Le ministre de l’Éducation nationale, Abdelhakim Belabed, a délégué à son secrétaire d’État, Mohamed Sadaoui, la présentation des détails de la réforme des examens nationaux, notamment le baccalauréat, lors d’une conférence de presse organisée récemment à Alger. Cette réforme, annoncée comme une refonte structurelle, vise à adapter le système éducatif aux exigences du marché du travail et aux standards internationaux, selon les déclarations rapportées par El Moudjahid et El Watan.
Un bac recentré sur les compétences pratiques
Sadaoui a précisé que la nouvelle mouture du baccalauréat introduira une pondération accrue des épreuves pratiques, notamment dans les filières scientifiques et techniques. Les coefficients des matières théoriques, comme la philosophie ou l’histoire-géographie, seront revus à la baisse, tandis que les disciplines liées aux sciences expérimentales, aux technologies et aux langues étrangères gagneront en importance. « L’objectif est de former des bacheliers capables de répondre aux besoins des entreprises et des universités, sans sacrifier les fondamentaux », a-t-il expliqué. Cette mesure s’inscrit dans la continuité du baccalauréat professionnel, dont cinq filières seront lancées en septembre 2025, comme l’a annoncé la Radio algérienne en avril dernier.
Évaluation continue et suppression des sessions de rattrapage
L’une des innovations majeures concerne l’introduction d’une évaluation continue tout au long de l’année scolaire, qui comptera pour 30 % de la note finale. Les épreuves terminales, elles, représenteront les 70 % restants. Par ailleurs, la session de rattrapage du baccalauréat sera supprimée, une décision justifiée par la volonté de « responsabiliser les élèves et les enseignants dès le début de l’année », selon Sadaoui. Cette suppression suscite déjà des débats parmi les syndicats d’enseignants, qui craignent une augmentation du taux d’échec, notamment dans les wilayas défavorisées où les infrastructures scolaires restent précaires.
Harmonisation avec le Brevet d’enseignement moyen (BEM)
La réforme s’étend également au BEM, dont les épreuves seront alignées sur les nouvelles orientations du bac. Les matières scientifiques et techniques bénéficieront d’un coefficient plus élevé, tandis que les épreuves de langue arabe et française seront recentrées sur la maîtrise de l’expression écrite et orale. El Watan rapporte que cette harmonisation vise à « fluidifier le parcours scolaire des élèves » et à réduire les disparités entre les cycles moyen et secondaire. Cependant, des voix critiques, comme celle de la Cour des comptes dans son rapport 2024, soulignent que ces changements risquent d’accentuer les inégalités entre les établissements urbains et ruraux, faute d’un accompagnement pédagogique adapté.
Formation des enseignants et digitalisation des examens
Pour accompagner cette réforme, le ministère prévoit un plan de formation continue des enseignants, avec un accent particulier sur les méthodes d’évaluation et l’utilisation des outils numériques. Sadaoui a annoncé que les épreuves du bac et du BEM seront progressivement dématérialisées, avec un objectif de 100 % de correction en ligne d’ici 2027. Cette digitalisation, déjà expérimentée dans certaines wilayas comme Alger et Oran, vise à réduire les fraudes et à accélérer la publication des résultats. Toutefois, des obstacles techniques persistent, notamment en matière de connectivité et de formation des correcteurs, comme l’a relevé Algerie360 dans un article récent.
Réactions mitigées des acteurs du secteur
Les syndicats d’enseignants, comme le SNAPEST et le CLA, ont exprimé des réserves sur la faisabilité de la réforme dans les délais impartis. « On nous parle de digitalisation, mais dans certaines régions, les écoles n’ont même pas accès à une connexion internet stable », a déclaré un responsable du SNAPEST à El Watan. Du côté des parents d’élèves, les avis sont partagés. Certains saluent une modernisation nécessaire du système, tandis que d’autres s’inquiètent de l’impact sur les élèves des zones rurales, déjà pénalisés par le manque de ressources pédagogiques.
Un calendrier serré pour une mise en œuvre progressive
La réforme sera appliquée de manière progressive, avec une première phase en 2026 pour les classes de terminale, avant une généralisation à l’ensemble du cycle secondaire en 2027. Le ministère a annoncé la publication prochaine d’un guide détaillé pour les enseignants et les élèves, afin de clarifier les nouvelles modalités d’évaluation. En parallèle, des campagnes de sensibilisation seront menées dans les établissements scolaires pour expliquer les changements aux familles.
Cette réforme du baccalauréat s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation du système éducatif algérien, marquée par des annonces récentes comme le doublement des bourses étudiantes en 2024 ou l’ouverture de filières professionnelles. Reste à voir si ces mesures parviendront à corriger les dysfonctionnements structurels pointés par la Cour des comptes, notamment le manque de moyens, la surcharge des classes et les inégalités territoriales.