Meloni relance le gazoduc Algérie-Italie avec Sonatrach

L’Algérie et l’Italie ont franchi une étape décisive dans leur coopération énergétique cette semaine, avec la visite à Alger de la Première ministre italienne Giorgia Meloni. Selon Africanews et des sources proches de Sonatrach, cette rencontre a permis de relancer le projet de gazoduc transitant par la Tunisie, un dossier en suspens depuis plusieurs années.

Un accord cadre signé en 2022 prévoyait déjà une augmentation des livraisons de gaz algérien vers l’Italie, mais les tensions diplomatiques entre Tunis et Alger avaient ralenti les discussions techniques. Meloni a insisté sur la nécessité de sécuriser les approvisionnements européens, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les incertitudes sur le gaz russe. « L’Algérie est un partenaire fiable, et nous voulons accélérer les projets communs », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab.

Sonatrach a confirmé que les capacités du gazoduc Enrico Mattei, qui relie l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, pourraient être doublées d’ici 2027. Actuellement, ce pipeline transporte environ 21 milliards de mètres cubes par an, soit près de 30 % des importations italiennes de gaz. Les deux parties ont évoqué un investissement de 3 milliards d’euros pour moderniser les infrastructures, dont une partie serait financée par l’Union européenne dans le cadre du plan REPowerEU.

La Tunisie, bien que non présente lors des discussions, reste un maillon clé du projet. Le gazoduc traverse son territoire sur 370 kilomètres, et Tunis perçoit des redevances estimées à 200 millions de dollars par an. Selon des sources diplomatiques citées par TAP, la Tunisie aurait récemment levé ses réserves sur le projet, après des garanties algériennes sur la stabilité des tarifs de transit. « La Tunisie ne peut pas se permettre de perdre cette rente, surtout dans un contexte économique difficile », explique un analyste tunisien sous couvert d’anonymat.

Les enjeux dépassent le simple volet énergétique. L’Italie, qui préside le G7 cette année, cherche à positionner l’Algérie comme un hub gazier pour l’Europe du Sud. Meloni a également abordé la question des énergies renouvelables, évoquant un partenariat pour la production d’hydrogène vert. « L’Algérie a un potentiel solaire énorme, et nous voulons en faire un pilier de notre transition énergétique », a-t-elle ajouté.

Côté algérien, cette visite intervient alors que Sonatrach multiplie les contrats avec des partenaires européens. En mars dernier, l’entreprise a signé un accord avec l’allemand SEFE pour augmenter ses livraisons de gaz liquéfié. « L’Europe diversifie ses sources d’approvisionnement, et l’Algérie est bien placée pour répondre à cette demande », souligne un responsable de Sonatrach interrogé par El Watan.

Les défis restent cependant nombreux. Le gazoduc trans-tunisien nécessite des travaux de maintenance urgents, et les retards accumulés pourraient repousser la mise en service des nouvelles capacités. Par ailleurs, les tensions persistantes entre Alger et Tunis sur d’autres dossiers, comme la gestion des frontières ou les migrations, pourraient compliquer la coopération technique.

Pour l’Algérie, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de son rôle géopolitique. Le pays, qui présidera l’Union africaine en 2025, mise sur ses ressources énergétiques pour consolider ses alliances. « L’Algérie ne se contente plus d’être un fournisseur de gaz. Elle veut devenir un acteur clé dans la transition énergétique mondiale », analyse un expert du secteur pétrolier cité par Liberté.

La prochaine étape sera la signature d’un protocole d’accord lors du Forum économique algéro-italien prévu en novembre à Milan. D’ici là, les équipes techniques des deux pays devront finaliser les détails financiers et logistiques. Si le projet aboutit, il pourrait redessiner la carte énergétique de la Méditerranée, avec l’Algérie comme principal bénéficiaire.

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