vacants, la spéculation continuera de gangréner le secteur. Pire : en autorisant la revente des logements sociaux, l’Algérie risque de reproduire les erreurs du passé, où des bénéficiaires de programmes publics ont revendu leur bien au prix fort, alimentant ainsi un marché parallèle.

**Diaspora et identité : l’Algérie entre nostalgie et opportunités perdues**

Pourquoi ? Parce que la relation entre l’Algérie et sa diaspora est ambivalente. D’un côté, l’État compte sur les transferts d’argent (plus de 2 milliards de dollars par an) pour soutenir la balance des paiements. De l’autre, il se méfie de cette communauté, perçue comme une menace potentielle – surtout depuis le Hirak, où des Algériens de l’étranger ont joué un rôle clé dans la contestation.

Cette méfiance est contre-productive. La diaspora pourrait être un pont vers l’investissement étranger, l’innovation et les transferts de compétences. Mais pour cela, il faudrait lui offrir des garanties juridiques, une fiscalité attractive et une reconnaissance politique. Or, l’Algérie préfère souvent instrumentaliser la diaspora plutôt que de l’intégrer. Résultat : des talents s’exilent, des capitaux fuient, et le pays se prive d’un atout majeur dans sa quête de diversification économique.

**Entrepreneuriat féminin : la révolution silencieuse**

Pourquoi ce succès relatif ? Parce que les femmes algériennes, souvent exclues des réseaux traditionnels de pouvoir, inventent des circuits économiques parallèles – micro-entreprises, coopératives agricoles, start-ups tech. La filière de l’argan, par exemple, montre comment une ressource locale peut être valorisée sans dépendre des importations.

Mais attention aux illusions. Ces projets restent marginaux à l’échelle de l’économie nationale. L’Algérie compte plus de 10 millions de fonctionnaires, mais seulement quelques milliers d’entrepreneures. Pour que l’entrepreneuriat féminin devienne un vrai levier de développement, il faudrait :
1. Simplifier les procédures administratives (aujourd’hui, créer une entreprise en Algérie relève du parcours du combattant).
2. Accorder des financements sans garanties excessives (les femmes, souvent sans patrimoine, sont pénalisées par les banques).
3. Lutter contre les discriminations (dans certaines régions, une femme ne peut pas ouvrir un commerce sans l’accord de son mari).

L’Algérie a tout à gagner à libérer le potentiel de ses femmes. Mais cela suppose de rompre avec une culture patriarcale et un système économique qui favorise les rentes plutôt que l’innovation.

**Diversification économique : le mythe persistant**

Les causes de cet échec sont connues :

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