Modernisation de l’aéroport d’Alger priorité stratégique

L’aéroport Houari Boumediene d’Alger, principal hub aérien du pays, fait l’objet d’un plan de modernisation ambitieux annoncé récemment par les autorités algériennes. Selon TSA, ce projet est désormais considéré comme une « priorité stratégique » pour l’Algérie, avec des implications directes sur le transport aérien, l’économie et l’image internationale du pays.

Les travaux, dont les contours ont été dévoilés par le ministre des Travaux publics et des Transports, Lakhdar Rekhroukh, visent à adapter les infrastructures aux normes internationales et à répondre à la croissance du trafic aérien. En 2023, l’aéroport a enregistré plus de 7 millions de passagers, un chiffre en hausse constante depuis la reprise post-Covid. Les capacités actuelles, limitées à 10 millions de passagers par an, devraient être doublées d’ici 2030, selon les projections officielles.

Parmi les principales mesures annoncées figure la rénovation complète du terminal international, inauguré en 2006 mais déjà saturé aux heures de pointe. Les espaces d’embarquement, les zones de contrôle douanier et les équipements de sécurité seront modernisés pour fluidifier les flux de voyageurs. Un nouveau terminal dédié aux vols intérieurs et régionaux est également à l’étude, afin de désengorger les installations existantes.

La connectivité numérique sera renforcée avec l’installation de systèmes de gestion automatisée des bagages et de bornes d’enregistrement libre-service. Ces améliorations s’inscrivent dans une logique de compétitivité face aux hubs régionaux comme Casablanca ou Tunis, qui attirent une partie du trafic africain et européen. « L’objectif est de faire d’Alger une plateforme incontournable pour les liaisons entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient », a déclaré un responsable de l’Entreprise de Gestion des Aéroports (EGSA) Alger, sous couvert d’anonymat.

Le volet sécurité n’est pas en reste. Les pistes et les aires de stationnement des avions seront réaménagées pour répondre aux standards de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Des investissements sont prévus dans des radars de dernière génération et des systèmes de détection des drones, une menace croissante pour les aéroports internationaux. Ces mesures s’ajoutent à la formation continue des contrôleurs aériens, assurée en partenariat avec l’École nationale de l’aviation civile (ENAC) française.

Sur le plan économique, la modernisation de l’aéroport d’Alger devrait stimuler le secteur du tourisme et des affaires. En 2024, l’Algérie a accueilli environ 3,5 millions de visiteurs, un chiffre encore modeste comparé à ses voisins marocains (14 millions) ou tunisiens (9 millions). Les autorités misent sur une amélioration des infrastructures pour attirer davantage de touristes et d’investisseurs. « Un aéroport moderne est un argument clé pour les compagnies aériennes et les voyageurs », souligne un rapport de l’Agence nationale de promotion du tourisme (ANPT).

Les compagnies aériennes algériennes, Air Algérie en tête, devraient bénéficier de ces améliorations. La compagnie nationale, qui a reçu quatre nouveaux Airbus A330neo en 2024, prévoit d’étendre son réseau long-courrier vers l’Asie et l’Amérique du Nord. La modernisation de l’aéroport facilitera les correspondances et réduira les temps d’escale, un atout pour capter le trafic en provenance d’Afrique subsaharienne.

Cependant, des défis persistent. Les retards dans les délais de livraison des équipements et les contraintes budgétaires pourraient ralentir le rythme des travaux. En 2023, le projet de construction d’un nouveau terminal fret, annoncé en 2018, n’avait toujours pas abouti. Les autorités promettent cette fois un calendrier « réaliste », avec une première phase de travaux achevée d’ici 2026.

La modernisation de l’aéroport d’Alger s’inscrit dans une stratégie plus large de développement des infrastructures de transport. Le gouvernement a lancé en 2024 un plan de 20 milliards de dollars pour moderniser les ports, les routes et les chemins de fer. Le port de Djen Djen, en cours d’extension, et la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Alger à Oran, prévue pour 2027, en sont les autres piliers.

Les acteurs du secteur privé saluent ces annonces, tout en appelant à une meilleure coordination entre les différents ministères. « Il faut éviter les chevauchements de compétences et garantir une exécution rapide des projets », estime un responsable de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Les entreprises locales espèrent aussi être associées aux appels d’offres, afin de bénéficier des retombées économiques.

Sur le plan international, ce projet pourrait renforcer la position de l’Algérie dans les échanges commerciaux. Le pays, premier exportateur de gaz en Afrique, cherche à diversifier son économie et à attirer des investissements étrangers. Un aéroport moderne est un préalable pour accueillir des délégations d’affaires et faciliter les échanges.

Les voyageurs algériens, souvent critiques sur la qualité des infrastructures, attendent des améliorations concrètes. Les files d’attente interminables aux contrôles de sécurité et le manque de commodités dans les terminaux sont régulièrement pointés du doigt. « Nous espérons que ces travaux mettront fin aux désagréments que subissent les passagers », confie un usager régulier, contacté par téléphone.

La modernisation de l’aéroport d’Alger est aussi un enjeu d’image pour le pays. En 2023, le classement Skytrax des meilleurs aéroports mondiaux ne comptait aucun représentant africain dans le top 50. Avec des infrastructures rénovées, l’Algérie pourrait prétendre à une meilleure visibilité et attirer des événements internationaux, comme des conférences ou des salons professionnels.

Les travaux devraient débuter d’ici la fin de l’année, avec une première phase centrée sur la rénovation du terminal international. Les autorités promettent une transparence totale sur l’avancement du projet, avec des points réguliers communiqués à la presse. Pour les Algériens et les visiteurs, l’enjeu est clair : un aéroport à la hauteur des ambitions du pays.

Laisser un commentaire